
Pour un air intérieur sain, XXA Architecture mise sur les biomatériaux
Chez XXA Architecture, on veut garantir le bien-être des personnes qui entreront dans un bâtiment pensé par ce bureau d’architectes. Ce qui passe par une bonne qualité de l’air intérieur et donc le recours à des matériaux de construction plus responsables.
Patricia Streber a fondé XXA Architecture en 2011. Ces dernières années, le bureau s’est spécialisé dans la durabilité des bâtiments. « Tout a commencé avec un projet de façade verte, il y a 12-13 ans », raconte la fondatrice. « Depuis, nous avons développé une vraie sensibilité pour les matériaux biosourcés. »
Le recours à ces matériaux, fabriqués à partir de matières premières d’origine biologique (comme le bois, le chanvre, le liège, ou encore la laine de mouton), permet de réduire l’empreinte environnementale d’un bâtiment, mais aussi d’améliorer la qualité de l’air de nos projets. Contrairement aux peintures, isolants et autres enduits « classiques », ils émettent peu, voire pas, de composés organiques volatils (COV) ou de particules fines, qui polluent l’air intérieur.
« Tout le monde connaît les dangers liés à l’amiante, mais je suis sûre que dans le futur, d’autres matériaux se révéleront tout aussi dangereux pour notre santé. C’est donc aujourd’hui qu’il faut sensibiliser le grand public à l’importance de la qualité de l’air intérieur. »
Patricia Streber, fondatrice de XXA Architecture
Nouveaux matériaux, nouvelles façons de faire
« Les solvants ou les colles sont par exemple problématiques, ils peuvent rejeter des polluants pendant des années, voire sur toute leur durée de vie », souligne Patricia Streber. « Nous sommes entourés de personnes très compétentes qui nous aident avec nos choix de matériaux. Nous continuons d’en découvrir de nouveaux, plus respectueux de l’environnement et de la qualité de l’air. »
En s’intéressant au sujet de la construction paille-bois, elle a découvert « des plaques de paille compressée qui peuvent remplacer les plaques de plâtre et qui ont un bilan carbone neutre. » Elles seront mises en œuvre pour un projet de construction en bois du bureau, avec un enduit à la chaux ou à l’argile appliqué dessus. Parfois, l’alternative est autre. « Il y a aussi une vraie réflexion à propos de la mise en œuvre sur chantier. Dans certains cas, c’est la façon de faire qui doit changer : visser au lieu de coller, pour ne pas utiliser de colle justement. »
Les produits ménagers participent aussi à la pollution de l’air intérieur et là encore, le choix des matériaux peut tout changer. L’architecte illustre avec un carrelage antibactérien qui, grâce à un traitement ou à un composant spécifique, empêche la prolifération de bactéries et donc limite la quantité de produits nettoyants à utiliser sur cette surface.
La fondatrice ajoute : « Dans notre réflexion sur la conception d’un bâtiment et le choix de chaque élément de construction, il faut aussi penser aux composants cachés », comme les chapes, classiquement en ciment. « Pour un nouveau bâtiment, nous mettons en place un système de chape sèche, qui évite l’usage du ciment. » Une option qui permet d’alléger le bilan carbone du bâtiment et de fortement limiter les émissions liées au séchage, mais qui reste un challenge à réaliser.
Des efforts certifiés
Le projet de l’école et maison relais Miniwissbei à Howald – livré en 2022 – a été marquant pour XXA Architecture, car c’était la première fois que le bureau tentait d’obtenir une certification DGNB (Deutsche Gesellschaft für Nachhaltiges Bauen). Ce système d’évaluation mesure la durabilité d’un bâtiment sur tout son cycle de vie, à travers six critères : écologie, économie, qualité sociale, qualité technique, qualité des processus et emplacement.
« C’était une première certification pour nous, mais aussi pour la commune, le maître d’ouvrage de ce projet. Au départ, nous visions le niveau Gold mais nous nous sommes aperçus que nous étions proches du Platinum, le niveau le plus élevé », se souvient l’architecte. Avec toutes les parties prenantes, nous avons décidé de viser ce nouvel objectif. Je voulais aller plus loin dans la durabilité et le bourgmestre de l’époque, Marc Lies, a vraiment soutenu le bureau dans cette démarche. »
Une fois le chantier terminé, le bâtiment a reçu la certification au niveau espéré. « Nous avons obtenu un résultat de 87,2 %, pour lequel la qualité de l’air joue un très grand rôle ! Nous étions, et sommes encore, très fiers de ce score qui était à l’époque le meilleur obtenu pour une école à l’échelle mondiale. C’est dans ces moments-là qu’on se dit que tout ce travail valait vraiment la peine. »
Le rôle des architectes
La quête de durabilité est un nouveau terrain de jeu pour les architectes, « c’est très stimulant, mais c’est aussi parfois fastidieux » avoue la fondatrice de XXA Architecture. « Chercher et étudier toutes les innovations qui permettent de construire mieux prend beaucoup de temps, et nous ne sommes pas rémunérés pour toutes ces heures de travail. »
« La durabilité est un sujet qui m’a toujours tenue à cœur. Je suis très contente d’avoir pu le développer de plus en plus ces dernières années avec XXA Architecture. »
Patricia Streber, fondatrice de XXA Architecture
Mais ce n’est pas ça qui freinera l’architecte dans sa mission : « En devenant présidente de la Luxembourg Indoor Air and Ventilation Association (LIAVA) je me suis rendue compte de l’importance de la qualité de l’air, des conséquences qu’elle pouvait avoir sur la santé. En tant qu’architecte, nous allons avoir un rôle de plus en plus important à jouer, notamment avec le choix des matériaux que nous proposons à nos clients qui, in fine, auront une conséquence sur le bien-être et la santé des personnes qui occuperont le bâtiment que nous concevons. »
Patricia Streber veut donc sensibiliser au maximum ses clients, les professionnels du secteur de la construction et plus largement le grand public, aux enjeux liés à la qualité de l’air intérieur. « Si on arrive, par notre architecture, à créer un lieu où les gens ont un sentiment de bien-être, et de vrai bien-être parce que l’air qu’ils respirent est sain, alors on a tout gagné. Ça devrait être cela le but de tout architecte ! Ce n’est pas tout de faire un bâtiment qui est joli à voir, il faut aussi se sentir bien à l’intérieur. »
Léna Fernandes
Photo de Patricia Streber : Fanny Krackenberger
Extrait du dossier du mois « L’air de rien »
















