2014 : repousser toujours plus loin nos limites

2014 : repousser toujours plus loin nos limites

Au cours de l’année 2014, MSF est intervenue dans 63 pays, avec 384 projets humanitaires. L’organisation a soigné près de 9 millions de personnes. 

L’année qui vient de s’écouler a été marquée par de très nombreuses crises humanitaires : l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière que l’Histoire ait connue, plus de 10.000 personnes contaminées par le virus en sont mortes, le nombre de personnes déplacées et réfugiées dans le monde qui s’élève à 60 millions et la guerre en Syrie qui est entrée dans sa quatrième année, pour ne citer que ces trois exemples.

Le mot de l’année est abandon. Les personnes atteintes d’Ebola dans les trois pays les plus touchés par l’épidémie ont été abandonnées par la communauté internationale pendant plus de sept mois. De nombreux malades sont morts sans avoir accès à des soins, devant les portes des centres de traitement, faute de place, dépouillés de leur dignité. Dans les zones de conflits, et particulièrement en Syrie, les populations les plus vulnérables, personnes âgées, handicapés, femmes enceintes et les malades ont été le plus souvent pris au piège des combats, incapables d’échapper à l’extrême violence des parties prenantes et ils n’ont pu avoir accès aux soins dont ils ont besoin. Le sentiment qui domine au sein de ces populations est qu’elles se sentent abandonnées à leur sort, sans espoir de résolution dans un avenir proche. 

Ebola : une crise révélatrice

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Devant l’ampleur de la catastrophe en Afrique de l’Ouest et la lenteur de la réaction internationale, MSF a été poussée au-delà de ses limites. Incapables de faire face à tous les besoins, les équipes MSF, mises sous pression, ont dû faire des choix difficiles et ont dédié l’essentiel de leurs ressources à la prise en charge des malades dans les centres Ebola. Près de 5.000 personnes atteintes de la maladie ont été prises en charge dans 15 centres MSF, et plus de 2.300 d’entre elles en sont sorties guéries. Le personnel MSF (1.300 membres internationaux et 4.000 nationaux) a accepté de prendre le risque d’être contaminé pour venir en aide aux personnes et communautés affectées par l’épidémie. Le prix payé par notre personnel a du reste été extrêmement lourd : 14 de nos collègues sont morts pour 28 personnes infectées.

MSF Luxembourg a participé activement à la lutte contre le virus Ebola. 8 membres de notre équipe se sont rendus dans l’un des trois pays les plus touchés et ont été particulièrement affectés par ce qu’ils ont vu. « La situation sur le terrain était horrible. Les personnes infectées meurent dans d’atroces souffrances. Je crois que le plus dramatique dans cette épidémie n’était pas le virus lui-même…mais l’inaction de la communauté internationale sur le terrain. Au fond de mon cœur, je sentais une certaine trahison de sa part. Envers les populations d’Afrique de l’Ouest. Mais aussi envers les équipes MSF sur le terrain qui travaillent sans relâche pour essayer d’endiguer l’épidémie sans être soutenue efficacement », témoignait le Dr Rony Zachariah, responsable de MSF LuxOR, pendant sa mission en Sierra Leone.

Outre le soutien en ressources humaines, MSF Luxembourg a collaboré avec Cargolux pour maintenir un pont aérien entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest. Dix avions cargo ont été affrétés par MSF, pour un total d’environ 800 tonnes de matériel envoyées au Libéria et en Guinée à un moment où aucune compagnie aérienne n’acceptait de se rendre dans les pays touchés. De plus, MSF Luxembourg a fortement insisté auprès du ministère de la Santé sur l’absence d’un dispositif européen d’évacuation médicale pour les travailleurs humanitaires qui contracteraient le virus Ebola. Le gouvernement a pris la décision de financer l’équipement de deux avions de Luxembourg Air Rescue (LAR) aujourd’hui opérationnel et MSF a formé le personnel de LAR. 

Syrie, un cauchemar qui n’en finit plus

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Au début de sa cinquième année, la guerre en Syrie reste caractérisée par une violence brutale qui vise indifféremment les civils et les combattants. Onze millions de personnes ont dû fuir leur foyer – parmi elles, 7,6 millions ont été déplacées à l’intérieur du pays et plus de quatre millions ont cherché refuge en Irak, au Liban et en Jordanie. Compte tenu de son ampleur, cette crise aurait dû s’accompagner de la plus grande intervention humanitaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Pourtant, il n’en est rien. L’accès aux populations par les organisations humanitaires reste le défi majeur. La violence et l’insécurité, les attaques sur les structures et le personnel médical ainsi que l’absence d’autorisation du gouvernement de travailler en Syrie nous empêchent de développer les activités médicales nécessaires pour que les besoins des populations soient satisfaits. Cependant, malgré tous ces obstacles, MSF continue de gérer 6 installations médicales à l’intérieur de la Syrie et apporte un soutien direct à plus de 100 cliniques.

LuxOR : au service de la qualité des soins

Médecins Sans Frontières cherche à améliorer constamment la qualité de l’assistance apportée aux populations vulnérables. L’un des outils pour y parvenir, est la recherche opérationnelle. Non seulement la recherche permet d’améliorer la qualité des programmes MSF, mais elle induit aussi des changements de pratiques et de politiques au bénéfice des patients.

L’unité de recherche opérationnelle basée au Luxembourg (LuxOR) a contribué tout au long de l’année à soutenir les soins de santé sur le terrain. En 2014, LuxOR a directement supporté 9 missions sur le terrain : en Haïti, Sierra Leone, Guinée, Libéria, Italie, Grèce, au Burundi et aux Philippines. Les recommandations délivrées par les équipes de LuxOR ont permis d’améliorer la qualité des programmes et la prise en charge des patients dans des contextes où les défis à relever ne manquent pas.

Ainsi, le Dr Engy Ali, médecin auprès de LuxOR, s’est notamment rendue aux Philippines afin de mesurer l’impact de la distribution et de l’utilisation des kits de reconstruction pour maison et bateaux, distribués par MSF après le passage du typhon Haiyan en novembre 2013. Le Dr Ali a analysé l’usage qui a été fait de ces kits, ainsi que la perception des communautés vis-à-vis de ces opérations. La totalité des foyers interrogés rapporte avoir reçu et utilisé ces kits et 94% des personnes estiment que la répartition des kits entre les foyers était juste. « Quand les personnes me parlaient du typhon, ils étaient en pleurs et quand ils me remerciaient, ils me remerciaient en larmes », témoigne le Dr Engy Ali.

Wilma van den Boogaard s’est rendue quant à elle, en Italie à Milan, pour étudier le suivi des patients sans domicile fixe après une hospitalisation. Selon les estimations, 30% de tous les SDF d’Italie, soit plus de 13.000 personnes, vivent à Milan, une ville de plus d’un million et demi d’habitants. Si la continuité des soins n’est pas assurée, lorsque les SDF quittent l’hôpital, ils ont de grande chance d’y retourner. Pour briser le cercle vicieux des réhospitalisations successives, MSF a réalisé un projet pour tous ces patients, leur offrant un suivi dans un centre médical lorsqu’ils quittent un hôpital public. Cette expérience a permis de définir un modèle visant à assurer la continuité des soins pour tous les SDF en Italie.
 
L’année 2014 a aussi été marquée par la grande générosité de la population luxembourgeoise qui a soutenu les activités de MSF à hauteur de 6,2 millions d’€ auxquels il faut ajouter la contribution du Ministère des Affaires étrangères pour un montant de plus d’1 million d’€ dédié à trois projets spécifiques et aux activités de sensibilisation du public. 89,5 % de l’argent collecté a été affecté à la mission sociale de MSF, essentiellement aux programmes humanitaires. « Nous tenons à remercier chaleureusement les 27.000 donateurs du Luxembourg, qui a travers leurs gestes de solidarité nous permettent d’apporter une aide médicale auprès des populations les plus démunies », s’est exprimé le Dr Guy Berchem, Président de MSF-Luxembourg. 

En 2015, en dépit des contraintes politiques et du manque d’accès croissant dans certaines régions, MSF se réinvente en permanence pour apporter de l’aide aux populations dans le besoin. Mais le manque d’engagement de la communauté internationale continue de nous préoccuper. Ainsi, une crise humanitaire majeure se déroule en Méditerranée sous les caméras du monde entier, où des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes qui devraient bénéficier du statut de la protection internationale font naufrage et transforme la Méditerranée en nécropole. Les dirigeants internationaux ne peuvent continuer de fermer les yeux sur les crises sanitaires en espérant que les acteurs humanitaires allègent les souffrances de ceux qui en ont le plus besoin. 

>>>Pour avoir un accès rapide aux documents importants MSF, téléchargez l’application gratuite « MSF Luxembourg » pour Apple et Androïd 

Photo Slider : Guy Berchem Président de MSF-Luxembourg

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Publié le vendredi 24 juillet 2015
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