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risque d’érosion des parcelles de culture
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Clé de sol pour partition agricole

Politique & Gouvernance

Publié le
jeudi 22 septembre 2022 à 04:30

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La première carte du risque d’érosion des parcelles de culture offre un outil de planification et de gestion au secteur agricole. Les enjeux d’une gestion durable des sols sont importants.

L’érosion est un phénomène naturel mais, en probable accroissement avec le réchauffement climatique, cette « usure » est à terme un réel danger pour la fertilité des sols agricoles et une perte pour la diversité. C’est, aussi, un facteur aggravant communément admis dans le risque d’inondations…

« Les agriculteurs doivent constamment adapter leurs pratiques agricoles et culturales pour protéger leurs terres », explique-t-on au ministère de l’Agriculture, de la Viticulture et du Développement rural, qui a publié récemment la première carte du risque d’érosion des parcelles arables sur le « geoportail » national.

Le service de pédologie du ministère propose ainsi un outil de planification, innovant et public. L’érosion concerne prioritairement les terres arables, qui représentent 45% de la surface agricole utile nationale - les prairies permanentes (55%) ne sont pas concernées. La carte montre le Luxembourg cultivable – environ 55.800 ha de terres arables - par le prisme de quatre niveaux de risque d’érosion.
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On peut noter que 69% de ces terres ne présentent pas, selon les analyses et observations, de risque érosif ; ces surfaces ne sont donc pas visualisées. En revanche, on peut pointer les 2% qui présentent un risque d’érosion élevé et les 6% avec un risque moyen. Quelque 5.000 ha sont classés en risque faible (19% des terres arables) voire très faible (4%).

Un outil d’orientation

Les services ministériels précisent que l’évaluation du risque d’érosion a été réalisée en combinant la modélisation théorique à l’analyse visuelle réellement identifiée sur des photos aériennes. « Des milliers de parcelles ont été visualisées et vérifiées sur les 11 photos aériennes disponibles sur le Géoportail pour la période 2001-2020 ». La modélisation s’est appuyée sur des données géospatiales comme la topographie, la couverture et le travail du sol, la nature du sol, l’hydrologie ou l’érosion théorique (équation universelle des pertes en terre).

Au-delà de l’aspect technico-scientifique, il y a un outil pratique pour les agriculteurs. « Un outil d’orientation qui aide l’agriculteur à réduire ses risques érosifs en adaptant ses pratiques agricoles et le choix des cultures au contexte sur des parcelles ciblées ». Parmi les différents leviers de lutte contre l’érosion figurent, notamment, le recours au couvert végétal hivernal et aux cultures dérobées, le choix et la rotation des cultures, la création ou la restauration de bandes enherbées, de fascines ou de haies, la réduction du labour et de l’intensité du travail du sol, ou encore l’apport régulier de matière organique au sol.

Des mesures, des pistes et des coûts

Cette gestion est plus que souhaitée dans un effort de solidarité et d’efficacité. On sait que, pour préserver les terres arables, le ministère prévoit des nouvelles mesures obligatoires sur les parcelles à risque d’érosion dans le cadre du plan stratégique national et de la nouvelle loi agraire visant à implémenter la Politique agricole commune 2023-2027 au Luxembourg.

Fin 2021, un rapport de l’Administration de l’environnement, « Vers une protection holistique du sol au Luxembourg », identifiait les principales pistes à développer pour mettre en place une protection efficace des sols au Luxembourg. « Même si le sol est à la base d’environ 95% de notre alimentation et à l’origine de nombreux services écosystémiques indispensables pour la survie de l’Homme, il n’est pour l’instant que peu protégé », y était-il souligné, en précisant que « les dispositions législatives concernant la protection du sol n’existent que de façon dispersée ».

On évoquait également le coûts de la dégradation des sols : « Le sol joue un rôle prépondérant dans l’économie, par le biais de le production agricole souffrant d’une diminution des rendements, d’une augmentation du coût du traitement de l’eau (épuration, gestion des sédiments) ou encore dans la régulation du climat. En clair, la dégradation des sols entraine une baisse des gains et une augmentation des dépenses ». Le rapport admettait que le montant des coûts engendrés par la dégradation des sols n’est pas encore connu au Luxembourg. Mais, précisait-il, « des études menées dans d’autres pays européens laissent présager que ce montant serait de plusieurs dizaines de millions d’euros chaque année. De plus, les travaux déjà menés suggèrent que la majeure partie de ces coûts est supportée par la société et non par les acteurs à l’origine des dégradations ».

S’unir pour la durabilité des sols

Entre autres pistes pour une meilleure protection, le rapport suggérait « une collaboration accrue entre tous ces acteurs nationaux en charge des enjeux concernant les sols afin d’établir un cadre cohérent, exhaustif et efficace dédié à la protection des sols ».

Dans la foulée, au début de cette année 2022, les chercheurs du LIST annonçaient unir leurs forces « pour relever les principaux défis de la durabilité des sols » et « fournir une approche holistique aux principaux acteurs du Luxembourg et au-delà ». Un groupe de travail interdisciplinaire a été créé, sorte de coup d’envoi pour une « communauté des sols » au Luxembourg.

Avec les nouveaux objectifs de la politique agricole et la mise en place d’outils de planification et de gestion, le développement rural est peut-être entré dans une nouvelle ère, avec une prise de conscience et une répartition des responsabilités. Et avec le sol pour clé.

Alain Ducat

Photos : Geoportail, KlimaBundnis

Publié le
jeudi 22 septembre 2022


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