Féminin pluri-elles

Féminin pluri-elles

Dans cette carte blanche, Sara Liégeois, coordinatrice d’infogreen.lu et administratrice de Picto Communication Partner, explore la réalité des femmes, victimes d’un système injuste au sein duquel elles se sont toujours battues pour revendiquer leurs droits.

Il est un proverbe selon lequel, « derrière chaque grand homme, il y a une femme », phrase attribuée à Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, homme d’église (ce qui n’a rien d’étonnant). Cette posture résume d’un coup – d’un seul – la place qu’on attribue à la gent féminine. Ce second rôle fait rêver, cela va sans dire…

Ne pas tomber dans la victimisation est un exercice difficile. Malgré toute notre bonne volonté, naître femme fait de nous les victimes toute désignées d’un système injuste qui nous demande par la même de ne pas jouer « à la victime » et fait peser sur nous le poids d’une culpabilité où la culture du misérabilisme est mal venue.

Point de cliché, mais un tant soit peu de lucidité et d’honnêteté face à une réalité, celle des violences faites aux femmes, des féminicides qui s’inscrivent désormais comme des faits divers, d’une violence ordinaire, de la non considération à sa juste valeur du travail féminin, des systèmes de retraite qui précarisent la femme alors que nous sommes en 2024 !


Je crois que la vie est une vaste expérience. Notre éducation, notre environnement, nos rencontres, nos interactions sociales, la pression sociétale façonnent et déterminent notre façon d’envisager notre condition de vie de femme.

J’ai toujours pensé que la femme doit jouer des coudes pour faire sa place dans la société. Elle subit depuis la nuit des temps des lois qui ne sont pas les siennes, des religions qui la considèrent comme pêcheresse – voire impure –, une fresque historique où elle est l’éternelle oubliée, une langue que ses détenteurs défendent à grand coup de règles académiques dont l’une d’elle consiste à dire que le masculin l’emporte toujours sur le féminin sans oublier de souligner son invisibilité dans l’histoire de l’art et le monde des sciences où l’on commence à peine à la réhabiliter.

La domesticité, le patriarcat, la logistique familiale, l’éducation des enfants, l’aliénante vie de mère au foyer nous ont longtemps tenues éloignées du grand échiquier autour duquel jouent les décisionnaires de ce monde.

Nous sommes de par notre genre l’être le plus malmené sur terre et ce depuis que le monde est monde. Pourtant nous représentons une population de 3.932.647 âmes sur terre.

Les femmes ont systématiquement dû lutter pour faire valoir leurs droits, au cours des 100 dernières années. C’est au prix de combats permanents qu’elles ont obtenu le droit de vote, l’accès à l’éducation, l’émancipation, l’évolution de la capacité juridique matrimoniale, la légalisation de la pilule, le droit à l’IVG, la loi pour l’égalité réelle entre hommes et femmes…

Et même si les droits des femmes évoluent ponctuellement selon les pays, les cultures, les sociétés, rien n’est jamais acquis, et parfois même la condition de la femme régresse selon le contexte. Il faut sans cesse revendiquer, réaffirmer nos droits.

Je reste persuadée que la femme a un grand rôle à jouer dans l’avenir de ce monde en transition, ou ce qu’il en reste. Consciente de son lien particulier à la vie qu’elle porte, de sa relation privilégiée à la terre-mère nourricière, forte et résiliente, elle se doit pour les générations futures de rassembler, pacifier, insuffler de l’espoir, endiguer cette course folle au profit qui va à l’encontre de tout ce qui est vie en faisant peser de tout son poids sa vision du monde en tant qu’individu à part entière dans l’optique d’une avancée collective.


Gisèle Halimi a justement dit que « Les hommes ont le pouvoir, les femmes ont l’avenir ».

Se projeter dans l’avenir, s’engager, se réinventer est notre cheval de bataille à toutes, pour un monde plus juste, construit – co-construit –, dans l’équité, l’amour, le respect, l’intelligence. C’est notre humanité qu’il reste encore à construire … Je laisserai le mot de la fin à Marguerite Yourcenar qui disait qu’« il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin ».

Un trait d’humour et de dérision

J’aime tout particulièrement le teaser de cette pièce de théâtre de Laura Leoni, mis en scène par Laetitia Gonzalbes, jouée par Diane Prost qui retrace avec humour la grande épopée de la femme à travers les siècles.

Sara Liégeois
Photo : Fanny Krackenberger

Article tiré du dossier du mois « Regards de femmes »

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Publié le mercredi 14 février 2024
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