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« Le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit »
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« Le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit »

Architecture & construction

Publié le
mercredi 18 janvier 2023 à 04:30

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Créée en 1994, la société ECOTEC Sàrl est spécialisée dans le triage et le pré-traitement des déchets résultant de divers secteurs d’activité. ECOTEC contribue grandement à l’augmentation du taux de valorisation et de recyclage des déchets, et donc de la préservation des ressources.

Si le Luxembourg est un bon élève en termes de traitement des déchets et de recyclage des matières premières secondaires, il y a encore beaucoup d’efforts à réaliser pour que les ressources puissent être économisées et préservées de l’activité humaine. Il faut déjà mettre l’accent sur l’aspect recyclable et réutilisable des objets, plus modernement appelé « durabilité et circularité ».

Mais au fait, est-ce que tout peut être recyclé ? « Tout dépend du matériau initialement utilisé », explique David Bousrez, CEO d’ECOTEC. « Pour être recyclable, il faut déjà qu’il soit « propre » et composé d’une seule matière. Je prends l’exemple du polystyrène expansé appartenant à la famille des plastiques, plus connu sous la dénomination « Styropor® ». S’ils sont composés de plusieurs couches de matières différentes lors de leur mise en œuvre par exemple sur les façades en tant qu’isolant, il sera quasiment impossible de le recycler. Les personnes qui veulent faire un geste pour l’environnement doivent donc être vigilants sur leurs choix de matériaux et surtout, veiller à la façon dont ils seront utilisés. »
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Un effort collectif. Les politiques agissent déjà bien en faveur de l’environnement en offrant des primes plus élevées pour l’utilisation de matériaux plus écologiques, par exemple lors de l’utilisation d’isolant dans la construction d’habitations. Cela dit, il faudrait aller plus loin comme par exemple, mettre un système qui permettrait de promouvoir l’éco conception, en taxant plus fortement les produits qui ont un taux de recyclabilité bas ou quasi nul. Fameux défi mais réalisable à mon sens.

David Bousrez est conscient qu’il y aura toujours des déchets. « Je peux citer une phrase qui revient assez souvent et qui est très juste “le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit”. À mon sens, il est primordial d’accentuer la sensibilisation sur la surconsommation et le gaspillage de nos ressources. En résumé, simplement en consommant moins et surtout mieux (matériaux en seconde main ou recyclables). Pourquoi doit-on changer de téléphone dès la sortie d’un nouveau modèle ? C ’est vraiment une question sociétale. »
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Et le gouvernement ? Le Luxembourg est un pays exemplaire en Europe, qui est fortement engagé dans la gestion durable des déchets depuis de nombreuses années. Depuis peu, une directive européenne concernant la gestion des déchets vient d’être transposée et par conséquent, un ensemble de cinq lois ont été promulguées en juin dernier. Il sera intéressant de suivre leur application sur le terrain ainsi que leur impact dans les différents secteurs d’activité car certains paragraphes sont discutables et ils manquent encore des clarifications sur l’applicabilité de quelques dispositions spécifiques.

Et la durabilité dans le secteur de la construction dans tout cela ?

Cela commence dès le départ d’un projet. Il est intéressant de citer la réflexion de l’architecte danoise, Dorte Mandrup, qui résume très bien la situation : « l’architecture durable, ce n’est pas qu’utiliser du bois ou des matériaux recyclables mais de travailler scientifiquement sur un projet afin de baisser au maximum l’empreinte carbone de celui-ci ».

Concernant l’empreinte carbone, j’aimerai ouvrir une petite parenthèse par rapport au secteur de la construction qui est l’activité la plus génératrice de déchets, +/- 9 millions de tonnes en 2020, dont plus de 80% concernent des déchets inertes. Dans ces déchets on distingue les briquaillons, les bétons, les pierres etc., et les terres d’excavation. Ces dernières devront être transportées vers des décharges. Néanmoins, ils nous en manquent cruellement en nombre et celles disponibles arrivent à saturation ! Par conséquent, les flux de ces camions entre le nord et le sud du pays sont incessants, engendrant avant la phase de construction, un bilan carbone déplorable. Il est urgent d’en ouvrir d’autres localement.

Ensuite, pour la préservation des ressources, il est important de mettre l’accent sur des matériaux durables qui sont réutilisables ou au pire recyclables en fin de vie. Cela demanderait beaucoup de ressources en R&D dans le domaine de l’ingénierie des matériaux, de même que de l’adoption des architectes à l’utilisation d’éléments de construction standardisés. Les futurs projets d’envergure évolueront de plus en plus dans ce sens. Néanmoins, aux vues de l’explosion du coût des matières premières (bois, métaux, plastiques, béton, etc.), de surcroît des énergies, je pense qu’une dynamique nouvelle dans ce sens est en train de s’enclencher !

Maintenant tout cela aura un coût et qui sera répercuté à un moment donné sur le prix final d’une habitation ou d’un bâtiment. Si je prends le cas du Luxembourg, il y a un nombre de facteurs qui rentrent en compte : le terrain, le prix de l’immobilier qui ne cesse de monter, les intérêts bancaires, et donc, ces fameux matériaux… Il existe des pistes intéressantes comme c’est le cas pour l’entreprise Oikos-concept, qui démontre qu’il est possible de construire durablement, différemment, tout en proposant des bâtiments modulaires et architecturés.

Cela dit, pour ce qui est actuellement du principe de déconstruction sélective, c’est une autre paire de manches. Je tiens à préciser qu’au sein de l’entreprise Ecotec, nous réceptionnons des déchets divers provenant principalement du secteur de la construction. J’ai pu constater, ces dernières années, un changement d’habitude de nos clients quant à la qualité des déchets acceptés au sein de notre centre de tri. Par le passé on pouvait encore recevoir des matériaux encore emballés, et ce n’est plus le cas aujourd’hui. En fait, si je devais faire un bilan d’une réutilisation possible ou d’une remise sur le marché de ce que nous acceptons, le pourcentage diminuerait d’année en année.

La raison ?

Il est possible que sur des chantiers de démolition et de déconstruction, les bons matériaux/déchets soient récupérés pour être réutilisés et que les entreprises de construction gaspillent de moins en moins lors de l’utilisation des matériaux de construction. Mais malheureusement nous n’avons pas de statistiques concernant cette constatation empirique.

Un autre point qu’il faut aborder concernant la déconstruction sélective est qu’il est important de bien délimiter la frontière entre le déchet et le produit, car la fin du statut de déchet dans ce domaine n’est pas claire. Il est important de préciser que sous le statut « déchet », il existe une traçabilité allant de la production jusqu’au traitement final, ce qui n’est pas le cas des produits.

Le rôle d’ECOTEC est de préparer la matière pour aller vers le recyclage. Ce n’est pas toujours évident, surtout quand on voit la façon dont les nouvelles habitations sont isolées. je suis assez perplexe quand on devra traiter, dans les années à venir, les matériaux des maisons high-tech actuelles. Pris de manière isolée, on peut encore réaffecter le béton, le bois ou certains isolants, mais quand tout est collé ensemble, c’est une autre histoire.
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Finalement, l’avantage du Grand- Duché est que les gens sont bien impliqués dans le processus de tri. Depuis notre plus jeune âge, nous avons l’habitude de trier nos déchets à l’aide de différentes types de poubelles (Carton/papier, verre creux, déchets organiques, déchets résiduels) munies de puces pour l’identification du producteur, ainsi que de la collecte des sacs Valorlux pour les emballages. Le principe du pollueur / payeur est appliqué depuis longtemps et c’est une bonne chose. De même que nos enfants sont sensibilisés au tri des déchets et au gaspillage dans les écoles. Pour moi, le Luxembourg est un excellent élève européen et il est important de le rappeler !
Malgré tout, il faut tout de même savoir qu’une grosse partie des déchets à recycler est envoyée à l’étranger et que nous dépendons fortement dans ce cas-là, d’un marché globalisé. En gros, nous regroupons, préparons et densifions les déchets transformés en matières premières secondaires pour les envoyer dans la Grande Région. »

En conclusion, si nous éduquons et sensibilisons dès le plus jeune âge, tout en évitant de tomber dans la dérive du « greenwashing », le monde évoluera de manière bien plus durablement.

Ecotec
Extrait du dossier du mois « Bâtir d’autres modèles »

Publié le
mercredi 18 janvier 2023


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