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mercredi 18 octobre 2017

Construire passif, c'est bien. Rénover, c'est encore mieux.
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Construire passif, c’est bien. Rénover, c’est encore mieux.
Énergie

Publié le mardi 27 décembre 2016 à 04:00

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L’initiateur de l’actuelle directive européenne sur l’efficacité énergétique nous livre sa vision sur les tenants et les aboutissants de la construction et de la rénovation Nearly Zero Energy.
Interview de Claude Turmes, eurodéputé DÉI GRENG

Quel est l’enjeu de l’efficacité énergétique des bâtiments en Europe ?
L’enjeu est crucial : 45 % de l’énergie consommée est liée aux bâtiments donc il n’y a aucun espoir de faire avancer les choses sur le plan du changement climatique si on ne bouge pas dans le bon sens au niveau des bâtiments.
L’objectif que nous nous sommes fixé est que l’ensemble du bâti soit Nearly Zero Energy d’ici 2050. Au vu de la durée de vie moyenne d’un immeuble, on estime que les deux tiers des bâtiments de 2050 existent déjà aujourd’hui. Ce qui signifie que, même s’il est fascinant de s’intéresser à la nouvelle construction, elle ne résout qu’un tiers du problème. Les deux autres tiers résident dans la rénovation.

Restons un moment sur les nouveaux bâtiments. Vous êtes à l’origine de l’amendement de la directive sur les bâtiments de 2010. Que dit cet amendement exactement ?
Oui, et j’en suis très fier. Notre mérite est d’avoir réussi à nous imposer contre de nombreux gouvernements européens conservateurs, notamment grâce au soutien de la présidence suédoise.

Cet amendement dit que tous les bâtiments construits en Europe à partir de 2021 doivent être Nearly Zero Energy, c’est-à-dire avoir une consommation d’énergie quasi nulle. C’est un pas de géant vers l’avant : c’est le moment où l’Europe du bâtiment a basculé de l’ère du fossile à l’ère du renouvelable.

Une autre chose qui me rend très fier - et c’est le mérite de Jeannot Krecké, Étienne Schneider et surtout Tom Eischen - est que le Luxembourg est, parmi les 28 pays européens, celui qui a le plus d’avance dans la transposition de cette directive. Je suis heureux que le secteur du bâtiment ait compris qu’être précurseur offre des avantages compétitifs non seulement sur les marchés européens mais aussi sur les marchés extérieurs. Comme je le répète souvent, le Luxembourg ne joue pas en ligue régionale, contre Trèves, Thionville ou Arlon. La masse de construction et la sophistication des bâtiments au Luxembourg font qu’il joue en ligue nationale.

On construit aujourd’hui des bâtiments à consommation quasi nulle, quelle est l’étape suivante ?
En combinant des maisons bien isolées avec la révolution solaire. La production d’énergie solaire a connu des réductions de coûts de facteur 10. Construire une maison sans y mettre des panneaux photovoltaïques est une hérésie. Cela devrait devenir la norme.

Vous disiez que le principal défi se trouve dans les bâtiments existants. Comment attaquer le marché de la rénovation ?
Pour remplir nos objectifs, il faudrait atteindre un taux de rénovation de 3 % des bâtiments par an en Europe. Or, nous ne sommes actuellement entre 1,2 et 1,4 %. Bien sûr, on peut légiférer et donner des subventions mais, après réflexion, je crois que ce qui freine la rénovation, ce sont moins les coûts que les désagréments. Personne n’a envie d’aller habiter 2 ans hors de chez soi ! L’organisation de la rénovation d’une maison est donc à revoir. Nous devons nous investir davantage dans un dialogue avec les chercheurs, les industriels et les artisans pour mieux comprendre où des gains de logistique peuvent être réalisés. La rénovation doit être durable, effectuée avec des matériaux de qualité qui peuvent être recyclés. Qu’il s’agisse de nouveaux bâtiments ou de rénovation, l’immeuble du futur sera déconstruit à la fin de sa vie, et non plus démoli. Le lien avec l’économie circulaire est ici évident.

Il y a également un grand travail de communication à réaliser pour faire comprendre aux gens que rénovation énergétique rime avec confort, parce qu’il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas le fait de faire un geste pour la planète seul qui va motiver suffisamment de personnes à rénover.

Je veux que l’Europe bouge sur ces points et que des budgets soient débloqués.

Quel lien peut-on faire entre efficacité énergétique et révolution numérique ?
Je travaille avec la Commission européenne pour faire de l’Europe une plateforme d’innovation. L’enjeu industriel est réel : permettre aux groupes européens comme ABB, Schneider ou Siemens de se positionner et de gagner la bataille face aux géants Google, Apple, Facebook et Amazon.

Je veux que l’Europe établisse un programme portant sur les bâtiments commerciaux, administratifs et publics. C’est dans ces grands ensembles non résidentiels qu’on peut accélérer l’intégration entre numérique, énergie et transport. Ceci d’une part, parce que le potentiel de réduction de la consommation énergétique est plus important et d’autre part parce que ce volume réductible est constitué d’électricité qui a une valeur ajoutée plus grande que le gaz ou le fioul. Enfin, la question de la collecte et de la gestion des données est moins sensible dans les bâtiments commerciaux que sur les lieux de vie des citoyens européens.

Mélanie Trélat

Sur la photo : Claude Turmes

Source : NEOMAG

Consultez en ligne NEOMAG #02 novembre 2016

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Publié le mardi 27 décembre 2016


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