Le sol, premier maillon oublié de notre santé

Le sol, premier maillon oublié de notre santé

Au Luxembourg, où plus de 95% des fruits et légumes sont importés, les circuits courts restent l’exception. Depuis 2014, la société coopérative TERRA fait le pari inverse : cultiver vivant, distribuer en direct, et prouver qu’une agriculture locale non subventionnée est possible. Visite du site avec Marko Anyfandakis, coopérateur fondateur.

On est à la mi-mai. Le printemps est hésitant, les Saints de Glace venant tout juste de laisser place à quelques éclaircies. Sur le site de TERRA, au lieu-dit Eicherfeld, tout proche de la Ville, Marko nous emmène entre les allées cultivées. Certaines sont encore bâchées pour préserver les plants du froid. Grelinette à la main, une partie de l’équipe aère la terre d’autres parcelles. « On évite de la retourner, comme on le ferait traditionnellement avec des rotoculteurs ou des machines », explique le cofondateur. « Si la terre est meuble et très riche en minéraux et nutriments, c’est précisément parce qu’on ne la travaille pas trop ».

TERRA emploie la méthode du maraîchage biointensif, sans labour. C’est cette approche qui garantit des fruits et légumes de qualité : « Si le sol est vivant, on a des aliments vivants. Si le sol est mort, on a des aliments morts. C’est assez basique ».


TERRA en 4 infos :

  • Fondée en 2014 - première coopérative du genre au Luxembourg
  • Équipe de 6 personnes : 3 fondateurs (Sophie, Pit et Marko), 2 apprentis et 1 maraîcher saisonnier
  • Plus de 300 variétés cultivées
  • 200 paniers hebdomadaires

Maraîchage biointensif : produire plus en abîmant moins

La santé commence dans la terre, et dans ce qu’on en fait. La diversité et la densité des plantations participent à cet excellent carnet de santé. C’est le côté « intensif » : une grande variété de plantes dans un espace assez restreint.

Entre les arbres fruitiers – cerises, mirabelles, quetsches, coings – se trouvent quelques rangées de framboisiers entourées de plants de légumes. « Il y a trois ou quatre niveaux de cultures au même endroit », précise Marko, « et cette logique continue un peu partout. » TERRA reprend le schéma naturel d’une forêt où arbres, arbustes et annuels se côtoient, et l’adapte de manière productive, utile à la consommation humaine.

Une chose en entraînant une autre, ce croisement des espèces crée un équilibre qui préserve la terre des maladies. Les fruits et légumes poussent naturellement, sans aucun pesticide ni engrais artificiel. On est dans une agriculture dite régénératrice, où 300 variétés se côtoient et se nourrissent les unes les autres, avant de nous nourrir, nous. « Cela dépasse largement les critères du Bio », ajoute notre guide du jour.

Dans cette serre, les concombres ont été plantés entre les rangées de fenouil. Lorsque celui-ci sera à maturité, il sera récolté et laissera davantage de place aux concombres pour se développer. Marko : « On gagne du temps et de la place, et il y a des relations bénéfiques qui se créent entre les différentes familles de plantes ».
Dans cette serre, les concombres ont été plantés entre les rangées de fenouil. Lorsque celui-ci sera à maturité, il sera récolté et laissera davantage de place aux concombres pour se développer. Marko : « On gagne du temps et de la place, et il y a des relations bénéfiques qui se créent entre les différentes familles de plantes ». - ©Picto/Fanny Krackenberger

De la terre au consommateur

Les fondateurs ont fait le choix de ne pas être certifiés Bio, n’en ressentant pas le besoin grâce à une clientèle déjà acquise et conquise. Ici, les échanges se font principalement en direct, par des paniers hebdomadaires, commandés à l’année et dont le contenu est récolté la veille, voire le jour même du retrait par le client, afin de garantir leur fraîcheur. L’absence d’emballage signifie aussi l’absence de plastique autour et dans les aliments.

Pour plus de flexibilité, les paniers peuvent depuis peu être récupérés dans l’ensemble des magasins Alavita ou par livraison via Co-labor.

Les consommateurs apprécient également la qualité gustative. « Beaucoup sont avec nous parce que ça leur amène des souvenirs des carottes du jardin de leur grand-mère. Ce sont des goûts qu’ils ne retrouvent pas ailleurs. »


« Ce qui fait la différence, c’est la fraîcheur. Dans un supermarché, beaucoup de fruits et légumes sont là depuis une semaine et ont été cueillis il y a deux semaines. C’est le frigo qui les maintient plus ou moins vivants. Mais si on parle de santé, la valeur nutritionnelle et les vitamines commencent à diminuer à partir d’un certain moment, simplement en raison du stockage ou du transport d’un frigo à l’autre. »

Marko Anyfandakis, coopérateur fondateur de TERRA

Un modèle coopératif économiquement viable

Lorsque la structure a été créée en 2014, le choix s’est rapidement porté sur la société coopérative, inspirée des Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP) françaises. En un mois, les 50.000 euros nécessaires au lancement des activités ont été investis par des coopérateurs, sans le moindre subside public. « Comme nous étions les premiers à initier un tel projet, il y a eu un intérêt très fort », se souvient Marko.

Les coopérateurs sont invités aux assemblées générales et peuvent participer à la prise de décision. Certains sont devenus membres – ils ont opté pour un abonnement aux paniers hebdomadaires –, tandis que d’autres ont simplement voulu soutenir le lancement du projet. « Ceux qui paient les frais courants, ce sont les membres », complète-t-il.

Inspirer plutôt que grandir

Avec ses quelque 200 membres, TERRA a trouvé son rythme de croisière. « Nous sommes montés à 250, mais nous avons vite constaté que c’était trop, parce que nous avions perdu le contact direct avec les membres. Il y a un aspect communautaire très fort. »

Aujourd’hui, TERRA continue à démontrer qu’une agriculture locale et raisonnée peut être économiquement viable et souhaitable. « L’ambition serait d’inspirer une nouvelle génération de maraîchers à faire la même chose. »

Depuis sa création, elle accueille des alternants du Lycée agricole. De futurs maraîchers viennent trois jours par semaine à Eicherfeld. « Ce volet pédagogique est aussi important pour nous », souligne le cofondateur. TERRA s’est également forgé une réputation internationale : elle reçoit régulièrement, pour quelques mois, des stagiaires de La Réunion, de Tahiti ou d’autres territoires de l’Union européenne.

Au Luxembourg, six ou sept structures similaires ont été créées depuis le lancement de TERRA. « Dans l’ensemble, je dirais que près de 50% des alternants ou stagiaires qui sont venus ici sont actifs dans le domaine. »

TERRA n’a pas fini d’inspirer, dans la filière, comme dans les assiettes.

Marie-Astrid Heyde
Photos : © Picto / Fanny Krackenberger

Extrait du dossier du mois « Principes actifs »

Publi-reportage
Publié le vendredi 29 mai 2026
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