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Un héritage qui porte ses fruits
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Un héritage qui porte ses fruits

Alimentation & Restauration

Publié le
vendredi 9 décembre 2022 à 04:00

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Interview de Carlo Hein, fondateur et président du conseil d’administration de Ramborn, producteur de jus, cidres et apéritifs luxembourgeois.

Comment est né le tout premier cidre Ramborn ?

« De l’envie de boire du bon cidre... Il y a quelques années, avec plusieurs amis, nous nous sommes dit qu’il y avait de nombreux pommiers, poiriers et autres arbres dans la région dont les fruits ne sont pas consommés. Nous avons voulu tester la fabrication d’un cidre et avons produit 2.000 bouteilles qui sont parties très rapidement. C’était il y a 8 ans ! Nous avons ensuite produit un peu plus. Cela a beaucoup plu autour de nous, à tel point que nous avons voulu rendre ce projet plus concret encore. Notre démarche apportait deux choses : du bon cidre et la conservation de l’héritage de notre village natal, en maintenant les vergers et en plantant de nouveaux arbres. Nous avons alors découvert la grande biodiversité présente dans les vergers de Born, une nature que nous ne connaissions pas encore, nous, villageois. Et nous avons réalisé l’importance - voire notre responsabilité - de la préserver. »

Le projet évoluant, vous avez dû trouver un lieu pour le faire grandir. Ici, à Born.

« Nous sommes installés dans une ferme datant de 1783, qui était à l’abandon. Étant du secteur de la construction/rénovation, nous avons pris en main ce projet pour le transformer en un site de production mais également un lieu d’accueil pour les visiteurs curieux d’en apprendre plus sur nos activités. »

Vous avez fait le choix de travailler uniquement avec les fruits des vergers de la région. Jusqu’où s’étend le périmètre ?

« 90% des fruits employés pour nos cidres et jus sont collectés dans un rayon de 30 km. Nous comptons plus de 250 fournisseurs ! Les vergers s’étendent jusqu’à Ettelbruck, et le long de la Moselle de Bitburg à Junglinster. Il y a aussi de plus en plus de vergers dans l’ouest du pays. Avec le temps, ce rayon va s’agrandir au niveau national, car de nouveaux arbres sont régulièrement plantés mais un arbre fruitier a besoin de 35 ans pour devenir adulte. »

Un seul de vos cidres est labellisé bio. Pourquoi ne pas étendre le label à toute la gamme ?

/« Pour proposer uniquement des produits bio, il faudrait que chacun de nos fournisseurs dispose de la certification. Chez Ramborn, nous soutenons le mouvement bio ainsi que la certification, mais nous ne forçons pas les fournisseurs à la demander. C’est naturellement ce vers quoi vont les plus grands vergers et, d’ailleurs, de nombreux hectares de la région sont devenus bio. Mais pour les plus petits producteurs, ce n’est pas aussi simple, car il y a de nombreuses conditions à respecter et la certification a un coût. Or quiconque dispose d’un poirier, d’un pommier ou d’un cognassier dans son jardin peut nous apporter ses fruits, à condition qu’ils soient d’une des variétés traditionnelles luxembourgeoises et exempts de pesticides.

C’est pour cela que le cidre que nous produisons est vendu exclusivement dans les magasins spécialisés dans le bio, et prochainement dans les magasins végans et d’autres qui collent avec ce produit. La présence éventuelle de traces de pesticides a été testée dans tous nos autres produits et nous pouvons donc certifier qu’ils n’en contiennent pas. »

Vous avez de plus intégré de nombreuses démarches circulaires dans votre production. Quelques exemples ?

« Dès le départ, il y a 5-6 ans, nous avons voulu préserver, voire renforcer la biodiversité locale, notamment en adoptant des pratiques circulaires. Comme nos fruits poussent sans engrais ni pesticides, nous économisons toute l’énergie que cela nécessiterait et nous obtenons un produit de bien meilleure qualité. Par ailleurs, les pommiers vivent plus de 100 ans, et les poiriers 300 à 400 ans. C’est une culture qui traverse les générations.

Nous nous sommes aussi rendu compte que de nombreux coings poussaient dans la région mais qu’on n’en faisait rien. Nous avons donc développé deux boissons à base de coings. Cette année était une très bonne année pour les fruits, nous sommes à près de 14 tonnes de coings, ce qui représente environ 7.000 litres de jus.

Dans la production, rien est perdu : après avoir extrait le jus des fruits, le résidu est repris par les fermiers qui l’utilisent comme engrais afin de renforcer l’acidité dont le sol a besoin dans notre région du Mullerthal. Nous avons aussi choisi d’utiliser des bouteilles et casiers consignés qui limitent les déchets au strict minimum.

Toutes ces pratiques n’ont pas été faciles à mettre en place mais aujourd’hui, et plus particulièrement dans ce contexte de crises, nous voyons que nous avons fait les bons choix et nous comptons poursuivre dans cette direction. »

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Depuis 2020, vous disposez de la certification B Corp. Quels atouts vous ont permis de l’obtenir ?

« Préservation de la biodiversité, diminution du gaspillage alimentaire, production respectant les principes de l’économie circulaire, implantation d’une société dans un village rural, intérêt économique pour le voisinage, création d’un cœur qui bat dans le village… Si on regroupe tout, on obtient la philosophie B Corp. On travaille avec l’ensemble des parties prenantes, et chacune en profite. Et les parties prenantes, ce ne sont pas seulement des humains, c’est aussi la nature, les vergers et tous les êtres qui y vivent.

Par contre, en tant que producteur de produits alcoolisés, nous n’avions pas un impact positif sur la santé. C’est pourquoi depuis deux ans nous avons choisi de produire également des boissons sans alcool. Nous avions les fruits, le personnel, les installations, les clients… la réflexion a été très simple ! Nous proposons également des vinaigres balsamiques de pomme et de poire. »

Vous parlez de vos produits comme vous racontez une histoire…

« Pour chaque produit, chaque verger, chaque fruit, on peut raconter une histoire. C’est la raison pour laquelle il n’y a qu’à Born que nous proposons notre gamme complète. Seule une partie se trouve dans les commerces du pays ou à l’étranger. Nous souhaitons inciter les gens à nous rendre visite, à venir s’imprégner du lieu, de son histoire, de l’odeur, du goût…

Boire un de nos produits représente tant de choses différentes. Dans la gastronomie , un restaurateur va pouvoir vous expliquer son origine, son histoire. Nous avons par exemple été très fiers de recevoir des visiteurs qui avaient été séduits par notre boisson à la fleur de sureau servie à La Distillerie et qui souhaitaient en savoir plus sur Ramborn.

Même à la maison, entre amis, on crée l’occasion de se rassembler autour d’une boisson de qualité qui a une histoire à raconter. C’est d’ailleurs comme cela que Ramborn est né. »

Propos recueillis par Marie-Astrid Heyde
Photos : Marie Champlon © Infogreen

Extrait du dossier du mois « Thoughts for food »

Publié le
vendredi 9 décembre 2022


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