
Les chiffres clés de la concertation citoyenne contre le changement climatique
Près de 500 acteurs mobilisés, 107 propositions analysées, 21 nouvelles mesures intégrées : la stratégie nationale d’adaptation aux effets du changement climatique franchit une étape clé. Au-delà des chiffres, le processus participatif renforce la résilience du Luxembourg face aux impacts déjà visibles.
Le rendez-vous était fixé, ce 9 février 2026, au Cercle Cité. Face à un public mêlant experts, représentants d’organisations, citoyens engagés et administrations, le ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité, Serge Wilmes, est venu restituer les résultats de la consultation publique consacrée au projet de stratégie et plan d’action d’adaptation aux effets du changement climatique.
Un moment charnière dans un processus entamé il y a près de deux ans.
« Réduire nos émissions reste indispensable, mais cela ne suffit pas. L’adaptation au changement climatique est aujourd’hui tout aussi nécessaire pour protéger la population, les infrastructures et l’environnement, en cohérence avec nos politiques de l’énergie, de la nature et de la résilience. »
Serge Wilmes, ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité
Le message est clair. Il faut désormais apprendre à vivre avec des impacts déjà perceptibles – fortes pluies, inondations, vagues de chaleur, tempêtes – et s’y préparer.
Une participation au-delà des attentes
La stratégie s’est construite en deux grandes phases. D’abord, entre mars et août 2024, une consultation interministérielle et des échanges bilatéraux ont permis d’élaborer un avant-projet. Ensuite, de février à octobre 2025, la consultation citoyenne a pris le relais. Sept workshops thématiques, cinq réunions publiques régionales, une consultation en ligne, une campagne d’information. Près de 500 participants issus de plus de 160 organisations, administrations et entreprises ont contribué.
Pour Bruno Alves, attaché de gouvernement au ministère, le bilan est sans ambiguïté. « On s’attend toujours à ce que la moitié des gens invités participent. Et là, on a eu un retour positif de 90 %. Il y a même un workshop où quasiment tous les acteurs contactés étaient présents. »
Au-delà du taux de participation, c’est la qualité des échanges qui l’a marqué. « Les gens étaient vraiment impliqués. Ils s’étaient préparés, ils ont proposé des idées concrètes. C’était constructif. » Autour des tables, des profils rarement réunis. « Des acteurs de la protection de l’environnement formulaient des mesures avec des représentants de l’agriculture, des ONG, des acteurs financiers. Il y avait un mélange super positif. »
107 propositions passées au crible
La consultation a généré plus de 250 propositions de modifications textuelles, en grande partie intégrées dans la version révisée de la stratégie. S’y ajoutent 107 propositions de nouvelles mesures, analysées selon leur pertinence, leur faisabilité et leur cohérence.
À l’issue de ce travail, 21 nouvelles mesures ont été intégrées, 28 mesures existantes ont été renforcées. D’autres propositions concernaient des actions déjà en cours ou ont été écartées.
« Sur les 107 propositions, 28 correspondaient en fait à des mesures déjà prévues, formulées différemment. On les a donc renforcées. Une trentaine existaient déjà dans d’autres cadres. Par exemple, la création d’une plateforme pour mobiliser les acteurs financiers : il existe déjà un stakeholder forum dans le cadre de la Luxembourg Sustainable Finance Initiative. »
Bruno Alves, attaché de gouvernement au ministère de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité
Certaines idées ont été jugées inadaptées au niveau national. « On nous a proposé d’harmoniser le système de plug-in pour les voitures au niveau européen. C’est une compétence de l’Union européenne, pas d’une stratégie nationale. » D’autres ont été écartées pour des raisons politiques, comme la réduction de l’autonomie communale. « Au contraire, l’adaptation se joue localement. Il faut renforcer le rôle des communes. »
Ce souci d’explication n’est pas passé inaperçu. Pour Norry Schneider, responsable Pacte Climat et Territoires en transition (CELL - Citizens for Ecological Learning and Living), la transparence constitue l’un des points forts du processus. « On avait posé comme condition qu’il y ait une restitution, ce qui se fait très rarement. Souvent, on participe, puis plus de nouvelles. Là, ils ont tenu leur promesse. Je trouve ça top ! »
L’éducation, un fil rouge inattendu
Parmi les thèmes remontés dans quasiment tous les ateliers, un mot s’est imposé : éducation. « Ce qui m’a étonné, c’est que quasiment tous les acteurs ont dit qu’il faut faire plus au niveau de l’éducation », confie Bruno Alves. « Des banques, des assureurs, des entreprises ont dit qu’il fallait sensibiliser à l’école. Peu importe la thématique, c’est revenu à chaque fois. »
Résultat : un nouveau chapitre consacré à l’éducation et à la sensibilisation a été intégré dans la stratégie. Des propositions de révision du curriculum scolaire ont été évoquées, en lien avec le ministère de l’Éducation nationale. « Le contact entre les ministres était très bon. Ils ont accepté de prendre en compte cette mesure. »
Pour Norry Schneider, l’importance accordée à l’éducation n’est pas une surprise… mais elle mérite nuance. « Que les ONG portent ce sujet, c’est logique. Mais que des acteurs financiers ou techniques l’amènent aussi massivement, c’était quand même marquant. » Il met toutefois en garde contre une focalisation exclusive sur les jeunes.
« J’ai entendu parler de l’éducation des jeunes, mais dans les ateliers, on parlait d’éducation, de sensibilisation et de mobilisation de toutes les parties prenantes. Il faut mieux former les ingénieurs, les fonctionnaires, tous les niveaux. Les gens doivent avoir une compréhension systémique. On remet souvent aux jeunes la charge d’être informés et d’agir mieux que la génération d’avant. Or, nous sommes tous concernés. On fait tous partie de la solution. »
Norry Schneider, responsable Pacte Climat et Territoires en transition (CELL)
Une méthode qui fait école ?
Au-delà du contenu, la méthode employée suscite l’intérêt. Près de 300 experts et environ 200 citoyens ont été impliqués à différents moments. Les ateliers ont mêlé travail technique et moments de réflexion collective, notamment via des exercices de « fishbowl », permettant aux participants d’évaluer le processus en temps réel.
« C’était risqué pour le ministère », reconnaît Norry Schneider. « Les gens pouvaient exprimer leur mécontentement. Mais comme cela faisait partie du jeu, c’était très constructif. »
Pour lui, l’enjeu dépasse la seule stratégie d’adaptation. « Quand on facilite ce genre de processus, on sort les gens de leur zone de confort. On leur montre qu’on peut travailler autrement. S’ils sont inspirés, qu’ils copient les méthodes et les ramènent dans leurs institutions. »
Reste la question du suivi. La stratégie a une validité de dix ans. « Il ne faut pas attendre dix ans pour refaire un exercice », insiste-t-il. Un atelier spécifique sur la gouvernance a d’ailleurs été organisé pour réfléchir aux mécanismes de suivi. « Chacun retourne dans son silo. Il faut trouver des systèmes pour que le suivi soit vraiment un suivi de terrain. »
Cap sur l’adoption
La restitution du 9 février marque la fin de la consultation, mais pas du processus. Le document doit encore être finalisé, relu, traduit en allemand et en anglais, puis adopté par le Conseil de gouvernement. Une version synthétique destinée au grand public sera ensuite publiée.
Pour Serge Wilmes, l’essentiel commence maintenant. « La mise en œuvre des mesures, assurée par l’ensemble des ministères concernés, constituera l’étape déterminante pour renforcer durablement la résilience du Luxembourg. » Au-delà des chiffres – 21 nouvelles mesures, 28 renforcées – c’est peut-être cette dynamique collective qui constitue le principal acquis.
Sébastien Yernaux
Photos : MECB






















