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Favoriser le bien-être durable

Politique & Gouvernance

Publié le
jeudi 23 janvier 2020 à 04:00

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Une étude de l’institut statistique luxembourgeois illustre le paradoxe d’Easterlin, qui pourrait se résumer par la maxime « L’argent ne fait pas le bonheur ». Les auteurs du STATEC soutiennent que les décideurs devraient discuter des facteurs qui favorisent un bien-être durable, plutôt que débattre sur les questions de croissance ou de décroissance économique.

« Croissance économique et bien-être au Luxembourg ». L’étude (Economie et Statistiques n°110) menée par Francesco Sarracino et Kelsey J. O’Connor pour le Statec – n’a rien d’anodin. Ni dans son approche, ni dans le contexte socio-économico-politique, et pas davantage dans les recommandations suggérées via les conclusions analytiques des chercheurs.

« Economic growth and well-being beyond the Easterlin paradox » est en fait la première étude du genre à analyser le bien-être des résidents luxembourgeois, observé sur une période de plus de 30 ans. Elle montre que l’économie luxembourgeoise a connu une croissance quasi ininterrompue depuis 1981. Pas une surprise. Mais il apparaît clairement que la proportion d’habitants du pays se déclarant « satisfaits de leur vie » n’a pas augmenté tandis que la richesse économique du pays filait chaque fois un peu plus haut. Et ça, c’est surprenant, surtout si l’on considère que, dans le même temps, le sentiment de bien-être et de satisfaction de vie augmentait bel et bien dans des pays comme la France et les Pays-Bas.

Le paradoxe d’Easterlin

D’où la relation faite au « Paradoxe d’Easterlin ». Mis en avant en 1974 par Richard Easterlin – économiste américain né en 1929 - , il pourrait se résumer, dans un raccourci un peu simpliste, par la maxime « L’argent ne fait pas le bonheur ». Plus exactement, il énonce un principe : une hausse du PIB (produit intérieur brut) d’un pays n’entraîne pas nécessairement une hausse du niveau de bien-être ressenti par les individus. Easterlin, considéré comme l’un des fondateurs de « l’économie du bien-être », a démontré de manière empirique une relation ambivalente entre le sentiment de bonheur et de qualité de vie des habitants et une économie en pleine prospérité matérielle, calculée par la croissance du PIB par habitant, après ajustement de l’inflation. Lorsqu’une société a atteint un certain seuil de richesse, la poursuite de son développement économique est sans influence sur l’évolution du bien-être moyen de sa population. Ou du moins, l’effet n’a cours que sur une partie seulement de cette dernière…

Retour au Luxembourg. S’appuyant sur ce paradoxe et sur les débats autour d’une « croissance inclusive » (qui profite à tous les membres de la société), les auteurs du STATEC soutiennent pour leur part que l’on peut s’attendre à une augmentation du bien-être lorsque la croissance économique est associée à une faible inégalité des revenus, un faible chômage, un capital social élevé et un État redistributeur, régulateur voire généreux, dans les transferts sociaux notamment.

La confiance et les initiatives

De fait, leurs résultats montrent que, à long terme, la satisfaction de vie augmente avec la qualité des relations entre concitoyens, que la notion de confiance est plus importante, et avec des effets à long terme, que la croissance du revenu.

Avec l’appui de données officielles puisées à différentes sources, nationales ou européennes, compilées depuis 1980, les auteurs dégagent des pistes pour promouvoir un bien-être durable. Ils suggèrent que les décideurs « devraient discuter des facteurs qui soutiennent et favorisent un bien-être durable, plutôt que de débattre sur la question de savoir si les sociétés devraient rechercher une croissance ou une décroissance économique ».

Ils rappellent que des politiques ont cette capacité et pointent des expériences d’organisation urbaine ayant révélé nombre de résultats contribuant au bien-être : la mise en place d’espaces verts, de zones piétonnes, de sentiers pédestres ou de pistes cyclables, des transports publics de bonne qualité (la gratuité est un plus…), la réduction de l’utilisation des moyens de transport privés… « De telles initiatives offrent aux gens de plus grandes possibilités de développer des relations sociales et de tisser des réseaux, qui à leur tour contribuent au bien-être ».

Les auteurs proposent donc de placer l’accent, moins sur la croissance économique en soi, mais davantage sur une croissance « socialement compatible », peut-être plus lente mais favorisant la qualité de vie.

Un PIBien-être

Le programme gouvernemental 2009-2014 mentionnait déjà la création d’un indice composite destiné à mesurer le progrès de la société et du bien-être sur le long terme. Un « PIBien-être » comme on l’a appelé. Le Conseil supérieur pour un développement durable (CSDD) et le Conseil économique et social (CES) ont été mandatés pour encadrer le développement de cet « nouvel index ». Depuis 2010, les tables rondes, rapports techniques et consultations avec la société civile, s’enchainent régulièrement. En 2013, se dégageait une mesure du bien-être des habitants, en 63 indicateurs, répertoriés en 11 catégories (revenu et patrimoine, emploi, logement, santé, équilibre vie professionnelle – vie privée, éducation et compétences, liens sociaux, gouvernance et citoyenneté, environnement, sécurité physique, bien-être subjectif).

L’unité de recherche du STATEC, en charge du projet PIBien-être, publiait, en novembre 2017, son premier rapport sur cette nouvelle façon de voir et de mesurer.

L’étude actuelle, et surtout les analyses qu’en font les chercheurs, mérite d’être consultée, avec un regard différent. Avec vue sur un horizon qui favoriserait, plus que le tout économique, le bien-être durable.

Alain Ducat

Publié le
jeudi 23 janvier 2020


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