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Entre le marteau et l’enclume
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Entre le marteau et l’enclume

Architecture & construction

Publié le
mardi 3 janvier 2023 à 04:00

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Interview de Gilles Christnach et David Determe, Managing Directors de Betic Ingénieurs-Conseils.

Continuer à oser entreprendre dans un environnement mouvant

Crise sanitaire, géopolitique, inflation galopante… Depuis quelques années, les entreprises sont malmenées et doivent jouer de prudence en opérant de difficiles arbitrages entre investissement et endettement pour garantir leur compétitivité et, de fait, leur pérennité. Investissements liés à la digitalisation, au déploiement de nouveaux processus de travail et d’organisation, au lancement de nouveaux produits ou services, à la professionnalisation des équipes, et plus globalement à leur stratégie commerciale… Comment les entreprises du secteur de la construction préservent-elles leur activité et garantissent-elles leur développement ? Retour sur les évolutions majeures mises en place au sein du bureau dans cet environnement mouvant.

Beaucoup de temps forts ont marqué la vie de Betic ces dernières années. Vous avez notamment rejoint VK architects+engineers. Quels bénéfices en tirez-vous ?

Gilles Christnach : Rejoindre en 2020 le groupe VK architects+engineers a été un tournant stratégique pour le bureau. La concurrence internationale se faisait de plus en plus pressante sur le marché luxembourgeois et offrait des expertises encore peu, voire pas présentes sur le territoire. Nous devions, pour garantir notre pérennité, offrir, tout comme elle, un service complet en techniques spéciales et en conception
durable, sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment.

Nous avions déjà initié cette stratégie en lançant un service d’experts (optimisations énergétiques, autorisations d’établissement, certifications environnementales…), mais devions en accélérer le développement. Rejoindre VK architects+engineers a été un véritable levier. Nous avons depuis déployé des prestations en acoustique et vibrations au Luxembourg, avec l’arrivée de deux collaborateurs spécialisés, qui, épaulés par leur manager et des experts belges, ont pu structurer cette activité et proposer très vite des prestations de haute qualité. Nous sommes convaincus que c’est d’autant plus lorsque l’environnement est « turbulent », incertain, qu’il faut continuer à avancer, à innover, à renforcer nos services, pour satisfaire toujours davantage le client et rester ainsi compétitif.

Vous couvrez donc tous les volets de la conception durable ?

David Determe : Au Luxembourg, pas encore. Nous tenons à proposer des prestations parfaitement maîtrisées. Notre stratégie est de proposer une expertise de façon poussée avant de déployer la suivante. Aujourd’hui, l’acoustique est en place. Notre expertise en économie circulaire, en conseil et utilisation des écomatériaux est des plus poussée. Nous allons désormais nous appuyer sur l’expertise du groupe pour organiser le volet sécurité incendie.

GC : À nouveau, certains métiers très spécialisés sont peu ou pas présents au Luxembourg. La raison est simple. Les capacités de développement ne sont pas les mêmes dans une entreprise de 20 ou de 500 personnes : structures organisationnelles et techniques à mettre en place, coûts et temps à y consacrer… VK architects+engineers a un savoir-faire poussé dans de nombreux domaines comme en ingénierie de façade ou en healthcare design… Il développe des prestations digitales des plus poussées concernant le cycle de vie complet des bâtiments : monitoring, optimisation, vieillissement des matériaux… Donc, même si nous n’avons pas encore ces compétences localement, nous avons la capacité de proposer à nos clients un service complet grâce à nos équipes dans tous les pays, qui va encore s’étoffer au fil des années.

Autre moment clé, l’intégration récente des collaborateurs d’EKOplan ?

GC : Effectivement, l’acquisition d’EKOplan par Betic nous permet de passer un nouveau tournant stratégique en intégrant, entre autres, des compétences linguistiques en allemand ou encore d’un point de vue technique en ingénierie de l’eau, qui nous faisaient défaut. De notre côté, nous pouvons par exemple les appuyer en conception et modélisation 3D… Ce rapprochement s’est fait de manière très naturelle. Nous exerçons le même cœur de métier, collaborons depuis 20 ans et avons la même culture d’entreprise.

Vous parlez de conception 3D. Plus largement, en termes de BIM, où en êtes-vous ?

DD : Sujet compliqué… Beaucoup sont encore frileux et à juste titre : coûts des logiciels, de la montée en compétences des collaborateurs, conduite du changement, évolution des prestations qui ne sont pas systématiquement contractualisées, plannings non adaptés à la conduite d’un projet en BIM… Comme tous, nous rencontrons des difficultés à l’implémenter largement sur nos projets et dans notre méthodologie de travail générale. Nous avons des projets contractuellement prévus en BIM pour toute la maîtrise d’œuvre et cela fonctionne… Mais cela ne concerne malheureusement qu’une minorité.

Donc, encore des points bloquants ?

DD : Oui. C’est une refonte complète de notre méthodologie de travail. Or, trop peu de projets sont conduits en BIM. Il est donc très compliqué d’accompagner les collaborateurs dans leur montée en compétences puisqu’ils ne la mettent en pratique que trop ponctuellement. Nous avons longtemps conduit des projets en BIM lorsque cela n’était pas demandé, ni prévu contractuellement, pour pratiquer, mais cela ne fonctionne pas, tant d’un point de vue financier qu’organisationnel. Si toute la maîtrise d’œuvre ne le met pas en pratique sur le projet, les plannings diffèrent, les rendus ne comportent pas les mêmes niveaux de détails… Cela entraîne des allers-retours non nécessaires et crée des frustrations.

Ne faut-il pas pour autant persévérer ?

GC : Ne pas faire du BIM, c’est être hermétique aux évolutions de nos métiers et risquer d’être vite dépassé… Les professionnels de notre secteur travaillent-ils encore sur une planche à dessin ? Pourtant, nombreux étaient frileux à la CAO, DAO et annonçaient cette évolution comme un « effet de mode » sans avenir… Donc, oui, il faut persévérer. Pour preuve, le processus de travail collaboratif BIM est largement mis en pratique dans des pays depuis des décennies avec des résultats tangibles et de grandes entreprises luxembourgeoises l’imposent car les retours d’expériences montrent toute sa plus-value.

Alors, comment concrètement y arriver ?

DD : En restant agile. Nous les premiers, nous essayons, nous nous réorganisons lorsque cela ne fonctionne pas... Nous avions dans le passé une équipe composée de nos spécialistes BIM pour centraliser l’expertise et gagner en efficacité sur les projets BIM. Pour les points évoqués précédemment, cela ne porte pas ses fruits. C’est pourquoi ils ont rejoint les équipes projets. Ils sont au plus près de la conception et poursuivent leur montée en compétences en dimensionnement, comme en modélisation 3D. Pour nos projets prévus contractuellement en BIM, nous constituons alors des équipes avec nos spécialistes pour la durée de ces derniers. La clé du succès ? Le temps nous le dira. Il n’y a pas de « recette miracle » mais les étapes à franchir sont connues : prendre conscience que le BIM sera à terme notre nouvelle méthodologie de travail, former les équipes, intégrer ces évolutions de travail contractuellement pour que tous les acteurs collaborent dans la même logique, avec une rémunération adaptée aux prestations. Dans quel ordre, à quel rythme… C’est toute la complexité !

Extrait du Neomag#50
Plus d’informations : http://neobuild.lu/ressources/neomag
© NEOMAG - Toute reproduction interdite sans autorisation préalable de l’éditeur

Crédit photo : Made Creative

Publié le
mardi 3 janvier 2023


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