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Plus de temps pour prendre soin

Économie sociale et solidaire

Publié le
mardi 19 mai 2020 à 04:00

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Quel impact le Covid-19 sur le secteur du handicap au Luxembourg ? Comment le confinement est-il vécu ? Quel regard sur l’avenir ? Dans la série des témoignages « Covid et handicap » collecté au cœur de Tricentenaire asbl par Infogreen, nous nous sommes entretenus avec Cindy Ribeiro, chef d’équipe de la Résidence Tricentenaire A. Pulz. Rencontre.

La résidence compte 8 éducateurs diplômés, 1 aide socio-familiale, 1 infirmier et 3 aides-soignants. 2 chefs d’équipe encadrent les effectifs au service des 12 résidents en situation de handicap mental et physique. Mme Ribeiro est éducatrice diplômée chef d’équipe, depuis 2007 au sein du Tricentenaire.

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Mme Ribeiro, comment avez-vous réagi à l’annonce du Covid et du confinement ?

Notre résidence est une vraie maison de vie, nous avons une certaine autonomie décisionnelle. Mon quotidien est de gérer une équipe d’éducateurs et aides-soignants sur le terrain. Nous sommes deux chefs d’équipe qui se relaient. Nous sommes continuellement à l’écoute pour adapter les activités en fonction de chacun des usagers résidents. Pour cela, nous organisons de réunions pluridisciplinaires régulières. À l’annonce du Covid, je n’ai pas été particulièrement inquiète au niveau professionnel, nos équipes sont au fait des bonnes pratiques en matière d’hygiène ainsi que de la mise en œuvre de la procédure que l’on retrouve dans le classeur spécial Covid mis à disposition par notre direction et suivi par l’ensemble du personnel.

J’ai été plus inquiète pour nos résidents. Étant clairement considérés comme vulnérables, j’ai directement eu des craintes de contamination et de ses potentielles conséquences… désastreuses. Notre secteur – celui du handicap- n’est pas souvent bien entendu à l’extérieur, même si au début nous avons espéré pouvoir être prioritaires dans le plan et les démarches à l’échelon national, cela a pris deux à trois semaines pour être placé au centre du dispositif. L’Asbl Tricentenaire a toutefois géré cela de façon optimale, nous n’avons jamais manqué de rien pour assurer la sécurité de nos équipes et de nos résidents.

Comment vivez-vous depuis lors ce confinement ?

J’étais personnellement rassuré par notre organisation. Le Tricentenaire s’adapte très vite, rapidement nous avons reçu nos consignes, et tout aussi rapidement elles ont été mises en pratique. Sur le terrain, cela n’a pas toujours été évident au début car les procédures changeaient régulièrement et les équipes, tournantes, changeaient de postes, il fallait veiller à ce que le même message soit véhiculé auprès de tout le monde. Nous avons dû augmenter la périodicité de nos réunions et assurer des points très réguliers pour atteindre cet objectif.

Maintenant, c’est plus ou moins stabilisé, même s’il y a encore environ toutes les deux semaines des actualisations, c’est devenu plus simple à gérer.

Pour ce qui est de nos résidents qui travaillent en ateliers, n’ayant toujours pas de date de reprise, c’est assez compliqué de répondre à leurs sollicitations. À l’annonce du confinement, certains sont devenus impatients de reprendre, d’autres au contraire soulagés. En qualité de chef d’équipe, nous servons bien souvent de repère, de relais que ce soit vers l’équipe encadrante comme vers les résidents et leurs familles.

Nous utilisons tous les outils en notre possession pour échanger au maximum, la procédure de langage facile à lire et à comprendre mise au point par le Tricentenaire et la déléguée à l’expression des usagers est de toute utilité. Cependant, il ne faut pas surcharger les résidents d’informations ce qui aurait un effet contre-productif justement et pourrait créer certaines tensions ou angoisses.

Les recommandations de distanciation et de port du masque ne sont pas du tout évidentes au quotidien pour les éducateurs. Nous travaillons sur une compréhension en lecture labiale – lire sur les lèvres- ce qui devient impossible dans le cas échéant.

Il est intéressant de voir qu’aujourd’hui les éducateurs ont plus de temps pour mettre en place de nouvelles activités et sortir de la routine du quotidien.

On constate aussi un changement de comportement de certains des résidents qui par le passé avaient plutôt tendance à préférer s’isoler et qui reviennent maintenant vers nous, en demande d’un certain réconfort.

Nous avons aussi beaucoup de témoignages de soutien de nos résidents, qui nous connaissent bien souvent depuis de nombreuses années et qui comprennent nos craintes face à cette situation inédite et nous montrent qu’ils sont aussi là pour nous en retour. C’est très fort comme échange et la relation est vraiment touchante. Nul besoin de mots ici, mais un message qui vient du cœur, une posture, un geste amical, un regard bienveillant… qui nous rassure.

On n’oublie pas tout de même que si notre mission première est d’accompagner nos résidents vers l’autonomie, en période de confinement, la recherche de cet objectif est un peu bousculée et freinée par les impératifs du protocole et des gestes barrière.

Quelle est votre vision pour l’avenir ?

Ma conception de la vie a toujours été celle d’être et d’apprécier le moment présent, ce qui vient… viendra.

La situation actuelle nous impose de nous projeter, ce n’est pas si évident. Nous avançons phase par phase, dans les étapes du déconfinement. Enfin, pour l’instant tout est relatif. Mais on y travaille. L’impossibilité des visites familiales par exemple est un point sur lequel nous essayons de trouver des réponses…

J’ai quelques craintes quant à l’avenir. Comment allons-nous organiser le déconfinement ? Quels délais ? Quelle méthode ? Et je ferai tout pour faciliter la vie de nos résidents, de leurs familles et de nos équipes. Nous allons devoir faire preuve de flexibilité.

Mon message serait de ne pas oublier le secteur du handicap, nos résidents sont des personnes vulnérables avec tous types de pathologie, il faut garder cela en mémoire. Il me tient à cœur de dire que pour nous il n’y a pas que le virus, ici nous prenons en charge des personnes avec d’autres problèmes de santé et, en mettant le virus au premier plan, le déconfinement au second plan, je ne veux pas que cela passe au troisième plan.

Nous avons d’autres besoins en santé. De nombreux rendez-vous médicaux « secondaires » ont dû être annulés si bien que nos infirmières ont repris contact avec les médecins de famille pour y pallier. Ceux-ci se montrant bien entendu disponibles fort heureusement. Sur le long terme, il ne faudrait pas s’exposer au risque de dégradation de l’état de santé général de nos résidents…

Frédéric Liégeois

Publié le
mardi 19 mai 2020


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