
Nice 2025 : la planète réunit ses forces pour sauver l’océan
Environ 170 pays ont adopté une déclaration politique historique à Nice pour intensifier la protection des océans. Le Luxembourg, bien que sans littoral, y a défendu un engagement résolu pour la durabilité marine.
C’est au son grave des cornes de brume des navires, résonnant depuis le port de Nice, que s’est conclue, ce vendredi 13 juin, la troisième Conférence des Nations Unies sur l’océan (UNOC3). Pendant cinq jours, plus de 15.000 participants, dont 60 chefs d’État et de gouvernement, ont convergé vers la côte méditerranéenne pour aborder l’un des défis environnementaux les plus urgents de notre époque : la sauvegarde des océans.
Un peu plus tôt, 170 États ont adopté une déclaration politique ambitieuse visant à renforcer la protection des milieux marins, à encadrer l’exploitation des hautes mers, à mobiliser les financements pour les pays côtiers et insulaires, et à mettre en œuvre des solutions concrètes pour répondre à la triple crise environnementale : changement climatique, perte de biodiversité et pollution.
« Nous clôturons cette semaine historique avec de l’espoir, mais surtout avec des engagements concrets, une direction claire et une dynamique incontestable. »
Li Junhua, secrétaire général adjoint des Nations Unies et secrétaire général de la conférence.
Des engagements à la hauteur des enjeux
Le Plan d’action de Nice pour l’océan repose sur deux piliers : la déclaration politique commune et plus de 800 engagements volontaires, pris par les États, les scientifiques, la société civile et les institutions internationales. Parmi les mesures phares annoncées, la Commission européenne a débloqué un milliard d’euros pour la science marine, la conservation et la pêche durable. La Polynésie française s’est engagée à créer la plus grande aire marine protégée du monde, couvrant ses cinq millions de kilomètres carrés de zone économique exclusive.
D’autres pays ont également franchi un cap. L’Allemagne a lancé un programme de 100 millions d’euros pour retirer les munitions immergées en mer Baltique et en mer du Nord. La Nouvelle-Zélande, elle, a investi 52 millions de dollars pour la gouvernance marine dans le Pacifique. L’Espagne a promis la création de cinq nouvelles aires protégées.
Une coalition de 37 pays, menée par le Canada et le Panama, a formé la High Ambition Coalition for a Quiet Ocean pour lutter contre la pollution sonore sous-marine, tandis que l’Indonésie et la Banque mondiale ont lancé une obligation corail pour financer la restauration des récifs.
Le Luxembourg, acteur engagé sans océan
Bien qu’enclavé et sans littoral, le Luxembourg a rappelé à Nice qu’aucun pays n’est extérieur aux enjeux océaniques. Le ministre Serge Wilmes a mis en avant l’engagement actif du Grand-Duché dans le financement climatique lié à la protection marine, notamment à travers des partenariats innovants.
Le pays soutient la Blue Natural Capital Finance Facility, un mécanisme financier créé en collaboration avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui vise à investir dans des projets de préservation des écosystèmes côtiers. Le Luxembourg participe aussi à des initiatives avec la Banque européenne d’investissement et le Global Green Growth Institute, ciblant en particulier les petits États insulaires en développement (PEID).
Le ministre a également réaffirmé le soutien du Luxembourg à un moratoire sur l’exploitation minière en eaux profondes, invoquant le principe de précaution.
« Aucune autorisation d’extraction ne devrait être accordée tant que les grands fonds marins — riches en formes de vie encore inconnues — n’auront pas été rigoureusement étudiés. »
Serge Wilmes, ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité

Dans une formule évocatrice, Serge Wilmes a résumé l’interdépendance planétaire :
« Le cycle de l’eau est un cycle fermé. Chaque goutte qui touche le sol luxembourgeois y retournera un jour. Nous avons une responsabilité collective de protéger l’océan, notre climat, notre sécurité alimentaire — notre avenir. »
Serge Wilmes, ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité
Le traité sur la haute mer en ligne de mire
L’un des grands succès diplomatiques du sommet de Nice est le progrès tangible vers l’entrée en vigueur du Traité sur la haute mer (BBNJ), adopté en 2023. Ce texte juridiquement contraignant vise à préserver la biodiversité marine dans les zones au-delà des juridictions nationales.
Avec 19 ratifications nouvelles annoncées durant la semaine, le total atteint désormais 50 États signataires sur les 60 requis. Un pas salué comme une « victoire considérable » par Olivier Poivre d’Arvor, envoyé spécial de la France pour l’océan.
« Il est très difficile d’agir pour l’océan aujourd’hui, alors que certains grands pays sont peu impliqués. Mais 92 % des copropriétaires étaient là à Nice. »
Olivier Poivre d’Arvor, envoyé spécial de la France pour l’océan
Le Luxembourg, bien que non maritime, soutient activement ce traité dans le cadre de son engagement multilatéral et de sa candidature au Conseil exécutif de l’UNESCO, preuve de sa volonté de contribuer aux cadres de gouvernance globaux.
Une ambition collective face à l’urgence
La conférence s’était ouverte sous le signe de l’alerte lancée par António Guterres :
« Nous traitons l’océan comme une décharge planétaire. Il est temps de rétablir notre lien vital avec lui. »
António Guterres, secrétaire général des Nations unies
Les petits États insulaires ont particulièrement pesé sur les négociations, exigeant que leurs voix soient entendues dans le texte final. « Il ne peut y avoir de déclaration sur l’océan sans les PEID », a rappelé l’ambassadrice de la Grenade, Safiya Sawney.
Le Luxembourg a soutenu cette approche différenciée, soulignant que la solidarité internationale passe par un soutien renforcé à ces nations en première ligne.
Une dynamique à maintenir jusqu’en 2030
À l’horizon 2028, date de la prochaine Conférence des Nations Unies sur l’océan (co-organisée par le Chili et la Corée du Sud), l’objectif est clair : mettre en œuvre les engagements pris à Nice, faire entrer en vigueur les grands traités multilatéraux, et concrétiser l’objectif de protéger 30 % des océans d’ici 2030.
Comme l’a rappelé Peter Thomson, envoyé spécial de l’ONU pour l’océan :
« Ce qui compte, ce n’est pas ce que nous avons dit à Nice, mais ce que nous allons faire après. »
Sébastien Yernaux
Photo de groupe : © MEV
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