Premier rapport pour structurer l'action PFAS au Luxembourg

Premier rapport pour structurer l’action PFAS au Luxembourg

Les PFAS (« polluants éternels ») constituent aujourd’hui un enjeu majeur pour la santé et l’environnement. Face à ces substances extrêmement persistantes, le Luxembourg dresse un état des lieux dans un rapport présenté ce 11 mars et définit une feuille de route nationale pour mieux comprendre les sources de pollution et limiter les expositions.

Ce 11 mars 2026, le ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité, Serge Wilmes, a présenté à la Chambre des députés le premier rapport du groupe de travail interministériel « PFAS » élaboré en collaboration avec le ministère de la Santé et de la Sécurité sociale ainsi qu’avec le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Viticulture, en présence des ministres Martine Deprez et Martine Hansen.

Au Luxembourg comme ailleurs en Europe, la présence de PFAS dans l’environnement suscite une attention croissante. Ces substances chimiques très persistantes, utilisées dans de nombreuses applications industrielles et de consommation, sont parfois qualifiées de « polluants éternels ». Leur particularité principale est leur dégradation très lente. De plus, elles s’accumulent dans les milieux naturels et peuvent se retrouver dans l’organisme humain.

« Les PFAS sont des substances très persistantes qui peuvent entraîner des effets néfastes sur la santé humaine », rappellent les ministères de l’Environnement, de la Santé et de l’Agriculture dans un communiqué commun. « Des études scientifiques associent certains composés de cette famille à des troubles de la thyroïde, une augmentation du taux de cholestérol, des effets sur la fertilité, ou encore un risque accru de certains cancers. »

Selon les travaux scientifiques cités dans un rapport publié récemment, l’alimentation constitue aujourd’hui la principale source d’exposition pour la population. Les PFAS peuvent contaminer durablement les sols, les cultures ou les ressources en eau.

Un groupe interministériel pour suivre la problématique

Face à ces enjeux, Serge Wilmes a initié la création d’un groupe de travail interministériel consacré aux PFAS. Celui-ci rassemble des représentants du ministère de l’Environnement, du ministère de la Santé et de la Sécurité sociale ainsi que du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Viticulture. Sa mission est de suivre de près l’évolution de cette problématique, analyser les données disponibles, identifier les sources de pollution et proposer des mesures pour réduire les risques.

« Ce premier rapport constitue un état des lieux », indiquent les autorités. « D’autres publications devraient suivre à mesure que les travaux progresseront et que de nouvelles données scientifiques seront disponibles. »

Les PFAS sont présents dans notre quotidien, comme dans l'eau, le Teflon des poêles anti-adhésives ou encore les vêtements imperméabilisés.
Les PFAS sont présents dans notre quotidien, comme dans l’eau, le Teflon des poêles anti-adhésives ou encore les vêtements imperméabilisés.

Le TFA, une substance très mobile dans l’environnement

Si l’ensemble des PFAS est concerné par cette analyse, une attention particulière est portée au TFA, l’acide trifluoroacétique. Cette substance, détectée à grande échelle dans les eaux, est devenue une priorité pour les autorités.

Le TFA possède des caractéristiques qui expliquent les inquiétudes qu’il suscite. Il est très stable et difficile à dégrader. Il est également extrêmement soluble dans l’eau, ce qui lui permet de circuler facilement dans les sols et d’atteindre les nappes phréatiques.

Des études récentes ont mis en évidence sa présence dans 90% des analyses d’échantillons humains (1). Ses effets précis sur la santé restent encore mal connus. Cependant, sa présence généralisée dans l’environnement conduit à une exposition chronique de la population. Cette substance peut être utilisée directement dans certains procédés industriels. Elle apparaît également comme produit final de dégradation d’autres PFAS, de gaz réfrigérants, ou encore de certains produits phytopharmaceutiques et biocides.

La multiplicité de ces sources rend la gestion du problème particulièrement complexe. Les procédés
d’assainissement des sols ou de traitement de l’eau potable restent par ailleurs coûteux et souvent peu efficaces pour éliminer ces molécules.

Quarante actions pour orienter la stratégie nationale

Pour répondre à ces défis, le rapport propose une feuille de route structurée autour de quarante actions. Celles-ci sont organisées selon quatre axes stratégiques : connaissance, surveillance, action et sensibilisation.

Le premier axe vise à renforcer les connaissances scientifiques. Il s’agit notamment d’identifier plus précisément les sources de pollution, d’évaluer les niveaux d’exposition de la population et d’améliorer la compréhension des risques sanitaires et environnementaux.

Le deuxième axe porte sur la surveillance. Les autorités souhaitent intensifier les campagnes de mesure dans l’eau, l’air ou les sols et mieux exploiter les données récoltées afin d’orienter les décisions publiques.

Le troisième axe concerne les mesures concrètes de réduction de la pollution. Parmi les pistes envisagées figurent la limitation de certaines sources d’émission, l’évaluation des rejets provenant notamment des stations d’épuration ou encore l’identification d’alternatives aux substances contenant des PFAS dans certains produits du quotidien.

Enfin, le quatrième axe met l’accent sur la sensibilisation. Les autorités souhaitent renforcer la transparence et améliorer l’information du public afin de mieux faire comprendre les enjeux liés à ces substances.

Une action nationale inscrite dans un cadre européen

Certaines mesures sont déjà en place ou en cours de déploiement. Le Luxembourg applique les réglementations européennes qui interdisent déjà plusieurs PFAS, comme le PFOS, le PFOA ou le PFHxS. Le pays a également renoncé à certaines mousses extinctrices contenant du fluor, utilisées auparavant dans la lutte contre les incendies.

Au niveau européen, d’autres évolutions réglementaires sont en cours. On peut citer la gestion des gaz fluorés et la restriction de certaines substances utilisées dans l’agriculture. Pour les autorités luxembourgeoises, l’enjeu dépasse largement le cadre national. « Les contaminations atmosphériques, agricoles ou industrielles ne trouvent pas toujours leur origine au Luxembourg », souligne le rapport. Une action coordonnée au niveau européen apparaît donc indispensable.

Dans cette perspective, le groupe de travail plaide pour une réduction maximale des expositions aux PFAS, afin de préserver au mieux la santé publique et les milieux naturels. Une priorité qui passera à la fois par la recherche scientifique, la réglementation et l’évolution progressive des pratiques industrielles et agricoles.

Le rapport complet est disponible sur le site emwelt.lu.

Sébastien Yernaux

(1) Lors de l’étude ESTEBAN, les concentrations sériques de 17 PFAS ont été quantifiées chez des adultes (18-74 ans) et des enfants (6-17ans). Le PFOS et le PFOA, ont été retrouvés dans 100 % des échantillons. Des études récentes ont montré la présence de TFA à une fréquence de plus de 90% dans des analyses d’échantillons humains.

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Publié le vendredi 13 mars 2026
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