
LIAVA veut faire entrer la qualité de l’air intérieur dans le débat public
Réelle mais encore largement sous-estimée, la pollution de l’air intérieur fait rarement l’objet de réflexions approfondies. Créée début 2025, l’association LIAVA réunit des experts déterminés à combler ce manque, en agissant à la fois sur la sensibilisation du grand public, la structuration des métiers et le dialogue avec les pouvoirs publics.
LIAVA, pour Luxembourg Indoor Air and Ventilation Association, est née d’un échange entre professionnels confrontés aux mêmes constats. « On s’est rendu compte qu’il y avait un vrai problème autour de la qualité de l’air intérieur au Luxembourg, que ce soit au niveau réglementaire, que de la communication ou de la sensibilisation », explique Christophe Delattre, Business developer chez DUCO et secrétaire pour LIAVA. Avec Julien Blaise (Business Developer au LLuCS) et Tony Russo (administrateur délégué chez Novalair), la réflexion débute à l’été 2023. L’idée est de fédérer des expertises aujourd’hui dispersées et de faire émerger un discours commun.
Évidemment, tout mettre en place prend du temps. « On a décidé de créer une ASBL pour donner de la substance au projet. Après six mois de démarches, LIAVA a été officiellement créée en février 2025, avec Gilles Christnach à la présidence. Suite à un tournant professionnel, ce dernier a cédé sa place à Patricia Streber (fondatrice de XXA Architecture) en avril 2025.
« LIAVA, est une aventure collective, bénévole, au service du Luxembourg », résume Christophe Delattre. « On est là pour dire “il y a un problème sur la qualité de l’air, qu’est-ce qu’on peut faire concrètement ?” »
« Il faut concevoir autrement pour respirer mieux »
Architecte de formation, Patricia Streber découvre LIAVA presque par hasard, lors d’une discussion informelle avec Tony Russo. « En tant qu’architecte, je suis très sensible aux matériaux, aux émanations, aux problématiques de ventilation et d’assèchement de l’air. Dans certains projets, nous avons déjà intégré des murs d’eau pour améliorer l’humidification en hiver et le confort en été. »
Son engagement s’impose alors comme une évidence : « C’est passionnant. Je suis entourée de différents profils avec une belle expérience. » Patricia Streber souhaite jouer un rôle pour attirer l’attention sur l’importance de l’air intérieur, encore largement sous-estimée à ses yeux. « Respirer, c’est naturel. On ne se pose donc pas la question de savoir si l’air est bon ou non pour notre santé. »
C’est la base de la réflexion des membres de LIAVA. « On passe plus de 80 % de notre temps à l’intérieur, alors que l’air y est cinq à dix fois plus pollué que l’air extérieur », rappelle Christophe Delattre. Architectes, bureaux d’études, installateurs, exploitants, laboratoires : « chacun a un rôle à jouer, depuis la conception jusqu’à l’entretien ».
La sensibilisation prime sur la réglementation
Si LIAVA se positionne comme un espace d’expertise, sa priorité reste la sensibilisation. « Le grand public est privé d’une réelle information », estime Julien Blaise. « On accumule au quotidien des petites doses de polluants : produits ménagers, encens, bougies, parfums… Si l’air n’est pas correctement renouvelé, on se retrouve dans un environnement intérieur qui peut avoir des impacts négatifs à court et à long terme. »
Le problème ? « Faute de mesures, on ne sait pas », résume Tony Russo. « Dans l’eau, il y a des analyses obligatoires. Pour l’air, il n’y a rien d’imposé, ni dans les écoles, ni dans les crèches, ni dans les hôpitaux. » Résultat : une fausse impression de sécurité. « La majorité des personnes estiment vivre dans un cocon sain. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. »
Face à ce vide, LIAVA agit sur plusieurs fronts, avec des conférences dans les écoles, l’organisation d’événements grand public et des formations professionnelles. « Les enfants sont les acteurs de demain et peuvent influencer leurs parents », souligne Julien Blaise. L’association cherche aussi à structurer les métiers. « Aujourd’hui, chacun travaille dans son coin, alors qu’il faut des procédures communes et parler le même langage. »
Mettre de côté les intérêts privés
Autre particularité de LIAVA : sa volonté affichée de neutralité. « Nous apportons notre savoir-faire », insiste Christophe Delattre. « Chaque membre a signé un formulaire d’engagement. L’idée n’est pas de promouvoir des produits ou des entreprises, mais la qualité de l’air intérieur », précise Patricia Streber.
Une ligne de conduite simple pour aller à la rencontre des institutions. Des échanges sont déjà en cours avec Neobuild, pôle d’innovation technologique de la construction durable au Luxembourg, d’autres sont prévus courant 2026 avec plusieurs administrations et ministères. « Ils ont besoin de notre expérience, de nos retours du terrain », observe Christophe Delattre. « Nous sommes plus réactifs que les administrations qui doivent suivre un grand nombre de procédures. Notre rôle, c’est aussi de faire des propositions, de nourrir la réflexion réglementaire. »
Trois groupes de travail structurent aujourd’hui l’association : réglementation et dialogue institutionnel, événements et formation, vulgarisation et communication. Parmi les projets phares, un guide de la ventilation, destiné à tous les publics. « Il s’agit d’un document de base vulgarisé qui explique quand et comment ventiler, les impacts sur la santé, les bonnes pratiques. Ensuite, on pourra aller plus loin avec des fiches techniques pour les professionnels. »
Sébastien Yernaux
Photos : Fanny Krackenberger/Picto Communication
Extrait du dossier du mois « L’air de rien »
















