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Spécificités et défis de la construction bois
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Spécificités et défis de la construction bois

Architecture & construction

Publié le
mercredi 24 mai 2017 à 04:00

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Le point sur le matériau bois : avantages, désavantages, labellisation, mise en œuvre, complémentarité avec d’autres matériaux, innovation.

Interview de Daniel Bourgeois, consultant en construction, isolation et couverture bois pour le Centre de compétences parachèvement et consultant Passivhaus pour l’IFSB.

Qu’est-ce qui fait du bois le matériau de construction durable par excellence ?

Le bois est renouvelable et, dans les bâtiments, il est utile tout au long de son cycle de vie : il peut remplir une fonction structurelle, être mis à façon sous forme de poutres, planches, panneaux ; une fonction isolante en fibres rigides, semi-rigide et en vrac pour l‘insufflage ; et pourra servir de source d’énergie pour se chauffer. Du point de vue environnemental, le bois est un poumon de notre planète de par sa capacité à absorber du CO2 pour sa croissance et à en stocker lors de son utilisation.

Avec quels autres matériaux s’associe-t-il positivement dans une logique de durabilité ?

Dans une maison confortable et passive, l’association avec la paille, le miscanthus, le chanvre est idéale. Le bois étant un matériau porteur, il assure la stabilité du bâtiment et les autres éléments, en tant que matériaux de remplissage ou d’enveloppe, jouent le rôle d’isolant thermique et acoustique. Le bois s’associe également très bien avec de la terre crue ou de l’argile qui permettent de compenser son manque de masse et d’être un régulateur de la température et l’humidité intérieure. On a construit d’ailleurs des maisons à colombages, qui combinent bois et argile mélangée à des fibres naturelles, depuis le Moyen Âge, preuve que cette association fonctionne et qu’elle résiste dans le temps.

Comment choisir un bois durable ?

Il existe des labels qui certifient la durabilité de tout le cycle de vie du bois, depuis la sylviculture jusqu’au recyclage dans des humus ou au brûlage à des fins énergétiques. Il s’agit du label PEFC (Pan European Forest Certification®, devenu Program for the Endorsement of Forest Certification Schemes®), qui est ancré sur les principes européens, et du label FSC (Forest Stewardship Council®), à l’échelle mondiale. Ils permettent d’assurer un suivi des exploitations forestières de la plantation en passant par l’entretien jusqu’au bucheronnage avant mise à façon. Le label SFI (Sustainable Forestry Initiative®) va même plus loin sur la gestion forestière durable en ce sens qu’il considère également l’utilisation qui va être faite du bois en fonction de son essence.

À quelle utilisation correspond quel type de bois ?

Par exemple, le peuplier est utilisé pour la fabrication de planches permettant de réaliser le voligeage des toitures telles que des clochers à tours cintrés, car ce bois est tendre et a la capacité d’épouser différentes formes. Pour les structures des bâtiments, on emploie surtout des résineux, qu’on regroupe sous l’appellation SRN et SBN. Ce sont des sapins rouges ou blancs du Nord, du douglas ou du mélèze qui proviennent principalement des pays nordiques ou montagneux (Jura), où les conditions climatiques plus rudes font qu’ils pousseront lentement ce qui donne davantage de raideur et de stabilité au bois. Pour ce qui est du parachèvement et tout ce qui restera apparent (planchers, escaliers, menuiserie intérieure, poutres), les feuillus seront favorisés, principalement le chêne et le hêtre.

Quelle est la place du bois dans LENOZ ?

LENOZ reconnaît la durabilité des matériaux utilisés dans la construction. Il accorde au bois une place importante, ne fut-ce que par sa valorisation technique dans la construction du futur et son impact favorable sur l’environnement qui se concrétise à travers un système de points.

Quels sont les différents systèmes constructifs existants ?

L’ossature bois consiste à former un squelette avec des montants horizontaux et verticaux renforcés par des panneaux raidisseurs, tels que des panneaux de fibres ou de plaquettes de bois compressées comme les panneaux OSB, DWD… en provenance principalement de chablis et de déchets de bois après mise à façon. Celles-ci sont agglomérées au moyen de colles qui incluent souvent des polyuréthanes ; toutefois, il existe des solutions alternatives où la tenue est réalisée à base de résine, de latex ou d’autres liants permettant d’éviter les problématiques environnementales et sanitaires.

La technique poteaux-poutres repose, comme son nom l’indique, sur l’association de poteaux et de poutres pour former des portiques qui seront ensuite remplis. Cette technique est économe et offre une grande modularité aux bâtiments, facilitant ainsi la ré-affection des locaux.

La technique bois massif est la mise en œuvre de planches de bois noble qui sont croisées et contrecollées (BSP), contre-clouées avec des clous en aluminium selon la licence allemande MHM, ou contre-chevillées avec des chevilles en hêtre telles que le système Thoma ou équivalent. Dans ce cas on effectue un croisement horizontal/vertical puis un autre croisement à 45 degrés. Cette pose en triangulation permet de renforcer et raidir l’ensemble des panneaux.

Le bois est-il réservé aux maisons unifamiliales ?

On ne peut plus dire cela. Le bois est certes un matériau vivant qui peut se déformer ou se fissurer en fonction du taux hygrométrique ambiant ; mais, aujourd’hui les bois de construction sont séchés et calibrés. Les assemblages des bois et leur qualité (orientation des fibres, bois de quartier…) sont utilisés de manière à assurer une stabilité optimale aux bâtiments. Le lamellé collé offre la possibilité de travailler sur de très grandes portées. On construit d’ores et déjà des immeubles de plus de 10 étages en ossature bois dans des pays qui ont une forte tradition sylvicole comme le Canada ou les pays du Nord de l’Europe. Le professeur Jean-Luc Sandoz de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, qui est un des grands spécialistes des structures bois, travaille également sur l’évolution des techniques constructives pour permettre de gérer les utilisations en hauteur.

Quels sont les défis spécifiques à un projet de construction bois ?

On va vers davantage de constructions mixtes, où le bois est combiné à d’autres matériaux. Typiquement, le radier qui supporte le bâtiment est très souvent réalisé avec du béton. Le défi est de mettre en place la transversalité entre les différents intervenants et corps de métier. La formation est primordiale pour la connaissance et le respect du matériau.

Quel est le plus grand avantage du bois sur le plan technique ?

Un grand avantage du bois est que, de par sa légèreté, il permet la préfabrication d’éléments de grandes dimensions en atelier. La préfabrication permet de réduire les risques et le temps de travail sur chantier - il faut environ 1 semaine pour « fermer » une maison unifamiliale -, donc de gagner en rentabilité.

Quels sont ses points faibles et comment les contrebalancer ?

Le fait d’être léger est un désavantage du bois, ce qu’il fait qu’il est influencé par les montées en température, principalement en période estivale. Afin de gérer cette situation, il faut essayer de lui redonner de la masse, entre autres pour le volant thermique du bâtiment (déphasage) et de ce fait pour le confort thermique des occupants, en le combinant avec d’autres matériaux, et être attentif à la compatibilité des matériaux pour une bonne gestion de la perméance à la vapeur d’eau et de l’étanchéité à l’air et à l’eau. On le combinera, par exemple, avec une maçonnerie à l’aide de briques en terre crue, ou d’un banchage à l’argile mélangée au miscanthus, au chanvre ou à la paille, c’est-à-dire coulée comme un voile de béton. L’effet de masse influence également l’acoustique, d’où l’importance d’associer le bois avec des matériaux adaptés pour absorber les bruits d’impact et aériens en créant l’effet masse/ressort ; ce qui nécessitera d’utiliser certaines matières telles que des bois profilés pour absorber les sons en y joignant des isolants en fibres de bois ou encore en le traitant avec des cires ou des huiles.

Un autre désagrément inhérent au bois ainsi qu’à de nombreux autres matériaux est la pollution électromagnétique, principalement, dans le cadre du bois, par sa structure fibreuse, il sera conducteur des champs électro-magnétiques dans la zone proche du bois, à l’intérieur du bâtiment. C’est pourquoi, dans ce cas sera favorisée l’utilisation de câbles blindés/torsadés, de gaines adaptées, de bio-rupteurs permettant de couper automatiquement les circuits électriques en l’absence de consommation.

Mélanie Trélat

Source : NEOMAG

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