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Le printemps 2018 s’annonce silencieux dans les campagnes françaises

Green Planet

Publié le
mardi 27 mars 2018 à 04:00

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Les résultats de deux études de suivi des oiseaux portées par le Muséum national d’Histoire naturelle et le CNRS, l’une menée à une échelle nationale, l’autre plus localement, arrivent au même constat : les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en 15 ans. Au vu de l’accélération des pertes ces deux dernières années, cette tendance est loin de s’infléchir…

Grâce à des ornithologues amateurs et professionnels qui identifient et comptent les oiseaux sur tout le territoire métropolitain, le STOC (Suivi temporel des oiseaux communs, un programme de sciences participatives porté par le Muséum national d’Histoire naturelle au sein du CESCO(1)), produit des indicateurs annuels (voir les derniers résultats STOC publiés) sur l’abondance des espèces dans différents habitats (forêt, ville, campagne etc.). Les relevés effectués en milieu rural mettent en évidence une diminution des populations d’oiseaux vivant en milieu agricole depuis les années 1990. Les espèces spécialistes de ces milieux, comme l’alouette des champs, la fauvette grisette ou le bruant ortolan, ont perdu en moyenne un individu sur trois en quinze ans. Et les chiffres montrent que ce déclin s’est encore intensifié en 2016 et 2017.

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© DR Indicateurs STOC 2017

Ces résultats nationaux sont confirmés par une seconde étude menée à une échelle locale sur la Zone atelier « Plaine & Val de Sèvre » portée par le CNRS(2). Depuis 1995, des chercheurs du CEBC(3) suivent chaque année, dans les Deux-Sèvres, 160 zones de 10 hectares d’une plaine céréalière typique des territoires agricoles français. En 23 ans, toutes les espèces d’oiseaux de plaine ont vu leurs populations fondre : l’alouette perd plus d’un individu sur trois (-35 %)(4) ; avec huit individus disparus sur dix, les perdrix sont presque décimées. Ce déclin frappe toutes les espèces d’oiseaux en milieu agricole, aussi bien les espèces dites spécialistes - fréquentant prioritairement ce milieu -, que les espèces dites généralistes - retrouvées dans tous les types d’habitats, agricoles ou non. Or d’après le STOC, les espèces généralistes ne déclinent pas à l’échelle nationale ; la diminution constatée est donc propre au milieu agricole, sans doute en lien avec l’effondrement des insectes.

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© DR Résultats CNRS sur de la Zone atelier « Plaine et Val de Sèvre »

Cette disparition massive observée à différentes échelles est concomitante à l’intensification des pratiques agricoles ces 25 dernières années, plus particulièrement depuis 2008-2009. Une période qui correspond entre autres à la fin des jachères imposées par la politique agricole commune, à la flambée des cours du blé, à la reprise du sur-amendement au nitrate permettant d’avoir du blé sur-protéiné et à la généralisation des néonicotinoïdes, insecticides neurotoxiques très persistants.

Ces deux études, menées toutes deux sur une vingtaine d’années et à des échelles spatiales différentes, révèlent l’ampleur du phénomène : le déclin des oiseaux en milieu agricole s’accélère et atteint un niveau proche de la catastrophe écologique. En 2018, de nombreuses régions de plaines céréalières pourraient connaître un printemps silencieux (« Silent spring ») annoncé par l’écologue américaine Rachel Carson il y a 55 ans à propos du tristement célèbre DDT interdit en France depuis plus de 45 ans. Si cette situation n’est pas encore irréversible, il devient urgent de travailler avec tous les acteurs du monde agricole pour accélérer les changements de pratiques ; et d’abord avec les agriculteurs qui possèdent aujourd’hui les clés pour infléchir la tendance.

Notes :
(1) Centre des sciences de la conservation (Cesco – MNHN/CNRS/SU)
(2) Publication sur le suivi à long terme sur la Zone atelier (Bretagnolle et al., STOTEN 2018, consulter le site web
(3) Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS/Université de La Rochelle),
(4) Local improvement of skylark and corn bunting population trends on intensive arable landscape : a case study of the conservation tool Natura 2000. S. Brodier, S. Augiron, T. Cornulier, V. Bretagnolle. Animal Conservation. 2014, 17, 204-216, consulter le site web

Communiqué par le CNRS

Publié le
mardi 27 mars 2018


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