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Le digital colore l’espace

Architecture & construction

Publié le
vendredi 1er février 2019 à 04:00

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Les nouvelles technologies révolutionnent l’architecture en ceci qu’elles permettent de connecter, voire de superposer, les espaces qui deviennent ainsi des « n-spaces » multidimensionnels et multi‑usages, semi‑physiques et semi-virtuels.

Interview de Éric Cassar, Architecte

Quelle définition donneriez-vous de « n-spaces » ?

Si l’on revient sur l’histoire de l’architecture, on note qu’on est passé de la notion d’espace au singulier à celle d’espaces au pluriel, d’une architecture d’icône, figée dans le temps et potentiellement en une dimension, à une architecture en deux dimensions avec les façades très travaillées de la Renaissance et du classicisme jusqu’à la fin du XIXe siècle. La troisième dimension a fait son apparition avec la révolution industrielle et l’émergence de nouveaux matériaux. Elle se traduit par une architecture de verre et de lumière où les volumes sont mis en valeur dans des bâtiments comme le Crystal Palace à Londres. Puis vient la quatrième dimension – qui est le temps, un peu avec la promenade architecturale de Le Corbusier et surtout avec le mouvement déconstructiviste qui ne pense plus l’architecture comme un objet, mais comme du mouvement. On conçoit alors le bâtiment à l’échelle de l’homme qui se déplace. Une des premières constructions de ce type est la chapelle de Ronchamp de Le Corbusier.

Ce qui est intéressant en architecture, et dans les arts en général, ce sont toutes les notions de beauté qui traversent les âges, mais aussi la question de la nouveauté, qui est très importante. Et la nouveauté surgit par la technique et la technologie. L’apparition de structures en fer et de l’ascenseur lors de la révolution industrielle, par exemple, a marqué l’architecture.

À notre époque, la nouveauté arrive par les technologies digitales et Internet. Ces nouveaux outils agissent comme de nouvelles dimensions. L’espace virtuel, qui était auparavant plaqué à côté de l’espace physique, se combine aujourd’hui avec lui. Un « n-spaces » est un environnement connecté, connectable, un espace pluriel, augmenté qui va jouer à la fois avec les mondes physiques et virtuels. Si, par exemple, je place une caméra dans un espace dont je diffuse l’image sur un écran dans un autre espace, je fais rentrer un espace dans l’autre et je crée une nouvelle dimension. C’est ce que nous avons fait dans le cadre du projet de construction d’une petite école privée Montessori. Celle-ci se trouve dans le sous-sol entièrement transformé d’une maison. Elle a des fenêtres qui permettent de faire rentrer de la lumière, mais n’offrent pas de vue sur l’extérieur. Nous y avons installé un écran qui, entre autres utilités, diffuse en temps réel l’image captée par une caméra basée au sommet de la maison qui permet aux enfants d’avoir une vue du grand paysage. Nous avons ainsi fait rentrer un paysage dans un espace intérieur.
Un « n-spaces » peut être connecté avec ses usagers, grâce à la réalité augmentée qui leur permet d’accéder, via leur smartphone, à des données supplémentaires sur ce qu’ils voient.

Qu’est-ce que la réalité augmentée peut offrir, plus précisément ?

Les applications sont nombreuses dans le domaine, par exemple : en regardant un immeuble, je peux savoir quels sont les appartements qui y sont à louer ou recevoir des informations culturelles ou historiques qui le concernent.
Si je dois faire un parallèle, je dirais qu’un espace n’est jamais nu. Il y a quelques années, j’ai découvert la 1re piste de course à Olympe, en Grèce. Il n’en reste que de l’herbe et une ligne de démarrage, mais il y a cette couche d’histoire, de mémoire collective – qui peut aussi dans d’autres cas être une mémoire personnelle qui colore l’espace. Le digital, la réalité augmentée, vont, de la même manière que la mémoire, colorer l’espace.

Quelles sont les conséquences de cette nouvelle perception conceptuelle ?

Une des conséquences les plus importantes concerne l’usage et l’optimisation de l’utilisation des bâtiments dans le temps. Cette nouvelle conception ne considère plus des espaces qui sont figés, mais des espaces-temps, ce qui va nous permettre de mieux gérer l’espace dans le temps et d’en améliorer l’usage.

Prenons l’exemple de l’habitat, je possède mon propre espace sur un temps infini, mais il y a de nombreux moments où je ne l‘utilise pas. Si j’arrive à en faire quelque chose dans ces moments, je recréé de la valeur sur cet espace. C’est typiquement ce que je fais si je suis propriétaire et que je loue mon appartement en Airbnb. Mathématiquement, cela fonctionne : si je ne payais l’espace que lorsque je l’utilise, je pourrais en avoir beaucoup plus, mais cela traite aussi des questions d’intimité, de chez soi, de « home », d’appropriation des espaces qu’il faut gérer.

Ce concept peut bien sûr s’appliquer aux bâtiments publics. Le numérique peut nous aider à optimiser l’usage d’un bâtiment sportif à la campagne. Il suffit de regarder ce qui s’est passé avec le covoiturage dont l’usage a complètement changé, s’est déployé et s’est démocratisé avec l’arrivée des plateformes type Blablacar.
On peut imaginer déployer cette idée de l’utiliser à l’échelle d’un îlot mais aussi à l’échelle d’un territoire.

Cette notion d’optimisation a-t-elle une incidence sur la conception des bâtiments ?

Bien sûr. Prenons l’exemple d’un bâtiment administratif. On constate que les salles de réunion et les amphithéâtres restent vides une partie du temps alors qu’ils pourraient être utilisés pour organiser une fête d’anniversaire, une séance de cinéma ou faire du théâtre, le week-end ou en soirée. Il est important pour les employés qui occupent les lieux de trouver des salles propres et en place quand ils en ont besoin. Il y a aussi des questions de confidentialité et de sécurité des données à prendre en considération. C’est pourquoi il faut bien avoir pensé la conception d’un bâtiment, et notamment ses accès, pour pouvoir libérer sa valeur pendant les temps morts sans pénaliser ses principaux utilisateurs.

Quand on introduit du numérique dans un bâtiment, on travaille sur les esthétiques immatérielles, c’est-à-dire sur la façon dont il réagit. Chaque bâtiment doit réagir différemment d’un autre, de même que sa façade est différente d’une autre. Connecter des espaces les uns avec les autres permet vraiment de créer une identité.
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Mélanie Trélat
NEOMAG#19
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vendredi 1er février 2019


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