“Le Luxembourg tient ses engagements”

“Le Luxembourg tient ses engagements”

A quelques jours de la COP 21, Infogreen s’est entretenu en exclusivité avec Carole Dieschbourg, Ministre de l’Environnement et présidente du Conseil européen des ministres de l’Environnement, sur l’engagement de notre pays et de l’UE contre le réchauffement climatique… 

Il s’agit de trouver une enveloppe de 100 milliards de dollars à destination des pays en voie de développement pour les aider à participer à la lutte contre le changement climatique. Quel est la position du Luxembourg à ce niveau ? Quel est le niveau d’engagement du pays dans cette enveloppe ?

Il s’agit d’une revendication-clé des pays en voie de développement et d’une promesse politique faite par les pays développés. La somme englobe des moyens publics et privés. Si la question financière ne sera pas réglée, il sera très difficile de trouver un accord à Paris. Je suis plus confiante comme les dernières chiffres nous indiquent nous sommes plus proche de cette promesse et qu’en 2013 et 2014 des progrès substantiels ont été faits (Rapport OECD-CPI présenté à Lima e octobre 2015 http://www.oecd.org/environment/cc/Climate-Finance-in-2013-14-and-the-USD-billion-goal.pdf).

Le Luxembourg va contribuer une somme de 120 millions au total pour la période 2014-2020, dont cinq millions par an pour le Green Climate Fund. Nous privilégions des projets qui se situent dans le cadre de la coopération bien établie, transparente et efficace avec les pays cibles de la politique de coopération luxembourgeois. Nous aidons par exemple le Cap Vert à assurer leur transition énergétique basée sur des renouvelables.

D’aucuns pensent qu’en période de crise il faut d’abord privilégier le bien-être de nos concitoyens avant le reste du monde et utiliser cet argent pour nos propres besoins, que leur répondez-vous ?

L’un n’exclut pas l’autre, tout est lié. Il ne faut jamais perdre de vue que les crises globales affectent notre qualité de vie, notre santé et notre développement à nous tous et que nous ne maîtrisons pas les crises migratoires, de pauvreté et écologiques sans attaquer la question climatique. Le dérèglement climatique pourrait nous diviser, la lutte contre le changement climatique est une chance de renouer nos relations. Ainsi la conférence de Paris est un moteur de changement à plusieurs niveaux.

En préambule de la COP 21, pouvez-vous nous en dire plus sur les moyens mis en œuvre par le Luxembourg pour participer aux efforts de lutte contre le réchauffement climatique ?

Le Luxembourg a tenu ses engagements sous le Protocole de Kyoto. Nous avons toutefois dans le passé dû recourir en grande partie aux mécanismes dits flexibles prévus par le Protocole. Mais nous observons un changement :

Les émissions totales du Luxembourg ont baissé de 10% entre 1990 et 2012. Dans la même période la population a néanmoins augmenté de plus de 30% et le nombre de frontaliers a quadruplé.

La tendance à la baisse semble se confirmer, les émissions tous secteurs confondus ayant diminué. Le Luxembourg est donc resté en-dessous de l’objectif qui lui est assigné pour 2013 et il faut s’attendre à une stagnation voire une nouvelle légère baisse des émissions, ce qui ferait que, sur les années 2013 et 2014 prises ensemble, le Luxembourg respecte ses objectifs par ses propres moyens sans recours à des crédits externes.

Ces résultats montrent que les mesures entreprises par le gouvernement dans le domaine énergétique et climatique commencent à porter leurs fruits : nous avons une bonne dynamique dans le domaine de l’efficience énergétique des nouveaux bâtiments et au niveau communal avec presque toutes les communes adhérant au pacte climat. Notre plus grand souci au niveau du climat et de la qualité de l’air reste toujours le domaine des transports : le tram et l’offensive pour la mobilité douce vont améliorer la donne.

En pratique, les études convergent sur le principe de dire que le réchauffement climatique est en partie dû à l’utilisation « abusive » des énergies fossiles. Le Luxembourg, de par sa taxation des produits pétroliers affiche à la pompe des prix nettement inférieurs à ses voisins directs créant ainsi un vrai flux de touristes à la pompe. C’est tout de même contradictoire, comment peut-on alors proposer des solutions à ce sujet ?

C’est vrai que nous devons discuter sérieusement et sur bases de données viables le phénomène du tourisme à la pompe. Nous attendons les résultats d’une étude sur le phénomène afin de pouvoir tirer des conclusions. Les premiers éléments de l’étude portent à croire que les différences de prix avec nos voisins ne sont pas si substantielles ou même réelles. Mais il est sûr que le Luxembourg, dans un souci de cohérence politique et d’un développement stable, doit diminuer sa dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. En effet, certains Etats, beaucoup d’entreprises globales et les fonds d’investissement sont en train de revoir leur stratégie d’investissement et renoncent aux énergies fossiles.

Enfin, stabiliser le réchauffement climatique sous la barre des 2 degrés… est-ce réaliste pour vous ?

Réaliste et absolument nécessaire, même si la partie n’est pas encore gagnée à ce stade. Le texte de négociation sur la table manque d’ambition à cet égard. La limitation du réchauffement à moins de 2°C doit être opérationnalisée et traduites dans objectifs compréhensibles pour les citoyens et les entreprises. Le mandat de l’UE appelle à développer une vision à long terme vers la neutralité climatique mondiale et durable et la résilience au changement climatique, et donc à définir une trajectoire claire vers une société « zéro émissions nettes » au plus tard en 2100.

Il est aussi essentiel de prévoir un chemin transparent et contrôlable vers ce but : Le mandat de l’UE suggère d’introduire un « mécanisme d’ambitions » c.-à-d. des cycles de réexamen de cinq ans qui permettront d’augmenter régulièrement le niveau d’ambition des objectifs. Il en va de la crédibilité de l’accord. De telles étapes permettraient d’une part d’obtenir un accord durable dans le temps et d’autre part, un texte qui puisse s’adapter aux évolutions, notamment technologiques. En cas de bonds technologiques, les ambitions pourraient être relevées en conséquence.

La présidence européenne est aussi l’occasion d’envoyer un signal fort au reste du monde durant la Cop21 de Paris. Nous avons tous beaucoup d’espoir sur une réussite de cette conférence… quel est votre opinion à ce sujet ?

Je ne suis pas encore satisfaite des progrès, même si une certaine dynamique se dessine ces dernières semaines, beaucoup de question sont liées et l’essentiel sera décidé à la dernière ligne droite à Paris. Nous n’allons pas sauver le monde à Paris, mais nous devons poser un cadre pour le développement et adopter une méthode pour avancer vers des objectifs clairs.

Toutefois, on ne peut ignorer qu’il y a un fort engagement pour le climat : Au niveau mondial, ce sont à ce jour 155 parties qui ont déjà soumis leur contribution de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ces parties représentent +/- 90% des émissions globales de gaz à effet de serre et 88% de la population mondiale.

Rappelons que dans le précédent accord de réduction, le Protocole de Kyoto, seules 39 parties étaient astreintes à un objectif de réduction et que l’objectif qui y était visé était celui d’une réduction de +/- 15% des émissions globales. Ceci constitue à mon avis déjà un succès en soi.

Depuis le début de la Présidence luxembourgeoise, j’ai eu l’occasion d’être invité à plusieurs évènements ministériels au niveau mondial pour y représenter l’Union européenne. Les échanges entre ministres y sont marqués par une volonté politique commune de faire de Paris une réussite. La coopération entre la Présidence luxembourgeoise – qui coordonne la position de l’Union européenne à Paris – et le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius qui préside la Cop21 est excellente.

Propos recueillis par FL.

 

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Publié le lundi 9 novembre 2015
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