Mesurer l'air que l'on respire au travail, un défi encore sous-estimé

Mesurer l’air que l’on respire au travail, un défi encore sous-estimé

Dans les bureaux comme dans les bâtiments industriels, la qualité de l’air intérieur reste difficile à objectiver et demeure inégalement encadrée par la réglementation. Forte de son expertise, Vinçotte accompagne entreprises et institutions afin d’évaluer les risques, d’améliorer le confort des occupants et de prévenir les impacts sur la santé.

Progressivement, la qualité de l’air intérieur prend de l’ampleur dans le débat public. « Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la législation et son lot de contraintes ne sont pas encore trop présents dans les espaces de travail, en particulier dans le secteur tertiaire. » Pour Marvin Musseleck, inspecteur environnemental chez Vinçotte, le cadre réglementaire reste encore à structurer. « Si certaines prescriptions existent, notamment via l’Inspection du travail et des mines (ITM), et que les normes tendent à se développer, celles-ci reposent encore largement sur des recommandations et des valeurs de référence. Toutefois, la prise de conscience progresse et, au Luxembourg, les autorités comme les acteurs du secteur commencent à accorder une attention croissante à cette problématique. »

Entre confort et santé : des indicateurs encore insuffisants

Dans les environnements de bureau, l’évaluation du bien-être repose avant tout sur des indicateurs indirects. « On parle surtout de confort thermique et de renouvellement de l’air, mesuré majoritairement à travers les concentrations de CO₂ », explique Gauthier Baudoin, responsable SMQ (Système de management de qualité) et operations manager chez Vinçotte. D’autres éléments s’ajoutent. On pense notamment à la luminosité, l’acoustique, l’humidité ou encore l’ergonomie des postes de travail.

Mais ces mesures restent insuffisantes pour traduire toute la complexité de l’air intérieur. « C’est un sujet très multifactoriel », insiste Marvin Musseleck. « Le bâtiment, sa conception, son usage réel, l’activité exercée, l’environnement extérieur ou même les conditions météorologiques jouent un rôle. » Cette diversité rend difficile l’imposition de normes uniformes, à l’échelle nationale comme européenne.

Marvin Musseleck
Marvin Musseleck - © Vinçotte Luxembourg

Des bâtiments conçus pour des usages qui évoluent

Comme de nombreux experts le constatent, les inspecteurs de Vinçotte pointent régulièrement du doigt un décalage logique entre la conception initiale des bâtiments et leur utilisation réelle. « Beaucoup de locaux ont été pensés dans une configuration type, souvent en open space, puis ils sont modifiés au fil du temps », constate Gauthier Baudoin. Cloisonnements ajoutés, capteurs déplacés ou circuits de ventilation perturbés viennent alors compromettre l’aéraulique prévue à l’origine.

Paradoxalement, les professionnels anticipent rarement ces évolutions. Les aspects économiques en sont souvent la raison. « Concevoir des bâtiments réellement transformables suppose de multiplier les capteurs et les bouches de ventilation, ce qui représente un surcoût que peu d’acteurs acceptent au moment de la construction », souligne-t-il. Résultat : des espaces moins performants, où le confort dépend autant de la technique que du bon sens des utilisateurs.

La problématique de l’amiante toujours présente dans le bâti existant

Aujourd’hui, l’analyse de la qualité de l’air intérieur n’est toujours pas parfaitement encadrée. Pourtant, certains polluants font l’objet d’une réglementation bien établie, à commencer par l’amiante. « C’est un sujet ancien, mais loin d’être dépassé », rappelle Marvin. Présente dans de nombreux bâtiments construits avant les années 1990, l’amiante ne pose pas de risque tant qu’elle reste intacte. Bien souvent, le matériau fait son apparition lors de travaux ou de rénovations, moments où le danger devient réel.

« Il n’existe pas d’obligation générale de retrait de l’amiante tant que les matériaux restent en place et ne sont pas concernés par des travaux », précise-t-il. En revanche, dès lors qu’une intervention, une rénovation ou une transformation est envisagée, le retrait ou la gestion de l’amiante devient obligatoire et doit être réalisé conformément à la réglementation en vigueur, y compris pour les particuliers. »

Gauthier Baudoin insiste sur l’importance de l’anticipation. « Avant tout achat ou toute transformation d’un bâtiment ancien, un diagnostic amiante est indispensable. Un bon réflex pour éviter que certains projets se retrouvent bloqués par des coûts de désamiantage très élevés. Nous intervenons dès les premières étapes, du diagnostic au suivi complet des chantiers. »

- © Vinçotte Luxembourg

Un encadrement réglementaire plus strict pour l’industrie

C’est dans le secteur industriel que la réglementation est la plus contraignante. Depuis novembre 2024, une nouvelle prescription ITM encadre le contrôle de l’atmosphère sur les lieux de travail exposés à des agents chimiques. « La réglementation impose des visites annuelles », explique Marvin. Ils visent à garantir que les travailleurs ne dépassent pas les valeurs limites d’exposition, notamment face à des substances cancérigènes ou mutagènes.

Vinçotte accompagne les exploitants. « La responsabilité première reste celle de l’exploitant », rappelle le responsable SMQ. « Afin d’évaluer les risques, nous devons posséder un document, fourni par le client, qui identifie les agents chimiques. Il nous permet d’évaluer les risques et de contrôler l’exposition. Ce travail doit être réalisé par un organisme agréé comme Vinçotte. » Les campagnes de mesure s’appuient sur des méthodologies statistiques intégrant les variations saisonnières afin d’éviter une simple photographie ponctuelle.

Si ces obligations concernent surtout l’industrie, les experts appellent à une prise de conscience plus large. « Le fait que les bureaux soient moins exposés ne signifie pas qu’il ne faut rien faire. » La qualité de l’air intérieur reste un enjeu de santé réel, encore trop sous-estimé, mais destiné à prendre une place croissante dans les années à venir.

Sébastien Yernaux
Photos : ©Vinçotte Luxembourg
Extrait du dossier du mois « L’air de rien »

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Publié le mercredi 18 février 2026
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