Transition écologique Tilly Metz

« La dimension sociale de la transition écologique, trop longtemps négligée »

La députée européenne (Déi Gréng) Tilly Metz a récemment publié le livre « La transition sera sociale, ou ne sera pas », qu’elle a dirigé. Nous lui avons proposé de participer à ce dossier avec une carte blanche.

Parallèlement aux crises du climat et de la biodiversité, nous sommes de plus en plus confrontés à d’autres crises qui ont des conséquences très concrètes et immédiatement perceptibles : pandémie, guerres, crises énergétiques, inflation... Ces éléments affectent le sentiment de sécurité et le pouvoir d’achat des ménages.

Dans ce contexte, la protection du climat et de l’environnement apparaissent rapidement comme des problèmes de luxe, des projets à long terme pour lesquels il convient d’appuyer sur le frein au nom de l’économie. Face à l’urgence de la situation concernant le réchauffement climatique et la disparition rapide des espèces, cette attitude pourrait pourtant nous être fatale. Une protection du climat et de l’environnement bien menée crée des situations gagnant-gagnant pour l’humain, l’économie et la planète, tout en rendant l’Europe plus autonome. L’énergie renouvelable en est un bon exemple. Si nous voulons réussir la transition écologique, nous devons intégrer systématiquement la composante économique et, surtout, tenir davantage compte de la réalité et des craintes des ménages moins aisés.


La protection du climat et de l’environnement apparaissent comme des problèmes de luxe, des projets à long terme pour lesquels il convient d’appuyer sur le frein au nom de l’économie.

Tilly Metz, députée européenne

Entre 1990 et 2019, les 1% les plus fortunés de la planète ont émis deux fois plus de gaz à effet de serre que les 50% les plus pauvres. Les moins aisés portent donc peu de responsabilité pour le changement climatique, bien qu’ils en subissent les premières conséquences, notamment sur le plan économique. S’y ajoute une inégalité de répartition croissante, qui creuse l’écart entre les riches et les pauvres.

Les mesures de préservation de l’environnement et du climat doivent reconnaître ces injustices et garantir que les moins favorisés ne soient pas doublement pénalisés, mais qu’ils bénéficient au contraire d’un soutien proportionnellement plus important lors de la transition. Par exemple, un ménage financièrement incapable d’acquérir un nouveau véhicule sera peu aidé par une légère subvention publique destinée à l’achat d’une voiture électrique. Les subventions pour des véhicules secondaires sont absurdes dans cette logique, surtout lorsqu’il s’agit de ménages fortunés. Il en va de même pour les mesures d’efficacité énergétique : les logements bien isolés consomment moins d’énergie, mais ce sont justement les ménages qui ont du mal à payer leurs factures d’énergie qui n’ont pas les moyens de faire les rénovations nécessaires.


Une légère augmentation des impôts sur les grandes entreprises et les individus très riches contribuerait à long terme à réduire les inégalités sans compromettre l’économie.

Tilly Metz, députée européenne

Les gouvernements devraient viser clairement une plus grande équité. Toutefois, nos sociétés actuelles sont caractérisées par un système où les ultra-riches contribuent relativement peu au bien commun. Les impôts sur le capital ont continuellement diminué au cours des dernières décennies, perpétuant la croyance, encore présente aujourd’hui, que taxer la richesse extrême nuit à l’économie. Cependant, cela n’est pas le cas, bien au contraire. Une légère augmentation des impôts sur les grandes entreprises et les individus très riches contribuerait à long terme à réduire les inégalités sans compromettre l’économie. Une imposition plus équitable des 1% les plus riches en Europe générerait des milliards nécessaires pour renforcer le pouvoir d’achat des moins favorisés et mettre en place des politiques environnementales justes et efficaces. Les moyens de financer une transition écologique juste et équitable sont là ; il suffit de les mobiliser de manière équitable.

Carte blanche à Tilly Metz, députée européenne
Photo : Parlement européen
Article tiré du dossier du mois « Embarquement immédiat »

Article
Publié le vendredi 8 mars 2024
Partager sur
Nos partenaires