
Une carte pour révéler les initiatives citoyennes de la transition
Partout au Luxembourg, des projets citoyens font vivre la transition au quotidien. Les habitants peuvent ainsi profiter de jardins partagés, Repair Cafés, tiers-lieux engagés ou encore initiatives de seconde main. À l’aide d’une carte, Citizens for Ecological Learning & Living (CELL) veut donner plus de visibilité à ces initiatives.
Derrière cette carte se cache une démarche à la fois pragmatique et engagée : rendre visibles des initiatives souvent discrètes, mais essentielles, qui font avancer la transition sur le terrain. Pensée comme un outil de découverte, de sensibilisation et de mise en réseau, elle s’adresse autant aux citoyens curieux qu’aux acteurs déjà engagés.
Pour en comprendre la genèse, les choix opérés et les perspectives d’évolution, nous avons interrogé Léonard Andersen, coordinateur des Repair Cafés et de la transition énergétique au CELL.
Pourquoi avoir créé une carte des initiatives de la transition ?
La carte est née pour les Repair Cafés. L’idée est d’occuper les
visiteurs quand il y a des files d’attente devant les stands de
réparation. Ils ont le temps de regarder autour d’eux. C’est un peu
l’alter-ego papier de la plateforme Bibe.lu où les initiatives de la
transition sont inscrites ou peuvent s’inscrire.
Nous voulions leur proposer un support visuel qui attire leur attention et leur permette de découvrir d’autres initiatives. L’idée est que la carte permette aux visiteurs d’entrer dans la transition par un point précis, puis de découvrir tout un ensemble d’autres projets. Au final, ce qui n’était au départ qu’un outil local est devenu un projet à l’échelle nationale. C’est parti d’un petit besoin très local et c’est devenu quelque chose de plus général, avec l’envie de rassembler ces initiatives sur un même support.
Comment la carte a-t-elle évolué depuis ses débuts ?
À l’origine, la carte reprenait essentiellement les projets portés par le CELL. Ensuite, on s’est dit « pourquoi se limiter à nos propres initiatives ? Il existe énormément de projets citoyens au Luxembourg qui méritent d’être visibles. » L’ouverture s’est donc faite progressivement, avec une volonté claire. Nous souhaitions montrer la diversité des formes que peut prendre la transition. Je pense aux jardins partagés, aux Repair Cafés, aux coopératives énergétiques, aux tiers-lieux engagés sur la transition, ou encore aux lieux de seconde main. Ce sont autant de manières concrètes de faire vivre la transition énergétique et sociale au quotidien.
Quels sont les critères pour figurer sur la carte ?
Il est déjà possible d’inscrire les initiatives sur la plateforme
bibe.lu. L’ajout des initiatives ne se fait pas sans cadre. Nous avons réfléchi à certains critères, sinon on risquait de se retrouver submergés. Les premiers filtres auxquels je pense sont le caractère citoyen et la durée. Il faut que ce soit un projet porté par des citoyens et inscrit dans le temps. Ce n’est pas un événement d’un mois ou une initiative éphémère. Ensuite, il y a l’engagement réel dans la transition. Être simplement eco-friendly ne suffit pas. Il faut que la transition soit au cœur du projet, de manière proactive, avec une vraie programmation et un engagement fort. Ce choix exclut d’office plusieurs endroits, comme les tiers-lieux qui ne sont pas axés sur la transition. Certains organisent ponctuellement une conférence sur le sujet, mais ce n’est pas dans leur ADN.
Pourquoi intégrer aussi la seconde main ?
Nous avons fait le choix d’intégrer aussi la seconde main dans les secteurs des vêtements, objets et meubles. Ce sont parfois des initiatives privées, mais elles jouent un rôle essentiel dans l’économie circulaire. Il s’agit d’un choix assumé, pour apporter une plus-value supplémentaire même si cela élargit le périmètre.
La carte est-elle appelée à évoluer ?
Oui, elle n’est pas exhaustive. Elle ne le sera jamais complètement. La carte a été construite à partir des réseaux et des connaissances du CELL. On ne l’a pas ouverte dès le départ aux inscriptions externes. Maintenant qu’elle est en ligne, depuis fin janvier, il faut laisser le temps aux initiatives de se manifester. Mais c’est à nous de bien gérer les demandes, de savoir dire « non » quand un projet ne correspond pas à notre vision de la transition sur le long terme. Aucune initiative ne doit se sentir lésée. La carte est appelée à évoluer dans le temps.
Comment expliquer la répartition géographique des initiatives ?
Les initiatives sont plus nombreuses au sud et au centre du pays. C’est avant tout une question de densité de population. La région Minett et le centre autour de Luxembourg-Ville sont plus peuplés, donc il y a mécaniquement plus de projets. Le nord n’est pas absent pour autant. Il se passe des choses, notamment à Wiltz avec Transition Nord par exemple. Mais les communes sont plus petites, moins peuplées, avec moins de monde, donc moins d’initiatives.
Pourquoi miser aussi sur un format papier ?
À l’heure des cartes interactives, le choix du papier peut surprendre. Mais la carte papier fonctionne très bien sur le terrain. Les gens aiment regarder une carte, s’y attarder, pointer des lieux. Le CELL prévoit de l’imprimer sous forme de roll-ups et d’affiches. C’est la quatrième affiche d’une série consacrée à l’économie circulaire. La première met en perspective la pression croissante sur les ressources, rappelant qu’au niveau mondial, la consommation de matières a triplé en cinquante ans. La deuxième affiche met en lumière les solutions de l’économie circulaire, en montrant comment le réemploi, la réparation, le partage ou la remise à neuf permettent de prolonger la durée de vie des produits et de réduire la dépendance aux matières premières. Et la troisième est consacrée aux Repair Cafés, véritables laboratoires citoyens de la réparation, où plus de la moitié des objets apportés retrouvent une seconde vie, évitant des tonnes de CO₂ et de déchets. Une manière assumée de compléter le numérique. C’est une question de médium en fonction du contexte. Sur un petit écran, la relation n’est pas la même. Sur papier, on accroche davantage l’attention lors d’événements comme les Repair Cafés.
Sébastien Yernaux
Photos : CELL




