
Plan d’électrification européen : où en est le Luxembourg ?
Le Luxembourg présente un profil paradoxal face au Plan d’électrification européen qui vise 32 % de consommation finale d’énergie d’ici 2030 et 46 % en 2040. Le pays, avec un taux de presque 15 % est en retard sur la moyenne européenne (23 %). En prenant en compte le phénomène du tourisme à la pompe, le niveau s’améliore à environ 20 %.
Le 17 juillet 2026, la Commission européenne a présenté son Plan d’action pour l’électrification de l’UE, accompagné d’une révision du système européen d’échange de quotas d’émission (ETS). L’ambition affichée est claire : faire de l’Europe le « premier continent électrifié » en portant la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie à 32 % en 2030 et à 46 % en 2040.
Dans son Décryptage n°61, IDEA analyse les implications de ces nouveaux objectifs pour le Luxembourg et s’interroge sur la capacité du pays à accélérer l’électrification de son économie tout en tenant compte de ses spécificités structurelles.
Un retard apparent qui masque une réalité plus nuancée
Selon l’indicateur retenu par la Commission européenne, le Luxembourg figure parmi les États membres les moins électrifiés de l’Union, avec une part de l’électricité représentant seulement 14,9 % de la consommation finale d’énergie en 2024.
Cette situation est toutefois largement influencée par le phénomène du tourisme à la pompe, qui gonfle artificiellement la consommation de carburants routiers enregistrée dans les statistiques nationales. Une fois cet effet partiellement neutralisé, le taux d’électrification du Luxembourg se rapproche davantage de la moyenne européenne.
Par ailleurs, la situation varie fortement selon les secteurs : l’industrie luxembourgeoise affiche déjà un niveau d’électrification supérieur à la moyenne européenne, tandis que le potentiel de progression reste particulièrement important dans le chauffage résidentiel [1] et dans les transports.
Des signaux économiques de plus en plus favorables
Le Plan d’action européen met en avant la nécessité de rendre l’électricité plus attractive par rapport aux combustibles fossiles.
Au Luxembourg, les conditions économiques deviennent progressivement plus favorables à l’électrification. Les récentes adaptations du dispositif Klimabonus Wunnen, la prolongation des aides aux pompes à chaleur et à la rénovation énergétique ainsi que les mesures de préfinancement des subsides vont dans le sens d’une réduction des obstacles financiers.
Concernant la mobilité, les coûts d’usage des véhicules électriques sont désormais compétitifs par rapport aux véhicules thermiques, tandis que la baisse des prix d’achat, le préfinancement de la prime à l’achat et la mise en place annoncée d’un leasing social devraient contribuer à soutenir leur diffusion.
L’infrastructure de recharge, le ratio prix du gaz et d’électricité restent des défis majeurs
Malgré les progrès observés dans l’adoption des véhicules électriques, le Luxembourg souffre encore d’un déficit relatif en matière d’infrastructures de recharge publiques. Le développement des bornes de recharge privées, notamment dans les copropriétés, apparaît comme une piste d’amélioration importante pour accélérer la transition.
Bien que présentant un ratio prix de l’électricité/ prix du gaz reste favorable à l’électrification, le faible prix du gaz dont bénéficie le Luxembourg (47% moins cher pour les ménages que la moyenne européenne) peut réduire l’intérêt de la transition.
Une opportunité pour l’industrie luxembourgeoise
La révision du système ETS et la création d’une Banque européenne de décarbonation industrielle, dotée d’un objectif de mobilisation de 100 milliards d’euros, pourraient offrir de nouvelles opportunités aux entreprises luxembourgeoises.
L’industrie nationale bénéficie déjà d’un niveau d’électrification relativement élevé et plusieurs projets soutenus par les autorités luxembourgeoises reposent sur l’électrification des procédés industriels. L’enjeu sera désormais de tirer parti des nouveaux instruments européens afin d’amplifier cette dynamique.
[1] L’analyse de l’évolution des pompes à chaleur au Grand-Duché fera l’objet d’une prochaine publication d’IDEA.
Communiqué de la Fondation IDEA, par Frédéric Meys, économiste






















