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mardi 17 octobre 2017

Cohabitation intergénérationnelle, d'une pierre plusieurs coups !
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Cohabitation intergénérationnelle, d’une pierre plusieurs coups !
Architecture & construction

Publié le vendredi 4 novembre 2016 à 04:00

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Des jeunes qui peinent à se loger compte tenu de loyers trop élevés, des nouveaux arrivants qui cherchent à s’intégrer dans leur pays d’accueil, des personnes âgées dont la solitude devient pesante dans une maison désormais trop grande pour elles… Ces problématiques semblent éloignées l’une de l’autre. Elles peuvent pourtant trouver une solution commune : la cohabitation intergénérationnelle.

Interview de Moussa Seck, porte-parole de l’association Cohabit’âge.

En quoi consiste le modèle que votre association propose ?
Nous proposons en fait deux modèles. Le premier est un logement chez l’habitant (une personne âgée en l’occurrence) ouvert à tous les jeunes qui ont des difficultés à se loger au Luxembourg, qu’ils soient étudiants ou qu’ils démarrent dans la vie active. Le second consiste à offrir des solutions de logement intergénérationnel à des ressortissants de pays tiers pour faciliter leur intégration en leur permettant de mieux appréhender la culture, la langue, les us et coutumes de leur pays d’accueil. Dans ce cas, notre association se positionne comme usufruit des biens pour la constitution d’un patrimoine solidaire dans le cadre de démembrements de propriétés.

Quelles sont les motivations des personnes âgées et jeunes qui participent à ce type de projets ?
Pour les personnes âgées qui proposent un hébergement : être solidaires des problèmes de logement que peuvent connaître les jeunes, se sentir moins seules et plus en sécurité, bénéficier d’un complément de revenus…

Pour les jeunes qui en bénéficient : se loger à moindre coût, recréer une ambiance familiale rassurante quand ils viennent de loin ou créer un lien qu’ils n’ont peut-être jamais connu avec leurs grands-parents, être solidaires des difficultés liées au vieillissement de la population.

Pour les deux parties, la transmission de connaissances et de savoir-faire sont des éléments essentiels. Les jeunes profitent de l’expérience des personnes âgées. En échange, ils peuvent par exemple les aider à se familiariser avec les outils numériques et les réseaux sociaux.

Dans la pratique, comment cette cohabitation fonctionne-t-elle ?
Il existe trois formules de cohabitation : la formule solidaire qui prévoit que l’hébergement est fourni en échange d’une présence et d’une aide concrète à travers diverses tâches comme passer la tondeuse ou préparer les repas par exemple, la formule conviviale qui comprend une participation aux charges et la formule amicale qui inclut un loyer modéré, à savoir un loyer de 300 euros maximum.

Quels sont les avantages de l’habitat intergénérationnel pour la société d’une manière générale ?
Apporter des logements à prix abordables, tout en créant du lien social entre personnes d’âges et d’origines géographiques différents, en favorisant l’intégration des jeunes dans la vie active et des étrangers dans leur pays d’accueil et en évitant une certaine ségrégation par catégories : les seniors dans des maisons de retraite, les nouveaux arrivants dans des foyers pour immigrés, les jeunes dans cités universitaires, etc.

Est-ce que ce modèle fonctionne bien au Luxembourg ?
Ce dispositif y est encore à l’état embryonnaire, mais il est déjà bien implémenté dans des pays comme le Canada, le Royaume-Uni, l’Espagne ou la France. En France, par exemple, le réseau d’associations de logement intergénérationnel Cosi, dont nous faisons partie, crée chaque année 2.000 à 2.500 nouveaux binômes ! 2016 est notre 1re année de fonctionnement au Luxembourg et nous avons déjà constitué 11 binômes. En 2017, nous visons la création d’une vingtaine de binômes et d’une cinquantaine en 2018.

Vous parlez de binômes. Ce dispositif n’est donc ouvert qu’aux personnes seules ?
Non. Il est tout à fait envisageable que des personnes âgées qui vivent en couple accueillent un jeune chez elles. Nous envisageons également d’ouvrir ce dispositif aux femmes qui vivent seules avec leur(s) enfant(s).

Comment ces binômes sont-ils répartis dans le pays ?
Notre ambition est de créer une plateforme de développement de l’habitat intergénérationnel. Nous avons démarré dans les communes du Sud et nous souhaitons maintenant diffuser ce modèle dans toutes les villes du Luxembourg. Nous travaillons notamment en étroite collaboration avec l’Office social de la ville d’Ettelbruck qui souhaite déployer ce type d’habitat dans le Nord du pays.

Le public est-il sensible à ce concept selon vous ?
Nous constatons que les personnes âgées ne sont pas toujours au courant du dispositif. Nous travaillons donc avec l’appui de prescripteurs institutionnels et familiaux. Nous nous rendons dans les entreprises qui ont une « fibre » RSE afin de présenter le projet aux salariés qui pourront ensuite en parler à leurs parents. Nous avons un feedback positif de la part des entreprises qui nous font part de la réceptivité de leurs employés.

Nous effectuons la même démarche auprès des médecins libéraux et des hôpitaux comme, par exemple, les hôpitaux Robert Schuman. Beaucoup de personnes âgées sont en effet dans ces structures alors qu’elles n’ont rien à y faire : elles souffrent plus de solitude et d’isolement que de problèmes de santé. Ce type d’habitat permet aux personnes âgées de retrouver l’envie de vivre et, finalement, de rester en vie plus longtemps.

Qu’en est-il de l’hébergement de ressortissants de pays tiers ?
Nous avons 50 dossiers de jeunes réfugiés en attente.

Le problème auquel nous devons faire face est que les personnes qui perçoivent le RMG risquent de perdre leur revenu si elles cohabitent avec quelqu’un qui a des revenus plus élevés. Notre idée est donc de développer des unités de vie individuelles, avec des entrées et des compteurs d’électricité indépendants, ainsi que des espaces de rencontre communs (salle polyvalente, salle informatique, etc.).

Notre objectif est d‘acquérir quelques biens dans les 3 prochaines années : 2 en 2017, 4 en 2018 et 4 en 2019 avec l’aide de l’État qui peut soutenir jusqu’à 75 % du prix d’acquisition et les subsides de l’Œuvre nationale de secours Grande-Duchesse Charlotte dans le cadre du projet mateneen qui vise à étoffer l’offre d’hébergements dans le contexte de la crise migratoire que nous traversons.

Mélanie Trélat

Publié le vendredi 4 novembre 2016


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