En piste pour la transition concrète

En piste pour la transition concrète

Luxembourg in Transition a fini la phase de consultation internationale. Les experts et les citoyens s’attaquent désormais aux chantiers, parfois colossaux par ce qu’ils impliquent : de gros changements de société...

Le challenge est à la mesure des enjeux. Luxembourg in Transition veut pour 2050 un aménagement des territoires (Luxembourg et zones frontalières) décarbonés, résilients et durables. Pour mémoire, lancée en juin 2020 et initiée par le ministre Claude Turmes, cette consultation internationale a réuni des propositions stratégiques d’aménagement du territoire et produit des scénarios de transition écologique/zéro-carbone pour le pays et son aire d’influence socio-économique.

« Notre responsabilité politique et citoyenne ne s’arrête pas à nos frontières », souligne Claude Turmes. « Arlon, Thionville, Saint-Vith ou Bitburg sont des aires qui bénéficient mais aussi subissent l’impact de notre économie attractive, sur la mobilité, sur les prix du logement, sur les services de proximité… »

Du courage politique pour provoquer l’évolution

Ces régions frontalières, si elles ne seront pas concernées directement par les décisions politiques ou urbanistiques luxembourgeoises, seront clairement associées, par des comités transfrontaliers et une concertation de voisinage, à l’esprit de ce qui, pour le Grand-Duché où le mètre carré n’a pas de prix mais un sérieux coût sociétal, s’apparente à une révolution. Car toutes les conclusions des experts et des citoyens qui participent à Luxembourg in Transition vont dans le même sens : il faut explorer toutes les pistes et booster toutes les idées pour proposer « une nouvelle culture de l’aménagement du territoire »… autant dire bousculer sérieusement le mode de vie, la propriété privée, les affaires juteuses, le rapport aux signes et aux sources de richesse made in Luxembourg, pour partager l’espace, le rendre à l’ensemble des citoyens.

Le ministre Claude Turmes en est bien conscient et assume le courage politique de ce gouvernement : « C’est clair que, si l’on prend des mesures, notamment législatives et administratives, pour que l’État ait davantage la main sur le foncier et puisse faire de l’aménagement du territoire autrement, tout le monde ne va pas être très joyeux, parmi ceux qui spéculent ou qui gèrent la terre à l’ancienne. C’est un courage que l’on doit avoir parce que les enjeux sont pour toute la société. Que sera le Luxembourg demain pour ses habitants, comment y vivra-t-on, c’est ça le débat. On parle de qualité de vie de tout un chacun. Et cela ne se fait pas en un jour. Il faut bousculer des habitudes et des pratiques, voir les choses autrement et agir dans l’intérêt général. C’est par exemple ce que l’on fait déjà au gouvernement, avec la politique en faveur du logement abordable, ou en faveur d’une diversification agricole, ou en faveur de la mobilité… »

Ici, avec Luxembourg in Transition, c’est une action pilotée par l’Aménagement du Territoire, pour un ré-aménagement du territoire qui concerne une volée de ministères et d’administrations, du national au local (les communes seront des acteurs importants à embarquer dans les changements coperniciens). Mobilité, infrastructures, agriculture, logement, économie, classes moyennes, tourisme, justice, intérieur, énergie, développement durable, Grande Région, environnement… sont autant de mots-clés qui interviennent dans ce moteur de recherche du mieux vivre ensemble au Luxembourg pour la génération suivante, et autant de ressorts ministériels impliqués, pour la plupart déjà partants ou au moins informés par les équipes d’experts et les comités citoyens. Il faudra aussi embarquer les acteurs privés, la société civile, les autorités voisines…

« La consultation internationale a fait son travail, de façon remarquable et collaborative. On n’était pas dans un concours, davantage dans un processus de co-création », applaudit le ministre Turmes. « Maintenant que cette phase de diagnostic et de suggestions est terminée, on est déjà dans le concret. Les idées, les pistes, les concepts sont là et les chantiers d’application ne manquent pas. L’heure est à l’action et nous souhaitons que tout cela ne reste pas lettre morte ».

Des équipes, des citoyens, des visions

Luxembourg in Transition a déjà réussi le pari de fédérer bien des forces vives. Les quatre équipes « finalistes » ont accouché d’un gros travail prospectif, mené aussi sur le terrain, au fil de réflexions et de case studies (Foetz, Bettendorf, Helfent, Oberkorn, Luxembourg Ville et sa périphérie, etc), en explorant les sept pistes qui balisent le sentier vers ces territoires nouveaux :

  • Zéro émissions nettes de gaz à effet de serre
  • Zéro artificialisation nette du sol
  • Protection et renforcement de la biodiversité et des paysages
  • Développement économique équitable et solidaire
  • Cohésions territoriale et sociale
  • Préservation des ressources naturelles
  • Répartition équilibrée des infrastructures

Les équipes (dont une luxembourgeoise, emmenée par l’Université) parlent toutes de densification ou d’intensification des espaces urbains, de sobriété voire de diète, d’utilisation rationnelle, de lien entre nature et ville, de ruralité active, de consommation adaptée, de production intelligente, d’espaces repensés (les dossiers peuvent être consultés sur le site).

La réflexion est aussi le fruit d’une collaboration citoyenne, d’intenses travaux, d’échanges, de visites, d’interactions, notamment par le Biergerkommitee Lëtzebuerg 2050 actif depuis janvier 2021 et dont les conclusions sont sans appel, si ce n’est un appel à l’action (voire à l’aide),sans langue de bois.

Cette implication citoyenne est une force sur laquelle le processus et les actions gouvernementales veulent s’appuyer. Claude Turmes imagine déjà, « comme il y a une Chambre de Commerce ou une Chambre des Salariés », une « House of Commons », à la fois réceptacle et promotion des initiatives venant du terrain. Un terrain redistribué. « Il faut ancrer dans la réalité territoriale du Grand-Duché de Luxembourg et auprès des partenaires grand-régionaux les scénarios, stratégies et concepts développés afin d’enclencher une dynamique à la fois faisable et concrète ». Les premiers projets-pilotes se dessinent. Et leurs contours devront démontrer la capacité de la société luxembourgeoise à s’engager réellement sur le chemin de la transition, territoriale et sociétale.

« Luxembourg in Transition » - Vers un territoire décarboné, résilient et durable from Luxembourg in Transition on Vimeo.

Alain Ducat

Photos et documents : ©Yannick Stirn / DATer/ MAE

À noter

Une exposition itinérante retraçant la consultation internationale a été réalisée avec pour objectifs de sensibiliser le grand public au sujet de la transition écologique et territoriale ainsi que de présenter quelques concepts des équipes.

L’exposition est accessible au public à la Maison du savoir de l’Université du Luxembourg à Belval du jusqu’au 5 juin 2022.

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Publié le lundi 23 mai 2022
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