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Diplomatie nucléaire réactive

Politique & Gouvernance

Publié le
vendredi 15 mai 2020 à 04:00

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La Belgique et ses déchets nucléaires alimentent le débat. Un débat très électrique. La ministre belge de l’énergie a même parlé d’« incident diplomatique majeur » avec le voisin luxembourgeois, qui aurait « désinformé » le public. Sur le fond, le dossier gagne à être éclairé des rétroactes, liés à la gestion et à la communication belges.

« Un incident diplomatique majeur ». Rien de moins. La ministre belge de l’énergie, Marie-Christine Marghem, a mal avalé la sortie médiatique de Carole Dieschbourg et du gouvernement luxembourgeois, sur « l’affaire » des futurs sites de gestion des déchets radioactifs en Belgique frontalière. En gros, la ministre a tout botté en touche, voyant dans l’annonce luxembourgeoise une entreprise de « désinformation ».

L’ONDRAF, organisme belge chargé de la gestion des déchets nucléaires, a apporté quelques précisions utiles https://www.ondraf.be/clarification.... « Aucune décision n’a jusqu’ici été prise quant à la destination finale des déchets de haute activité et/ou de longue durée de vie (…) L’ONDRAF a proposé le principe du stockage géologique ou souterrain sur le territoire belge comme solution de gestion et destination finale de ces déchets. La décision demandée est donc la toute première étape décisionnelle, à savoir ce que la Belgique compte faire de ces déchets. Les propositions relatives aux plans concrets, au lieu, au moment et à la manière dont cela devra se faire feront l’objet de décisions proposées à des étapes ultérieures ».

Le Luxembourg a rendu la chose visible...

Surtout, l’ONDRAF confirme « ne pas être l’auteur de la carte géographique circulant dans certains médias et indiquant des lieux potentiels ». Elle a de fait été élaborée sur le géoportail luxembourgeois, sur base des éléments scientifiques proposés par l’organe belge, qui n’avait rien cartographié. L’ONDRAF souligne que « le processus de choix d’une localisation d’un site de stockage n’est pas à l’ordre du jour » de sa proposition et de la consultation populaire en ligne.

« L’évaluation des incidences environnementales qui accompagne le plan mentionne uniquement les roches hôtes qui, sur base des pratiques internationales, pourraient théoriquement entrer en ligne de compte pour un stockage en Belgique. Il s’agit donc d’une description générale de la géologie belge. » Que le Luxembourg a, tout simplement, matérialisée et rendue visible, pour compléter la bonne information générale… et du même coup lancer l’alerte aux populations, jusque là pas conscientes du processus en cours.

... et permis le débat

L’ONDRAF poursuit : « La géologie, le site, le mode de mise en œuvre et le calendrier n’étant pas connus, la description et l’évaluation des incidences environnementales doivent, à ce stade-ci, s’effectuer à un niveau général. Les incidences environnementales seront évaluées de manière de plus en plus détaillée au fur et à mesure du développement de la solution. Ces évaluations, en ce compris, le cas échéant, les effets transfrontaliers et les consultations du public y afférentes, seront organisées le moment venu en respectant les impositions nationales et internationales en vigueur ».

L’ONDRAF estime qu’il « n’est pas nécessaire ni possible d’évaluer les impacts transfrontaliers à ce stade ». Mais précise qu’il a bien, « dans le souci d’assurer la plus grande transparence et dans un esprit de bonne collaboration », prévenu tous les points de contact au niveau des Etats membres de l’Union européenne dès le début de la consultation publique, le 15 avril 2020. Il reste que cette communication, en plein cœur de la crise du COVID-19 et du confinement, est passée inaperçue. Et que c’est le Luxembourg qui a permis le débat.

Problèmes belgo-belges

Ce débat est vif en Belgique, en particulier dans les zones frontalières du Luxembourg, en Gaume, en Ardenne, où les pétitions circulent et où les réactions, citoyennes et politiques pullulent, en tous sens.

Certains renvoient volontiers la balle au Luxembourg, dont les déchets radioactifs sont concernés, par convention bilatérale - comme rappelé dans notre article précédent . Rappelons encore que les déchets en question sont très peu nombreux – issus de la recherche et de l’imagerie médicale, ils ont représenté un demi mètre cube en quinze ans de transferts vers la Belgique pour traitement, entre 1995 et 2010. Le Luxembourg ne produit pas de déchets de centrales nucléaires, évidemment. La Belgique continue d’en produire.

Mme Marghem était d’ailleurs fière de mentionner dans son bilan ministériel de 2019 avoir relancé toutes les centrales pour assurer la sécurité d’approvisionnement électrique du pays, alors que l’arrêt du nucléaire avait préalablement été mis sur la table. La Belgique n’a guère d’alternative, pour n’avoir que peu encouragé le renouvelable et les alternatives énergétiques. Et le Royaume cumule les déchets du passé, qu’il faudra effectivement gérer d’une manière ou d’une autre, auxquels s’ajouteront ceux du présent et du futur. Rappelons aussi que les centrales belges, dont plusieurs fois Tihange près de Liège, ont présenté des failles de sécurité, ont dû être mises à l’arrêt, et ont pu repartir avec l’appui de la ministre Marghem, qui a plusieurs fois été mise sur la sellette pour ses déclarations contradictoires, ou carrément favorables aux gros producteurs d’énergie « classique ».

Sur le fond, donc, on n’est nulle part. En tout cas loin d’une décision, sur la méthode de gestion par enfouissement ou de localisation de sites favorables. Mais le processus est en cours. On notera que plusieurs scientifiques, cités par la presse belge, pensent que les zones frontalières évoquées n’ont pas beaucoup à craindre, si l’on s’en tient à l’objectivité géologique. Certains mentionnent une « solution idéale », étudiée depuis les années 80, située en Flandre… Ce qui pourrait en partie expliquer que l’on continue à se renvoyer la patate chaude, alors que la Belgique accuse du retard sur la gestion de ses déchets nucléaires.

Alain Ducat

Photo (Michiel Verbeek — Licence Creative Commons) : La centrale nucléaire de Tihange, une des plus anciennes au monde (1975), était considérée par des experts européens comme présentant de sérieuses failles de sûreté et de fiabilité au moment de son redémarrage total fin 2018.

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