L'éducation est la base d'un monde meilleur

L’éducation est la base d’un monde meilleur

Directrice de la Fondation Follereau Luxembourg depuis maintenant 5 ans, Conny Reichling nous apporte son regard sur la société qui l’entoure, mais également son expérience à l’étranger. Une rencontre assez éclairante.

Être directrice, pression ou passion ?

Comme tout le monde, j’ai de grandes exigences par rapport à mon travail. Je ne ressens pas pour autant de pression parce que je suis une femme. Je sais que je peux toujours compter sur mon équipe et mon conseil d’administration.

Si je ne me suis jamais sentie placée à l’écart par rapport à mon genre, je me suis en revanche mis une pression par rapport à mes qualifications. Au début, je pensais être moins légitime car je n’avais jamais travaillé en ONG avant d’arriver à la Fondation Follereau. C’était donc un sacré défi pour moi. Cela m’a permis de me remettre en question, mais également de me former sur de nombreux sujets.

Mon parcours était finalement un désavantage uniquement dans mon esprit. Aujourd’hui, je le vois plutôt comme un atout. Pour être une bonne manager, je pense qu’il faut continuellement apprendre de soi et des autres. J’ai la chance d’être bien entourée. Les membres de mon équipe ont des compétences complémentaires qui la rendent unique. Ce n’est pas une personne qui est mise en valeur mais un collectif.

Votre point de vue sur l’égalité des chances ?

Il y a encore du boulot et ce n’est pas uniquement propre aux femmes. Au Luxembourg, nous ne sommes pas si mal que ça. Concernant les écarts salariaux, par exemple, nous sommes plutôt bien classés. Par contre, du point de vue des inégalités des chances, il y a encore des efforts à faire, autant pour les hommes que pour les femmes. Beaucoup trop de décisions sont prises par rapport aux qualifications, aux parcours scolaires, voire au milieu duquel nous sommes issus. Pour moi, c’est illogique. Tout comme les quotas au sein d’une entreprise qui, à mon sens, ne rendent pas toujours service à la femme ou aux personnes en minorité. Les compétences sont plus importantes.

Forcer une égalité ou une équité, cela ne fonctionne jamais. Et ce n’est pas le but. C’est comme dans un couple, on n’est jamais à 50 % tout le temps. Mais pour que cela fonctionne, il faut que les parties agissent de manière respectueuse vis-à-vis de l’autre personne. Il faut un équilibre.

À la Fondation Follereau, lorsque l’on recrute, on s’étonne souvent du fait que l’équipe est composée uniquement de femmes. Ce n’est pas une volonté, ni du sexisme. Nous cherchons des profils spécifiques et vu que le secteur social est très féminin, cela s’est mis ainsi avec les années. Nous avons choisi des personnes ayant les meilleures compétences pour nos projets sur le terrain. Je ne cache pas que nous avons parfois des remarques au niveau de l’équité. Si on devait suivre les consignes du ministère de l’Égalité des genres et de la Diversité, on ne remplirait absolument pas les quotas.

Maintenant, outre le fait d’être la directrice de la fondation, je suis avant tout Conny. Et ce n’est pas parce que je suis une femme que je suis directrice. J’ai toujours eu beaucoup de mal avec cette association. Ça me gênerait profondément d’être choisie, non pas pour mes compétences, mais pour un aspect externe à une fonction. Je ne l’accepterais pas à ce moment-là. Ce serait rabaissant.

Il y a toujours des petites contraintes. Il y a toujours des moments où ça va être difficile, où une femme a sans doute un peu plus à prouver. Je trouve que les discriminations se rencontrent davantage dans la vie privée. Elles ne sont pas nécessairement malveillantes, voire intentionnelles. Beaucoup de remarques ou comportements sont rentrés inconsciemment dans les mœurs et peu de personnes en tiennent comptent, car la plupart n’est pas directement concernée. Mais il y a encore des progrès à faire.

Et votre vision de la femme lors de vos missions ?

Nous travaillons avec des associations du continent africain et plusieurs sont dirigées par des femmes. Je constate une réelle ouverture d’esprit. Maintenant, il faut aussi avouer qu’au niveau des autorités publiques, il peut y avoir un peu plus d’obstacles car les hommes y sont majoritaires. Ça ne veut pas dire que les femmes ne sont pas écoutées, mais c’est un peu plus lent qu’au Luxembourg, car les moyens ne sont pas les mêmes pour tous. Notamment l’accès à l’école.

Dans les zones rurales de nos projets, on remarque souvent une différence de genre au sein des formations, notamment professionnelles. Si les filles sont scolarisées, elles mettent plus souvent un terme à leur formation avant la fin, généralement pour des raisons familiales ou personnelles, et n’obtiennent donc pas leur diplôme. Mais elles continuent très souvent leur activité avec leurs propres moyens de manière informelle.

Finalement, l’éducation est très importante. À l’école, bien entendu, mais également au cœur des familles. Et ceci est valable dans le monde entier. On voit que la mixité arrive progressivement dans des filières qui étaient prisées en grande partie par les garçons ou les filles. Les jeunes générations nous prouvent qu’il est important de choisir un métier pour soi-même et non pour rentrer dans une case. Cela devient de plus en plus ouvert et sans jugement surtout. Pour revenir à notre propre expérience en Afrique par exemple, il y a des filles mécaniciennes et du personnel de santé masculin qui pratique des accouchements.

Ce sont de belles avancées, je suis optimiste pour l’avenir.

Propos recueillis par Sébastien Yernaux
Photos : ©Fondation Follereau
Article tiré du dossier du mois « Regards de femmes »

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Publié le jeudi 1er février 2024
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