Le président de la COP28, Sultan al-Jaber (au centre), applaudit l'accord inédit sur les énergies fossiles

Ultime rebondissement à la COP28 : accord inédit sur les énergies fossiles

C’est tout au bout d’une nuit blanche qu’un accord qualifié d’historique sur une « transition hors des énergies fossiles » a été scellé par 200 pays.

La COP de toutes les controverses pourra se prévaloir de quelques documents fondateurs.

Elle s’est ouverte sur un rare effort de négociation avec la création d’un fonds de compensation des pertes et dommages climatiques à destination des pays vulnérables. Un juste dédommagement de l’hémisphère nord longtemps revendiqué par le sud. Les pays concernés comme les états insulaires du Pacifique jugeront de la légitimité du fonds à l’aune de sa dotation et de son utilisation.

Elle s’est achevée par une première dans la jeune histoire de la diplomatie climatique.

Désigner le coupable : les énergies fossiles

Au dernier jour de la COP28, les pays exportateurs de pétrole, le bloc de l’OPEP semblaient pouvoir quitter cette conférence avec une large victoire. Le texte provisoire, décrié par l’Union européenne pour sa faiblesse face à la crise climatique, ne portait aucune mention des énergies fossiles.

Mais revirement : le coup de marteau de Sultan al-Jaber et l’ovation qui s’en est suivie ont entériné la version définitive du Global Stocktake, le bilan de l’accord de Paris supposé revoir à la hausse les ambitions climatiques des États participants. Et dans le corps de ce compromis : « nous avons une formulation sur les énergies fossiles dans l’accord final pour la première fois ». Tels sont les mots du président émirati qui s’est félicité « de ce succès historique ».

La fin des énergies fossiles à l’horizon 2050 n’est en revanche pas explicite laissant place à la volonté de « transitionner hors des énergies fossiles dans les systèmes énergétiques, d’une manière juste, ordonnée et équitable, en accélérant l’action dans cette décennie cruciale, afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050 conformément aux préconisations scientifiques ».

Pour Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, le sens de l’histoire ne fait plus aucun doute : « à ceux qui se sont opposés à une référence claire à l’élimination progressive des combustibles fossiles dans le texte de la COP28, je tiens à dire qu’une élimination progressive des combustibles fossiles est inévitable, qu’ils le veuillent ou non. Espérons que cela n’arrive pas trop tard ».

La rhétorique de la transition, le compromis des mots

Transitioning away ; c’est par cette formulation hybride que le compromis est arrivé au détriment du phase-out, la sortie réclamée par de nombreuses parties prenantes et ONG.

Un seul pays est en mesure d’objecter à l’adoption d’une décision de la COP, selon les règles de l’ONU et un blocage de dernière minute de l’Inde ou de l’Arabie Saoudite était envisageable. Le texte a donc été « calibré » en laissant volontairement quelques ambiguïtés.

Ces accommodations de langage n’ont pas terni l’enthousiasme du commissaire européen chargé du Climat, Wopke Hoekstra qui juge que « pour la première fois en 30 ans, nous pourrions maintenant approcher le début de la fin des énergies fossiles. Nous faisons un pas très significatif » pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

Une célébration pondérée par Anne Rasmussen, présidente de l’alliance des petits États insulaires, l’Aosis : « nous avons fait un pas en avant par rapport au statu quo mais c’est d’un changement exponentiel dont nous avions vraiment besoin ».

Un délégué des Îles Marshall, archipel de l'océan Pacifique assiste à la séance plénière de clôture
Un délégué des Îles Marshall, archipel de l’océan Pacifique assiste à la séance plénière de clôture - © COP28 / Christopher Edralin

Si Gaia Febvre, responsable des politiques internationales pour l’ONG Action Climat salue « un signal politique vers la fin des énergies fossiles », son jugement est tout autre, estimant que « le compte n’y est pas. Les moyens financiers n’ont pas été mis sur la place pour accompagner les pays qui en ont le plus besoin. Mais aussi car il y a de nombreuses mentions très inquiétantes : le gaz comme énergie de transition, la capture et le stockage du carbone ou encore le nucléaire. Cette COP n’est pas à la hauteur des ambitions promises. »

La conciliation reconnaît en effet que « les carburants de transition peuvent jouer un rôle en facilitant la transition énergétique tout en assurant la sécurité énergétique ». Un laissez-passer pour une exploitation prolongée du gaz.

Légèrement voilée par sa grande phrase sur les fossiles, une autre avancée majeure est inscrite dans le texte : le triplement de la production d’énergies renouvelables d’ici 2030. Sont également évoqués : la lutte contre les émissions de méthane et des autres gaz à effet de serre ou encore le captage et le stockage de carbone tels que le souhaitaient les pays de l’OPEP.

Comme lors de la COP26 à Glasgow, les États sont aussi invités à réduire leur utilisation du charbon. Mais ce n’est là qu’une simple recommandation qui vise une « accélération des efforts pour diminuer la production de charbon, hors technologies de stockage ».

COP de fin - Quel bilan pour la COP28 ?

Elle était sujette à toutes les critiques. Sa formule, sa géographie, ses collusions, son impact carbone. Au bout d’un suspens impropre à l’urgence climatique, la 28e Conférence des Parties aura finalement accouché d’une entente sans précédent.

La diplomatie est un art du compromis que beaucoup jugent comme des compromissions. Cependant, dans un monde multipolaire fracturé et dans un contexte international embrasé, parvenir à un consensus global sur les énergies fossiles est un symbole retentissant.

Par Sébastien MICHEL
Photo d’illustration : Le président de la COP28, Sultan al-Jaber (au centre), applaudit l’accord inédit sur les énergies fossiles // © COP28 / Christopher Pike

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Publié le jeudi 14 décembre 2023
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