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Le poids des senteurs

Santé-Environnement

Publié le
mercredi 4 mai 2022 à 04:00

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La pollution olfactive n’est pas neutre. Mais que sent-on au juste ?

La sagesse populaire nous a appris que l’argent n’a pas d’odeur. Mais il y a pourtant des choses qui nous chatouillent les narines, pas nécessairement de façon agréable. Est-ce nocif pour autant ?

On sait que l’hydrogène sulfuré, un gaz toxique s’il en est, pue l’œuf pourri. L’essence, le gasoil ou le macadam bien chaud, ça se sent que c’est eux… Si vous allez au pressing et que ça sent l’éther, c’est probablement à cause du perchloroéthylène, utilisé comme solvant pour dégraisser l’article à « nettoyer à sec » - ce PCE est déjà remplacé par des alternatives… pas moins agressives à long terme pour qui les respire à foison mais moins repérables pour qui passe de temps en temps.

Cependant, si, tels les pieds sur le sofa vespéral, des odeurs trahissent et dérangent, cela reste souvent question de subjectivité, de perception, voire de sensibilité. Si vous n’aimez pas le chou, vous souffrirez à proximité d’une usine fabriquant la pâte à papier. On est dans la pollution olfactive ce qui ne nous met pas nécessairement dans la nocivité avérée.

La tradition peut aussi jouer des tours. Nos grands-mères n’ont-elles pas transmis la javel comme un désinfectant miracle, laissant croire que si ça sent la javel, ça sent le propre ; alors que, en fait, il est franchement conseillé d’éviter le contact avec l’eau chlorée, la réaction dégageant des gaz irritants et toxiques pour les voies respiratoires et les yeux. Et puis, d’ailleurs, la propreté n’a pas d’odeur…

Pas facile de sentir le danger

Certaines substances peuvent ne devenir gênantes qu’à concentration élevée, à l’image du 1-p-Menthene-8-thiol, qui donne son odeur au pamplemousse.

Pire, un peu comme les champignons dont quelques affreux sont comestibles tandis que des séduisants peuvent être mortels, il y a des produits redoutablement dangereux qui sentent bon. Les adeptes des vieux romans ont appris que le cyanure d’hydrogène sent l’amande. D’autres ignorent que le benzène, gaz cancérigène, fait planer une fragrance sucrée.
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Dans cet inventaire qui ne sent pas le pré vert, il y a aussi les neutres redoutables, comme les gaz domestiques, monoxyde de carbone, méthane ou radon, qui sont inodores, ce qui les rend d’autant plus dangereux !

On peut encore citer d’autres contre-exemples. Avec la lavande, sent-on la Provence ? L’odeur du bon pain fraîchement sorti du four, quand on passe devant le rayon boulangerie, n’est-ce pas une diffusion de parfum synthétique sauce chimie et marketing, pour encourager à l’achat ? Ce parfum agréable dans l’air de votre bureau est-il un simple masqueur d’odeurs corporelles, le signe d’une parfaite hygiène ambiante, le marqueur d’une sensation d’agréable environnement pour le visiteur ; et, si oui, cette expérience olfactive est-elle due à de rafraîchissantes et inoffensives huiles essentielles ou à de subtils mélanges potentiellement rémanents ?

Préoccupation environnementale

Si les odeurs ne posent normalement pas de problèmes de santé graves, elles peuvent servir de signal d’alarme pour des problèmes environnementaux ou sanitaires plus sérieux, potentiellement dangereux pour la santé des êtres vivants… Des études européennes ont montré que la pollution olfactive est la 2e cause de « préoccupation environnementale » des citoyens, après le bruit. Cela représente en moyenne plus de 30% des plaintes.
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Ainsi, l’Université de Barcelone et Science for Change ont lancé le projet D-NOSES (Distributed Network for Odour Sensing, Empowerment and Sustainability) qui invite les citoyens à collecter, via une app mobile (Odour Collect), des « preuves » de sources de pollution olfactive. L’idée est d’aller plus loin que les « nez électroniques » et autres capteurs d’air ambiants. Il s’agit plutôt de constituer une base de données, voire un observatoire international des odeurs, pour analyser les concentrations problématiques et les accumulations de gêne. Afin de mieux aider le législateur le cas échéant...

Alain Ducat
Article paru dans le dossier du mois « Pollutions ? Solutions ! »

Publié le
mercredi 4 mai 2022


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