
L’hydrogène vert luxembourgeois prend forme avec LuxHyVal
À Bascharage, Enovos construit la première Hydrogen Valley du Luxembourg. Mise en service prévue dès 2027, pour décarboner industrie et mobilité. Anouk Hilger et Yves Reuter détaillent ce projet pilote.
L’hydrogène vert s’apprête à faire son entrée dans le paysage énergétique luxembourgeois. Porté par Enovos, le projet LuxHyVal (Luxembourg Hydrogen Valley) vient de franchir une étape décisive avec sa décision finale d’investissement, validant le lancement de la phase de réalisation. Une unité de production de 5 MW verra le jour à Bascharage, avec un objectif clair : fournir de l’hydrogène renouvelable à des clients industriels et de la mobilité dès 2027.
Pour Enovos, exclusivement positionné sur la production d’énergie renouvelable, ce projet répond à une logique précise. « L’hydrogène vert doit être utilisé là où il apporte une vraie valeur ajoutée, notamment lorsque l’électrification directe atteint ses limites. Il vient compléter les solutions renouvelables existantes, sans remplacer des technologies plus efficaces pour certains usages, comme les pompes à chaleur dans le résidentiel », explique Anouk Hilger, head of BU Renewable Energies Luxembourg chez Enovos. Certains usages, comme les voitures individuelles ou le chauffage résidentiel, resteront hors du champ de l’hydrogène, Enovos misant plutôt sur les pompes à chaleur pour ces secteurs.
Un consortium construit autour de besoins réels
Le projet trouve son origine en 2023, avec la constitution d’un consortium réunissant 19 partenaires issus de sept pays : université, producteurs d’énergie, futurs clients et établissements de recherche européens. Cette configuration initiale s’est révélée déterminante, comme le souligne Yves Reuter, senior project manager chez Enovos. « Le fait d’avoir intégré les futurs clients dès la constitution du consortium a été un facteur clé. Cela nous a permis de construire le projet autour d’un besoin réel de décarbonation. Cette présence des utilisateurs finaux dès le départ a fortement facilité le passage d’un concept européen à un projet industriel concret », explique-t-il. « Nos clients voulaient décarboniser. Nous étions prêts à livrer l’hydrogène. Donc, dès le départ, nous étions réunis vers ce but. »
Parmi ces clients (ou offtakers), figurent Sales Lentz, le Syndicat TICE (syndicat des transports publics dans le canton d’Esch-sur-Alzette) et Ceratizit, producteur de matériaux durs. Ce dernier illustre la nécessité d’une alternative bas carbone. L’hydrogène disponible actuellement sur le marché, dit gris, provient du gaz naturel et génère environ dix kilos de CO2 par kilo d’hydrogène produit. « Il n’y a pas d’alternative », souligne Yves Reuter, tout en reconnaissant la nature énergivore du procédé d’électrolyse. « L’électrolyse consomme effectivement beaucoup d’électricité, et il faut être transparent sur ce point. C’est pourquoi l’hydrogène vert doit être réservé aux usages où l’électrification directe n’est pas réaliste ou pas suffisante. À terme, le rendement global pourra encore être amélioré si l’on valorise aussi les coproduits de l’électrolyse, notamment l’oxygène et la chaleur. Dans le cas de LuxHyVal, cette valorisation n’est pas encore intégrée à ce stade, mais elle fait partie des pistes intéressantes pour de futurs développements. »
Le choix de Bascharage répond à une logique géographique précise. « Sales Lentz est situé sur la même commune. Le TICE n’est pas très loin non plus », détaille Yves Reuter. La localisation permet également de desservir efficacement les deux sites de Ceratizit, à Mamer et à Niederkorn, dans un zoning industriel doté d’infrastructures électriques déjà existantes.
Un calendrier serré et des contraintes réglementaires précises
Entre l’obtention des subsides européens via le programme Horizon Europe et le soutien national inscrit dans le Plan national intégré en matière d’énergie et de climat (PNEC), le projet a suivi un parcours administratif structuré. « Le ministère a publié une stratégie hydrogène. Suite à cela, ils ont lancé cet appel à projets auquel nous avons participé et nous avons obtenu des subsides », rappelle Yves Reuter. Les subsides nationaux ont été accordés en juin 2025, ouvrant la voie à la procédure d’achat de l’installation, finalisée en mars 2026 avec la décision finale d’investissement.
Côté production, l’unité visera environ 330 tonnes d’hydrogène par an, soit une tonne quotidienne en moyenne. Mais la réalité opérationnelle s’avère plus complexe, en raison du statut RFNBO (Renewable Fuels of Non-Biological Origin) recherché pour cet hydrogène. « Le statut RFNBO impose une corrélation entre la production d’hydrogène et l’électricité renouvelable effectivement disponible. En pratique, l’électrolyseur ne peut donc pas fonctionner comme une installation classique raccordée au réseau : sa production doit suivre, dans une certaine mesure, celle des actifs renouvelables associés », explique Yves Reuter. « Cette contrainte, liée au fait que la production d’hydrogène doit suivre la disponibilité réelle des installations éoliennes et photovoltaïques, implique un taux de charge moyen autour de 50 %, bien que l’installation soit techniquement capable de produire jusqu’à deux tonnes par jour. »
Anouk Hilger confirme que le calendrier reste tenu pour une mise en service fin 2027. « On a donné le Go pour la phase d’ingénierie détaillée. On progresse bien. Toutes les autorisations sont en cours et le matériel va être commandé », précise-t-elle. En parallèle, les équipes internes d’Enovos travaillent sur le monitoring continu et la maintenance pour répondre aux exigences du marché de l’hydrogène vert certifié.
Le Luxembourg s’inscrit dans un mouvement européen plus large, puisque 27 Hydrogen Valleys sont aujourd’hui recensées dans 23 pays du continent. Des disparités géographiques marquent le développement de cette filière, plus dense en Espagne, au Portugal ou en Scandinavie, là où les ressources solaires et hydrauliques sont abondantes.
Pour Enovos, LuxHyVal constitue une première étape dans la structuration d’une filière hydrogène au Luxembourg. Le démarrage des travaux est programmé pour le quatrième trimestre 2026, avec une mise en service à l’horizon 2027, ouvrant la voie aux premières livraisons d’hydrogène vert certifié destinées aux clients industriels et de mobilité du consortium.
Sébastien Yernaux
Photos : © Enovos






















