Le Luxembourg confirme son leadership européen dans la finance durable

Le Luxembourg confirme son leadership européen dans la finance durable

Comment la finance peut-elle vraiment soutenir la transition écologique ? Au Luxembourg, Geoffroy Marcassoli (PwC Luxembourg), Nicoletta Centofanti (LSFI) et Serge Weyland (ALFI) éclairent les coulisses d’un secteur en pleine mutation, où chiffres, règles et investissements dessinent déjà l’économie durable de demain.

La finance durable a changé d’échelle. Longtemps perçue comme un segment de niche, elle est devenue aujourd’hui une composante structurante des marchés financiers européens. Au Luxembourg, cette transformation est particulièrement visible. Selon l’étude publiée par LSFI et ALFI en collaboration avec PwC Luxembourg, les montants gérés par les fonds durables -c’est-à-dire l’argent investi par les épargnants et les institutions- atteignent désormais 1.632,7 milliards d’euros.


« Non seulement le besoin d’une finance durable est toujours bien présent, mais il s’intensifie. C’est un facteur clé de résilience et de création de valeur à long terme. »

Nicoletta Centofanti, CEO de la Luxembourg Sustainable Finance Initiative (LSFI)

Derrière ces chiffres, c’est tout un écosystème qui se structure. En effet, il y a des nombreuses exigences réglementaires, les attentes des investisseurs et des enjeux climatiques.

Un leadership luxembourgeois affirmé en Europe

Le Grand-Duché confirme son rôle central dans le paysage européen. Il représente à lui seul 31 % des actifs des fonds durables du marché public en Europe, un positionnement unique.

Ce visuel donne immédiatement le ton. Le Luxembourg domine largement ses concurrents européens, loin devant les autres domiciles de fonds.
Ce visuel donne immédiatement le ton. Le Luxembourg domine largement ses concurrents européens, loin devant les autres domiciles de fonds.

Ce leadership se renforce encore sur les marchés privés, où le pays concentre 77 % des actifs européens des fonds durables.


« Grâce à son expérience inégalée dans les structures de fonds transfrontalières, le Luxembourg est idéalement placé pour orienter les capitaux vers des investissements durables. »

Serge Weyland, CEO de l’Association of the Luxembourg Found Industry (ALFI)

À l’échelle européenne, la dynamique est également forte. Les fonds durables représentent désormais 15,8 % des actifs sous gestion (montants investis dans les fonds durables), soit 2,6 billions d’euros. Un chiffre encore minoritaire, mais en progression constante, qui montre que la durabilité s’installe progressivement dans le cœur du marché.

Une croissance solide mais en mutation

Depuis 2020, la progression est constante. Au Luxembourg, les fonds durables affichent un taux de croissance annuel de 9,1 % sur les marchés publics. Sur les marchés privés, la dynamique est encore plus marquée, avec une croissance de plus de 40 %.

Le graphique illustre clairement cette montée en puissance, avec une accélération particulièrement visible ces dernières années.
Le graphique illustre clairement cette montée en puissance, avec une accélération particulièrement visible ces dernières années.


« Les fonds durables ont crû bien plus vite que les fonds traditionnels. Mais nous observons aujourd’hui une phase de recalibration. »

Geoffroy Marcassoli, associé chez PwC Luxembourg

Cette évolution s’explique notamment par un contexte plus complexe. La performance de certains secteurs, comme l’énergie traditionnelle ou la défense, a temporairement attiré les capitaux hors des fonds durables. « Les marchés réagissent à la performance à court terme, mais la tendance de fond reste clairement orientée vers la durabilité », nuance-t-il.

Régulation et maturité du marché

Autre élément clé : la réglementation. L’entrée en vigueur de la SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) a profondément structuré le marché. Au Luxembourg, 71,5 % des actifs des fonds du marché public relèvent désormais des articles 8 (1) et 9 (2), intégrant des critères environnementaux et sociaux.

Ce visuel permet de comprendre rapidement la structuration du marché et le niveau d'engagement des fonds en matière de durabilité.
Ce visuel permet de comprendre rapidement la structuration du marché et le niveau d’engagement des fonds en matière de durabilité.

À l’échelle européenne, la répartition est plus équilibrée, avec près de 50 % des actifs concernés. « Le marché attend avant tout plus de clarté », souligne Geoffroy Marcassoli. « L’incertitude réglementaire crée de la volatilité et les investisseurs ont besoin de repères stables. » Même constat du côté de l’ALFI. « Il faut simplifier sans empêcher l’innovation », insiste Serge Weyland. « Les ajustements récents sont une opportunité d’améliorer le cadre existant. »

Une finance de plus en plus stratégique

Au-delà des chiffres, c’est la nature même de la finance durable qui évolue. Elle ne se limite plus à une approche volontaire ou éthique. « La finance durable renforce la solidité et la stabilité des systèmes financiers », rappelle Nicoletta Centofanti. « Elle les rend plus capables de résister aux chocs liés au changement climatique ou aux enjeux sociétaux. »

Cette transformation modifie en profondeur les stratégies d’investissement. La durabilité devient un critère central de décision. « Investir, c’est une démarche de long terme », souligne le CEO de l’ALFI. « Et sur ce temps long, les enjeux environnementaux sont incontournables. »

Le rôle clé du Luxembourg dans la transition

Dans ce contexte, le Luxembourg joue un rôle de catalyseur. Sa capacité à structurer des fonds internationaux et à attirer des capitaux en fait une plateforme stratégique pour financer la transition. « L’influence exercée par le Luxembourg continue de favoriser les avancées et de faire de la durabilité un axe stratégique prioritaire », note Geoffroy Marcassoli.

Cette position repose sur une combinaison d’expertise, de cadre réglementaire et de collaboration entre acteurs publics et privés. « Le Luxembourg s’adapte en permanence afin de conserver sa position de leader », insiste la CEO de LSFI.

Nicoletta Centofanti (LSFI), Serge Weyland (ALFI) et Geoffroy Marcassoli (PwC Luxembourg)
Nicoletta Centofanti (LSFI), Serge Weyland (ALFI) et Geoffroy Marcassoli (PwC Luxembourg) - © Picto

Vers une nouvelle phase de développement

Si la dynamique reste positive, le secteur entre dans une phase plus mature. Les attentes évoluent : davantage de transparence, de données fiables et de résultats mesurables. « L’accent est désormais mis sur la rigueur des données et la mesurabilité des performances », explique l’associé de PwC Luxembourg.

En parallèle, de nouvelles approches émergent. « La finance durable ne se contente plus d’intégrer des critères ESG », observe Nicoletta Centofanti. « Elle cherche désormais à générer un impact concret. »

Sébastien Yernaux
Photos : ©PwC / ©Picto
Graphiques : PwC

(1) Article 8 (Promotion ESG) : Les produits financiers intègrent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leur stratégie, sans pour autant que l’investissement durable soit leur objectif unique. Ils doivent appliquer de bonnes pratiques de gouvernance.

(2) Article 9 (Objectif Durable) : Les produits ont pour but principal la réalisation d’un investissement durable (exemple : réduction des émissions de CO2, investissement à impact). Ils doivent démontrer cet impact via des indicateurs mesurables.

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Publié le mardi 24 mars 2026
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