
Le Luxembourg mise sur l’éducation durable avec les BNE Days
Du 16 au 20 mars 2026, le Luxembourg a accueilli les « BNE Days », une semaine nationale dédiée à l’éducation au développement durable. Ce jeudi 19 mars, le « BNE Networking » a rassemblé des dizaines d’acteurs engagés, illustrant une transition qui se construit concrètement, sur le terrain, au contact des jeunes.
En 2026, le Luxembourg franchit une nouvelle étape dans la promotion de l’éducation au développement durable. Pour la première fois, la traditionnelle « Foire BNE » s’inscrit dans une semaine complète d’initiatives, marquant la naissance officielle des « BNE Days ». Un rendez-vous national dédié à la sensibilisation, à l’engagement et à la coopération, porté par plusieurs ministères et un large réseau d’acteurs éducatifs, associatifs et institutionnels.
Déclinée en trois axes — « Youth », « Networking » et « Training » — cette dynamique vise à ancrer durablement les enjeux climatiques, sociaux et économiques dans les parcours éducatifs. Mais au-delà des intentions, c’est bien sur le terrain que la transition prend forme. Et c’est précisément ce que donnait à voir le « BNE Networking », organisé le 19 mars au Forum Geesseknäppchen.
Des stands pour rendre la durabilité concrète
Dans les allées, plus de 75 stands proposaient une immersion dans des approches pédagogiques variées. ONG, associations, institutions… Tous partageaient le même objectif de donner aux jeunes les clés pour comprendre et agir.
Sur le stand d’Îles de Paix Luxembourg, Noémie Grandjean et Florence Lagravère insistent sur cette volonté de passer de la sensibilisation à l’action. « Notre public cible, ce sont surtout les jeunes. On est là pour montrer les outils qu’on peut développer avec eux, mais aussi pour créer des liens avec d’autres acteurs », expliquent-elles.
L’événement joue ici pleinement son rôle de catalyseur.
« C’est à la fois l’occasion de présenter ce qu’on fait et de s’inspirer des autres. On réfléchit déjà à des projets co-construits avec des enseignants, sur le long terme, où les jeunes passent à l’action concrètement. »
Noémie Grandjean, Îles de Paix Luxembourg
Ces projets peuvent prendre des formes très diverses : création de fresques, élaboration de livres de recettes locales, initiatives au sein des écoles… « L’idée, c’est qu’après les ateliers, les jeunes se demandent ce qu’ils peuvent faire concrètement ? Même à petite échelle. »
Créer le déclic chez les jeunes
À quelques mètres de là, l’association « Seniors for Climate Luxembourg » adopte une approche différente, basée sur le témoignage et la mémoire.
« On veut montrer aux jeunes que le climat qu’ils connaissent aujourd’hui n’est pas celui qu’on a connu », explique Sophie Bsarani. Photos à l’appui, les réactions ne se font pas attendre. « Quand ils voient certaines images de paysages enneigés par exemple, ils pensent que ça vient du Canada. Et quand on leur dit que c’était au Luxembourg il y a 20 ou 25 ans, ça crée un choc. »
Mais l’objectif va au-delà de la prise de conscience.
« Les jeunes sont déjà informés. Ce qu’on veut, c’est réveiller l’engagement. Il y a beaucoup de fatalisme aujourd’hui. Nous, on leur dit : ’allez-y, ne laissez pas passer ça’. »
Sophie Bsarani, Seniors for Climate Luxembourg
Un discours qui résonne particulièrement dans un contexte où l’urgence climatique est largement intégrée, mais où le passage à l’action reste un défi.
Réconcilier les jeunes avec la nature
Sur le stand d’UNature, Raymond Schadeck pointe un autre enjeu : la déconnexion croissante entre les jeunes et leur environnement.
« On apporte la dimension scientifique dans ces programmes, mais surtout, on essaie de recréer du lien avec la nature », explique-t-il.
« Un simple bourgeon suffit parfois à révéler cette rupture. Beaucoup de jeunes ne savent plus ce que c’est, ni comment poussent les arbres. »
Raymond Schadeck, UNature
Une expérience menée en classe est encore plus frappant. « Quand on demande si l’être humain fait partie de la nature, 82 % répondent ’non’. » Un constat révélateur et qui laisse songeur. « Les jeunes reçoivent surtout des messages négatifs, qui opposent l’humain à la nature. Ça, il faut le changer. »
Des gestes simples aux changements durables
Du côté de la SuperDrecksKëscht®, l’approche passe par des actions concrètes du quotidien, à commencer par le tri des déchets.
« On travaille beaucoup avec les écoles et les lycées sur le recyclage, les ressources naturelles et le développement durable », explique Gioia De Cillia de la SDK Academy. L’objectif est d’ancrer les bons réflexes dès le plus jeune âge. « On essaie que ça devienne normal. Même les enfants en préscolaire participent, avec des outils simples comme des stickers pour apprendre à trier à la maison. »
Mais avant le recyclage, une étape clé reste souvent négligée.
« Le plus important, c’est le tri. Si on ne trie pas correctement, le recyclage ne fonctionne pas. »
Natacha Dell, SDK Academy
Un message qui dépasse les enfants eux-mêmes. « Les jeunes peuvent aussi sensibiliser leurs parents. »
Une ambition politique et collective
Si les stands illustrent la réalité du terrain, les responsables politiques rappellent l’importance d’un cadre structurant. Les ministres Xavier Bettel, Claude Meisch et Serge Wilmes sont allés à la rencontre des nombreux exposants pour échanger et partager des expériences.
« Nous rassemblons aujourd’hui des acteurs très divers, avec des offres concrètes pour les écoles, afin de sensibiliser les jeunes et les mettre en action », souligne Claude Meisch, ministre de l’Éducation nationale. Pour lui, l’enjeu est clair. Il faut dépasser la théorie. « L’école doit permettre de comprendre le monde, mais aussi de s’approprier concrètement ces sujets, à travers des projets et des partenariats. »
Même constat du côté de Serge Wilmes, ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité. « L’éducation au développement durable est un levier essentiel. Il faut traduire ces grandes ambitions en actions concrètes et atteignables. » Dans cette dynamique, le networking joue un rôle clé. « C’est en échangeant que l’on fait émerger des solutions. »
Xavier Bettel, ministre de la Coopération et de l’Action humanitaire, insiste quant à lui sur un autre défi : l’esprit critique. « Les jeunes sont confrontés à une énorme quantité d’informations. Il est essentiel qu’ils puissent analyser, questionner et ne pas tout accepter sans recul. »
Au croisement des politiques publiques et des initiatives de terrain, les « BNE Days » dessinent ainsi une approche résolument collective de la transition. Une dynamique où l’éducation ne se limite pas à transmettre des connaissances, mais vise à former des citoyens capables d’agir.
Sébastien Yernaux
Photos : © Picto / © MAE / © MENJE / © MECB





