
Le Luxembourg investit 320 millions pour le climat et la biodiversité
Le ministre Serge Wilmes a présenté, ce mardi 16 juin, la Stratégie nationale du financement climatique international 2026-2030. Dotée de 320 millions d’euros, elle mise sur une approche intégrée, des partenariats ciblés et des mécanismes financiers innovants pour agir là où les besoins sont les plus urgents.
Le Luxembourg disposait depuis 2014 d’une stratégie de financement climatique international. Mais douze ans plus tard, un constat s’impose : les projets ont donné des résultats et les partenariats ont tenu. Et pourtant, l’impact global restait difficile à mesurer à cause d’une couverture géographique trop large et d’indicateurs trop dispersés. C’est sur la base d’une évaluation externe confiée à l’institut néerlandais Trinomics que le ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité (MECB) - Serge Wilmes - a présenté la nouvelle stratégie pour la période 2026-2030, assortie d’une enveloppe de 320 millions d’euros. Une augmentation de 100 millions d’euros par rapport au cycle précédent.
« Face à l’accélération des impacts climatiques et à la perte de biodiversité, le Luxembourg renforce son engagement en faveur d’une action climatique internationale ambitieuse, inclusive et fondée sur l’impact. »
Serge Wilmes, ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité
Le climat au centre de tout
La nouvelle stratégie repose sur ce que le Ministre appelle le « Climate Nexus ». Il s’agit d’une approche systémique qui place le changement climatique au cœur d’un réseau de domaines interdépendants comme la biodiversité, la sécurité alimentaire, la gouvernance et le développement économique.
Serge Wilmes : « Tout est lié. Quand on investit dans les énergies renouvelables, on contribue à l’indépendance énergétique de pays qui dépendent encore fortement d’importations. Cela renforce leur sécurité et réduit les émissions. La même logique vaut pour l’agriculture durable, la protection des forêts ou la restauration des zones côtières. »
Cette vision se décline en trois piliers thématiques. Le premier concerne les communautés. Il vise à renforcer la résilience et les capacités d’adaptation des populations les plus exposées aux effets du dérèglement climatique. Le deuxième porte sur les écosystèmes terrestres et marins. Il intègre leur conservation, leur restauration, leur gestion durable, en cohérence avec le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal. Le troisième pilier est consacré au financement innovant qui souhaite développer les instruments capables de mobiliser des volumes d’investissement bien au-delà des seuls fonds publics.
Thomas Schoos, coordinateur Affaires générales et internationales au ministère de l’Environnement, précise la philosophie qui sous-tend cette architecture : « Nous sommes très méthodiques, fondés sur les preuves et la science ».
« La transition est parfois frustrante, mais elle est en marche, et nous ne voulons pas qu’elle s’arrête. »
Thomas Schoos, coordinateur Affaires générales et internationales au MECB
Des projets concrets, un effet multiplicateur prouvé
La stratégie s’appuie sur un bilan documenté. Entre 2021 et 2025, le Luxembourg a financé plus de 90 projets dans des pays vulnérables, avec une répartition géographique privilégiant l’Afrique (35 %), l’Asie-Pacifique (31 %) et l’Amérique latine (20 %). Près de 60 % des projets relevaient de l’adaptation au changement climatique, 41 % de l’atténuation des émissions.
Parmi les réalisations emblématiques figure le projet Vanishing Treasures, conduit avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (UNEP). Il s’agit d’une initiative de protection de trois espèces montagnardes menacées — tigre au Bhoutan, gorille des montagnes en Ouganda et au Rwanda, léopard des neiges au Tadjikistan — combinée à un appui aux communautés locales pour développer des sources de revenus alternatives. « C’est un exemple de l’approche Nexus », souligne Thomas Schoos.
« Le changement climatique aggrave les conflits entre l’homme et la faune sauvage. En protégeant les animaux, on aide aussi les populations. »
Thomas Schoos, coordinateur Affaires générales et internationales au MECB
Le partenariat avec l’ONG Friendship au Bangladesh est une autre illustration concrète. Elle a été lancée en 2018 pour renforcer la résilience climatique du pays face à l’intensification des inondations, des cyclones et de l’érosion côtière. Des mangroves ont été replantées pour réhabiliter 218 hectares à ce jour. Une surface qui correspond à plus de 660.000 arbres, dont 300.000 grâce au soutien direct du ministère de l’Environnement. Ces écosystèmes ont déjà permis d’absorber environ 15.000 tonnes de CO₂ tout en offrant des ressources durables aux communautés locales.
Le troisième exemple, peut-être le plus éloquent en termes d’effet de levier, est la Luxembourg-EIB Climate Finance Platform, créée en 2017 avec la Banque européenne d’investissement. En finançant les premières tranches à risque des investissements, le Luxembourg a contribué à générer un effet multiplicateur de 353 fois sa mise initiale. Plus concrètement, un investissement public de 55 millions d’euros a entraîné un engagement de 370 millions de la BEI, pour un total de près de 19,4 milliards d’euros d’investissements privés mobilisés dans plus de 50 pays. « C’est un exemple emblématique de la manière dont le capital public peut attirer le privé », a affirmé Serge Wilmes.
320 millions et un cap maintenu
L’enveloppe 2026-2030 a été arrêtée avant même la COP29 de Bakou en novembre 2024, dans un contexte international que le Ministre qualifie lui-même de difficile. Le retrait américain de l’Accord de Paris sous Donald Trump et les pressions budgétaires liées à l’effort de défense de l’OTAN compliquent la mobilisation collective.
« Si nous devons faire nos devoirs chez nous, nous devons aussi aider le reste du monde à faire les siens. Le climat est un phénomène global, qui ne connaît pas de frontières. »
Serge Wilmes, ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité
Le principe d’additionnalité est pleinement respecté. Les 320 millions ne sont pas comptabilisés dans le budget de la coopération au développement, qui reste fixé à 1 % du revenu national brut. Il s’agit bien de ressources supplémentaires, conformes aux exigences de l’Accord de Paris.
Pour rendre l’impact mesurable (une des lacunes identifiées par Trinomics), la nouvelle stratégie introduit dix indicateurs-clés de performance communs à l’ensemble des projets, complétés par un suivi financier continu et un suivi de l’engagement stratégique. Six zones géographiques prioritaires ont été définies : les Balkans, l’Afrique de l’Ouest, la Grande Vallée du Rift, l’Asie du Sud-Est, le Pacifique et l’Amérique latine. Six coordinateurs seront déployés via LuxDev dans chacune de ces régions.
Parmi les nouveaux engagements phares de la période 2026-2030 figure également le Tropical Forest Forever Facility, un mécanisme international visant à rémunérer les pays qui préservent leurs forêts tropicales plutôt que de les abattre. Le Luxembourg y contribuera à hauteur de 50 millions d’euros et hébergera son bras d’investissement sur sa place financière.
Sébastien Yernaux
Photos : © MECB





















