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Un centre de référence national
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Un centre de référence national

Green Planet

Publié le
jeudi 12 mars 2020 à 04:00

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Le Musée national d’Histoire naturelle de Luxembourg est bien plus qu’un musée, au demeurant très didactique et largement suivi par le grand public. Entre autres par ses missions de recherche, collecte, validation, analyse, conservation et diffusion de données de terrain, il est un centre de référence sur la biodiversité au Luxembourg. On en parle avec Thierry Helminger, biologiste du département Recherches & collections, conservateur et coordinateur de la section botanique du MNHN et de l’arboretum du Kirchberg.

Comment le musée permet-il d’observer l’état et l’évolution de la biodiversité ?

Le musée est reconnu comme centre de référence national pour la biodiversité. Cela ressort de nos missions d’étude, d’archivage, de documentation, qui œuvrent à la conservation du patrimoine naturel. Nos collections remontent au début du XIXe siècle. Notre herbier national par exemple propose plus de 100 000 planches, dont la majeure partie a été digitalisée - 66 000 éléments numérisés l’année passée – et est donc consultable en ligne, sur nos bases de données, intégrées aussi dans des références internationales. On y conserve des spécimens de plantes et de champignons recensés avec leurs métadonnées (lieu de collecte, collecteur, date, etc.). Ce sont des preuves de l’existence d’une espèce végétale à un endroit précis et à un moment donné. Avec les documents de justification, on a des éléments scientifiques irréfutables, des témoins d’une biodiversité parfois passée hélas. Beaucoup d’espèces ont aujourd’hui disparu de notre flore, parfois remplacées par d’autres. Cette observation vaut évidemment pour tous les éléments du patrimoine naturel, botanique, ornithologique, entomologique…

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Ce spécimen d’arnica est le témoin d’une population de cette espèce dans les prairies humides entre Troine et Hoffelt éteinte depuis la fin des années 1970.

Toutes ces données viennent donc du terrain ?

Ce sont des données d’observation, validées par nos spécialistes. Elles proviennent de campagnes de recensement d’espèces, de collectes menées par des collaborateurs du musée, ou d’autres scientifiques, des bénévoles associatifs ou des amateurs, d’achats, de dons… Tous ces éléments sont donc vérifiés pour intégrer les inventaires. On peut compiler ces données, les croiser avec les cartographies de biotopes, le remembrement agricole, les cartes des sols, les observations de stations biologiques… Tout est analysé et validé, pour alimenter des cadastres, des listes rouges d’espèces disparues ou menacées, des atlas et listes d’espèces indigènes…

De quoi dresser un état des lieux de la biodiversité, avec le recul du temps et du scientifique ?

Oui, on voit bien l’évolution. Et les listes rouges s’allongent. On constate qu’environ un tiers des espèces connues sont aujourd’hui menacées ou éteintes. En tant que botaniste, je peux déplorer que, sur un inventaire de 1 323 plantes, une centaine ait disparu du paysage et environ 450 sont menacées. Pour prendre un exemple connu, au tournant des années 2000, l’arnica subsistait encore sur 3 stations-sites dans le pays. 50 ans auparavant, on comptait encore une vingtaine de sites occupés par cette herbacée. On a pu lancer un projet de réintroduction dans des habitats propices et, peu à peu, la plante se rétablit. Idem pour les scorsonères, dont les populations étaient beaucoup plus denses jadis dans les prairies humides, avant l’assèchement et l’amendement des sols.

Voit-on des progrès poindre ?

Pas assez. Il faut encore appuyer la prise de conscience collective. On peut se faire une idée en observant le cadastre des biotopes en milieux ouverts, disponible sur le géoportail

Entre la cartographie réalisée avec les données observées sur la période 2007-2012 et les données mises à jour, il apparaît qu’un tiers des biotopes ont été détruits ou fortement dégradés. Il y a pourtant de belles initiatives, un soutien de l’État, notamment pour l’achat de terres, la renaturation ou une agriculture responsable, les contrats biodiversité, etc. Il y a du travail de terrain, avec des organisations comme natur&ëmwelt… Il reste beaucoup à faire cependant, pour sensibiliser à la nature des problèmes.

Le musée, à cet égard, fait œuvre éducative ?

Cela fait partie des missions. Le MNHN bénéficie d’un bon soutien et d’une belle reconnaissance, le grand public suit bien, découvre les expositions, les événements, les initiatives interactives de vulgarisation scientifique… Nous avons un vrai rôle pédagogique aussi, notamment en allant vers le public scolaire, pour y mener des activités ciblées, avec le « Natur Mobil » et le « Science Mobil ». C’est important de sensibiliser le jeune public. On parle de leur futur à améliorer en leur montrant comment on est arrivé à la situation présente.

/Visite guidée dans l’arboretum du Kirchberg avec le botaniste Thierry Helminger (photo : MNHN)

Propos recueillis par Alain Ducat
Photos : Installation ayant pour thème la liste rouge des plantes vasculaires dans l’exposition Unexpected Treasures (photo : Romain Girtgen, 2018)
Article tiré du dossier du mois « Nature humaine »

Publié le
jeudi 12 mars 2020


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