
À Beckerich, l’énergie locale se partage et change la donne
À Beckerich, une communauté énergétique pionnière associe éolien, solaire, stockage et gestion intelligente. Porté par Energiepark Réiden, ce projet pilote démontre qu’autonomie énergétique, adhésion citoyenne et viabilité économique peuvent avancer ensemble, à l’échelle d’une commune.
À Beckerich, la transition énergétique est devenue tangible. Depuis septembre 2025 et la mise en service d’une nouvelle éolienne, la commune expérimente un modèle encore rare au Luxembourg : une communauté énergétique locale intégrant, au-delà du solaire, une production éolienne directement partagée entre habitants, entreprises et bâtiments communaux.
« Les projets de communautés énergétiques sont vraiment en train de démarrer. Mais Beckerich est particulier, parce que c’est la première communauté de ce type à intégrer aussi une production éolienne », explique Paul Kauten, administrateur délégué d’Energiepark Réiden. « Ailleurs, on parle surtout de partage photovoltaïque. Ici, on a une autre logique. »
Une production répartie sur toute l’année
L’éolien modifie profondément le profil de production. « Le solaire produit surtout en journée et en été. L’éolien, lui, permet une production répartie sur toute l’année, y compris la nuit et en hiver », souligne Paul Kauten. Pour les membres, l’intérêt est immédiat : consommer une électricité renouvelable produite localement, en temps réel.
« Les gens peuvent couvrir une grande partie de leur consommation avec de la production locale. Et ça change aussi la perception de l’énergie : ce n’est plus quelque chose d’abstrait, mais quelque chose qui vient de chez soi. »
Cette proximité apporte aussi de la stabilité. « Les prix à l’intérieur de la communauté sont fixes. Cela donne une sécurité face aux fluctuations du marché, surtout avec l’électrification croissante des usages, comme les pompes à chaleur ou la mobilité électrique. »
Flexibilité et intelligence énergétique
Pour que le modèle fonctionne, la consommation doit s’adapter à la production. « Il ne s’agit pas de stresser les gens, mais de mettre en place une intelligence qui gère automatiquement les équipements », insiste Paul Kauten.
Recharge des voitures électriques, production d’eau chaude, activation différée des usages : « Quelqu’un rentre chez lui, branche sa voiture, et le système décide quand lancer la recharge pour coller au mieux à la production locale. Si la personne a besoin de repartir dans une heure, ça se fait immédiatement. Mais la plupart du temps, on a de la marge. »
Le stockage comme levier clé
À Beckerich, cette flexibilité est renforcée par le stockage. Trois batteries, installées à différents endroits visibles de la commune, font partie intégrante de la communauté énergétique. « Elles sont membres de la communauté au même titre que les habitants. »
Ces installations s’inscrivent dans des projets européens menés avec le LIST (Luxembourg Institute of Science and Technology). « On teste différents scénarios pour optimiser la couverture locale, mais aussi pour vérifier que le modèle tient économiquement. » On peut citer le projet « smartcore » du programme Interreg NWE et le projet « enertef » du programme horizon.
Dès janvier, une voiture électrique bidirectionnelle viendra compléter le dispositif. « Les batteries des voitures ont des capacités importantes. À l’échelle d’une rue ou d’un quartier, c’est un potentiel énorme pour augmenter encore la couverture locale. »
Une réponse aux marchés et au réseau
Ce fonctionnement local permet aussi d’éviter certains effets pervers du marché. « Les prix négatifs deviennent de plus en plus fréquents, parce qu’il y a trop de production renouvelable à certains moments », observe Paul Kauten. « Si on consomme et stocke localement, sans devoir vendre sur le marché, cet effet est tout simplement annulé. »
Autre avantage : la réduction de la pression sur les réseaux. « On arrive à couper des pointes et à intégrer plus de production sans créer de problèmes pour le réseau de distribution. »
Une adhésion citoyenne forte
Sur le terrain, l’engouement a surpris. « Je fais de la participation citoyenne depuis plus de vingt ans, et je n’étais pas préparé à un tel intérêt. » Les réunions publiques ont attiré un public très diversifié, impatient de pouvoir bénéficier concrètement de la production locale.
« Il y a même des personnes qui étaient opposées à l’éolienne et qui sont devenues membres de la communauté énergétique », souligne-t-il. A partir de maintenant, 86 % de la consommation des bâtiments communaux est couverte directement par l’éolienne, environ 75 % pour les ménages et jusqu’à 60 % pour les entreprises.
Pour Paul Kauten, l’enjeu dépasse l’énergie. « Ce n’est pas seulement un outil technique. C’est aussi un instrument social, qui peut créer du lien, renforcer l’acceptation et servir de base à d’autres projets de transition énergétique. »
Sébastien Yernaux






















