Le pouvoir des algues dans votre habitat

Le pouvoir des algues dans votre habitat

Façades bioréactives à Hambourg, bitume végétal testé en France, isolation héritée du Danemark ou bioplastiques : architectes, chercheurs et designers explorent depuis une dizaine d’années le potentiel des algues. Grand puits de carbone, cette ressource pourrait aider à se passer des énergies fossiles et à réduire l’impact des bâtiments.

Rouges, vertes, phosphorescentes, comestibles et dépolluantes, les algues permettent d’imaginer des solutions innovantes pour sortir des énergies fossiles, assurer l’alimentation des humains, repenser notre habitat... « Prenez vos leçons dans la nature, c’est là qu’est notre futur... », écrivait déjà Léonard de Vinci au XVIe siècle ! Alors inspirons-nous du vivant pour mettre au point des systèmes productifs et technologiques performants...

Les algues nourrissent une faune marine et terrestre. Décomposées, elles permettent l'installation de la végétation des hauts de plage qui, à leur tour, fixent les dunes tout en limitant l'érosion marine.
Les algues nourrissent une faune marine et terrestre. Décomposées, elles permettent l’installation de la végétation des hauts de plage qui, à leur tour, fixent les dunes tout en limitant l’érosion marine.

Le meilleur est dans la nature !

Les algues, le plus grand puits de carbone du globe

Présentes toute l’année dans les profondeurs marines, les algues se développent en milieu aquatique, en eau douce ou marine pour s’échouer en quantité abondante sur les plages, entre l’hiver et le printemps. C’est en absorbant les rayons lumineux qui pénètrent dans l’eau, qu’elles réalisent leur photosynthèse, transformant le dioxyde de carbone contenu dans l’air en oxygène. LA solution contre les gaz à effet de serre !

Traité trop souvent comme un déchet solide, cet organisme naturel, aisément transformable, offre pourtant un potentiel architectural incomparable. Et bien plus encore...

L’algoculture pour dépolluer l’air de nos villes

Comment les algues peuvent-elles contribuer à assainir la ville de demain ? Dix fois plus efficaces que les plantes terrestres, algues et plancton assimilent jusqu’à 85% du CO2 absorbé par les océans, soit 50% du total terrestre. Architectes, urbanistes, ingénieurs et scientifiques expérimentent le processus de photosynthèse de cet organisme vivant pour mettre en place des solutions alternatives.

Anouk Legendre, cofondatrice du cabinet français XTU Architects, explique que « dans deux générations, on ne pourra plus fabriquer de béton » alors cultiver des micro-algues sur les murs pourraient réduire les déperditions thermiques des bâtiments en hiver et éviter la surchauffe en été en jouant le rôle de pare-soleil.

De leur côté, les chercheurs français du CNRS de l’Université de Nantes étudient, depuis 2015 avec Algo Source, la possibilité de remplacer le goudron de nos réseaux routiers[*] par un bitume végétal composé de micro-algues. Une manière de se libérer des énergies fossiles ? Certainement, puisque l’IFSTTAR[**] mène toute une batterie de tests dans des conditions réelles pour rendre nos villes plus « durables ».

Dans un avenir proche, la ville pourrait progressivement répondre à ses propres besoins en ressources énergétiques mais aussi en nourriture grâce aux façades et surfaces de ses constructions entièrement recouvertes d’algues.

La maison aux algues pour fabriquer et stocker sa propre chaleur

Dans le quartier Wilhelmsbourg à Hambourg, on entend comme une espèce de gargouillis. N’ayez crainte, approchez-vous et écoutez : depuis 2013, la Algenhaus ou maison aux algues respire, voire digère grâce à un bioréacteur aux algues intégré à la façade. Surprenant ? Et pourtant bien réel puisque le système alimente en chaleur les quinze appartements du bâtiment, conçu par le cabinet allemand Splittewerk et la société d’ingénierie Arup.

Les 129 panneaux en verre de cette construction, remplis d’eau et des nutriments nécessaires à la survie des chlorelles[***], filtrent l’air et produisent de l’électricité. Des éoliennes en façade, des toits-jardins et d’autres murs végétaux viennent compléter le tout, réduisant ainsi les factures énergétiques des habitants.

Les algues, un isolant naturel

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’île de Læsø au Danemark comptait 250 maisons et fermes entièrement couvertes d’algues[****]. Les pêcheurs utilisaient cette ressource naturelle non seulement pour répondre à la faible quantité de bois présente sur l’île mais surtout parce que, appliquées entre les chevrons de toits et contre les murs intérieurs, les fibres de la plante agissent comme un tampon qui absorbe la vapeur d’eau et la relâche.

Abandonné puis revisité, ce savoir-faire ancestral connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. Les architectes l’utilisent pour ses qualités particulièrement écologiques. En alliant algues et ossature en bois, ce mode de construction aux performances thermiques et acoustiques exceptionnelles, présente une empreinte carbone négative et, une fois encore, réduit considérablement les dépenses énergétiques des résidents.

Impérissables, ininflammables et imputrescibles, les algues montrent des performances isolantes 20% supérieures à celles du bois, lui-même huit fois plus efficace que le béton.

Remplacer le plastique jetable

Potentiellement dangereuse pour les baigneurs et la biodiversité, une algue verte invasive étouffe nos belles plages un peu partout sur la planète. Chercheurs et designers, d’ici ou d’ailleurs, expérimentent ses propriétés physiques. Séchée, broyée, transformée en poudre puis en granules, on obtient alors une nouvelle matière appelée bioplastique qui sert les nombreux usages de notre vie quotidienne, comme nos emballages, notre mobilier, notre vaisselle et même le textile de nos vêtements… stylés de manière « incroy’algue » !

Lancée à titre expérimental en 2013, la production de plastiques d’algues est aujourd’hui passée au niveau industriel. Ce type de matériau d’un nouveau genre présente l’avantage d’économiser nos ressources en eau et de ne pas empiéter sur les terres arables, contrairement aux bioplastiques conçus à partir de glucose de canne à sucre ou de pulpe de betterave.

Source et photos : Blog OPHRYS ®
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[*] produit entièrement dépendant du pétrole
[**] IFSTTAR - institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux
[***] type d’algues originaire de la région de Hambourg choisi pour le projet
[****] aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une vingtaine

Contribution partenaire in4green
Publié le vendredi 25 septembre 2026
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