Le Luxembourg accueille le fonds mondial de protection des forêts

Le Luxembourg accueille le fonds mondial de protection des forêts

Les 3, 4 et 5 juin 2026, le Grand-Duché organisait la première édition des International Climate Finance Days. En point d’orgue, l’annonce qu’il hébergera le bras financier du Tropical Forest Forever Facility, un mécanisme inédit pour valoriser économiquement les forêts tropicales. Serge Wilmes et Gilles Roth sont revenus sur ce moment charnière.

Trois jours de sessions, de réunions bilatérales et d’échanges entre délégations venues des quatre coins du monde. Les premiers Luxembourg International Climate Finance Days (ICF Days) se sont conclus le 5 juin 2026 sur une annonce que peu anticipaient dans cette forme : le Luxembourg accueillera le Fonds d’investissement pour les forêts tropicales (TFIF), le bras financier du Tropical Forest Forever Facility (TFFF). Une décision prise par le comité de transition de l’initiative — coprésidé par le Brésil et la Norvège — et rendue publique en présence du ministre brésilien des Affaires étrangères Mauro Vieira, du ministre luxembourgeois des Finances Gilles Roth, du ministre de l’Environnement Serge Wilmes et du secrétaire d’État norvégien Kristoffer André Hansen.

L’événement lui-même constitue une première. Pensé comme une plateforme de dialogue entre gouvernements, institutions financières internationales et secteur privé, il a réuni plus de 80 intervenants, 40 délégations et quelque 1.400 participants sur trois jours. « Ces journées ont permis de réunir des leaders mondiaux et de produire des résultats concrets », résume Serge Wilmes, qui a personnellement conduit une quinzaine de réunions bilatérales avec des partenaires autrichiens, belges, lituaniens, vietnamiens, ainsi qu’avec le Green Climate Fund, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et Conservation International.

Un mécanisme conçu pour corriger une défaillance de marché

Le TFFF part d’un constat simple, formulé par Mauro Vieira lors de la session de clôture. « Les forêts sur pied restent profondément sous-évaluées sur le plan économique. Si nous voulons vraiment mettre fin à la déforestation, nous devons corriger cette défaillance du marché. Les forêts doivent avoir plus de valeur sur pied que lorsqu’elles sont abattues. »

Concrètement, le mécanisme fonctionne comme un fonds de dotation : des États et des investisseurs privés y placent des capitaux, qui sont ensuite investis sur les marchés financiers. Les rendements générés — et non le capital lui-même — servent à rémunérer annuellement les pays qui prouvent qu’ils ont préservé leurs forêts. Plus un pays conserve de forêt, plus il reçoit. S’il dépasse un taux de déforestation de 0,5 %, il perd son éligibilité. Le principe est celui d’un résultat vérifiable : pas de conservation démontrée par imagerie satellite, pas de paiement.

Le dispositif se structure en deux entités. D’un côté, le Fonds d’investissement pour les forêts tropicales (TFIF), qui sera hébergé au Luxembourg. Il s’agit d’un moteur financier, chargé de lever les capitaux et de les faire fructifier. De l’autre, un mécanisme géré par la Banque mondiale — dont le conseil d’administration a approuvé la création en octobre 2025 — qui collecte les données de terrain, vérifie les résultats et redistribue les paiements aux pays éligibles.

Une règle constitutionnelle prévoit que 20 % des sommes reçues par chaque pays soient obligatoirement reversés aux peuples autochtones et aux communautés locales qui gèrent ces forêts au quotidien. Le non-respect de cette clause entraîne l’exclusion du cycle de paiements suivant.

Ce qui distingue le TFFF des mécanismes existants, c’est aussi sa source de financement. « Le TFFF sollicite des prêts, et non des dons, à un moment où l’aide publique au développement est malheureusement en forte baisse », a souligné Mauro Vieira. « Elle ne sollicite pas de donateurs, mais des investisseurs. » Parmi les premiers : le Brésil et l’Indonésie, deux pays du Sud, qui ont chacun engagé un milliard de dollars. Les engagements pour la tranche de capital subordonné — celle qui absorbe les risques en premier et permet d’attirer ensuite des investisseurs privés classiques — dépassent aujourd’hui 6,7 milliards de dollars, avec un objectif fixé à 10 milliards d’ici fin 2026 et une cible à terme de 25 milliards.

Gilles Roth, Serge Wilmes et Kristoffer André Hansen
Gilles Roth, Serge Wilmes et Kristoffer André Hansen - © SIP / Emmanuel Claude

Luxembourg, juridiction hôte : un choix politique autant que financier

La décision d’implanter le TFIF au Luxembourg ne s’explique pas uniquement par la solidité de la place financière. Elle traduit une orientation politique délibérée du gouvernement luxembourgeois, portée conjointement par les ministères de l’Environnement et des Finances.

« Confiance en cette initiative, confiance en notre place financière et confiance dans le fait que la finance peut contribuer à un réel progrès pour les populations et la planète », a déclaré Gilles Roth lors de la session de clôture, en accueillant officiellement le choix du Luxembourg comme juridiction hôte. Le ministre des Finances a replacé cette décision dans le cadre plus large de la semaine politique luxembourgeoise.


« Cette semaine, à Luxembourg, nous avons mené des discussions tripartites approfondies. Notre modèle social témoigne des pressions auxquelles sont confrontés aujourd’hui les citoyens, les entrepreneurs et les gouvernements. C’est précisément là que la finance durable intervient. Elle constitue un élément clé de la solution. »

Gille Roth, ministre des Finances

Pour Gilles Roth, accueillir le TFIF s’inscrit dans une vision cohérente. « La finance doit contribuer à relever nos grands défis. Elle doit favoriser la résilience, servir les objectifs à long terme et produire des résultats. » Une conviction qu’il a aussi portée lors de récentes missions en Suisse et au Canada, dans le cadre d’un renforcement des dialogues bilatéraux sur la finance durable.

Serge Wilmes, de son côté, a replacé l’annonce dans la continuité d’un engagement pris dès la COP30 à Belém. « Depuis, le Luxembourg soutient sans relâche cette initiative. Nous y croyons depuis le tout début, car la vision qui sous-tend le TFFF et le TFIF est aussi audacieuse que nécessaire pour protéger et restaurer les forêts tropicales humides de plus de 70 pays. » Il a décrit le choix du Luxembourg comme cohérent avec ce qu’il appelle la philosophie du « nexus climatique ».


« Nous ne pouvons pas lutter isolément contre la déforestation, la perte de biodiversité, l’instabilité climatique et la vulnérabilité sociale. Ces problèmes sont interdépendants et notre réponse doit l’être également. »

Serge Wilmes, ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité

Gilles Roth (ministre des Finances), Mauro Vieira (ministre des Affaires étrangères de la République fédérative du Brésil),Kristoffer André Hansen (secrétaire d'État auprès du ministère du Climat et de l'Environnement du royaume de Norvège) et Serge Wilmes (ministre de l'Environnement, du Climat et de la Biodiversité)
Gilles Roth (ministre des Finances), Mauro Vieira (ministre des Affaires étrangères de la République fédérative du Brésil),Kristoffer André Hansen (secrétaire d’État auprès du ministère du Climat et de l’Environnement du royaume de Norvège) et Serge Wilmes (ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité) - © SIP / Emmanuel Claude

50 millions d’euros et un engagement structurel au-delà de 2030

L’annonce financière du Luxembourg a pris deux formes. Une contribution immédiate de 50 millions d’euros, versée via le Fonds Climat et Énergie sur la période 2026-2030, destinée à soutenir le démarrage opérationnel du TFIF. Et un engagement de contribution annuelle à long terme au-delà de 2030 — un signal inhabituel dans le paysage du financement climatique, où les engagements pluriannuels restent souvent limités à des cycles de programmation courts.

« Cet investissement initial sera suivi d’une contribution annuelle à long terme du Luxembourg au TFIF à partir de 2030 », a précisé Serge Wilmes. « Une contribution qui témoigne de notre confiance de longue date dans la mission et le modèle du TFIF. » Le ministre a insisté sur la dimension systémique de l’enjeu.


« Cette initiative marque une première. Elle permet d’apporter une valeur financière mesurable et renouvelable annuellement aux forêts tropicales humides, non pas dans un seul pays, mais à l’échelle mondiale. »

Serge Wilmes, ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité

Pour Gilles Roth, le mécanisme illustre ce que la finance durable devrait être concrètement. « Canaliser les capitaux vers un objectif clair illustre comment des défis mondiaux peuvent être relevés en collaborant avec des pays partageant les mêmes valeurs. » Du côté brésilien, Mauro Vieira a salué la décision luxembourgeoise comme un acte de confiance politique.


« Accueillir le FIFT est plus qu’une simple contribution institutionnelle. C’est un témoignage de confiance dans un nouveau modèle de coopération mondiale, qui reconnaît les forêts sur pied comme un atout vital pour l’humanité et récompense ceux qui les protègent. »

Mauro Vieira, ministre des Affaires étrangères du Brésil

Le secrétaire d’État norvégien Kristoffer André Hansen a, lui, formulé l’enjeu en termes de risque systémique.


« La déforestation continue affectera les cycles de l’eau dans toutes les régions. Elle provoquera des chocs sur l’approvisionnement alimentaire qui augmenteront le coût de la vie, même ici en Europe. La déforestation peut engendrer des conflits et des flux de réfugiés. Elle constitue une menace pour la sécurité mondiale et doit être traitée comme telle. »

Kristoffer André Hansen, secrétaire d’État norvégien

Une édition fondatrice, une deuxième déjà annoncée

Ban Ki-moon est intervenu lors du discours de clôture de Thomas Schoos.
Ban Ki-moon est intervenu lors du discours de clôture de Thomas Schoos. - @ Picto

Au-delà de l’annonce sur le TFIF, les premiers ICF Days ont produit d’autres résultats tangibles. Serge Wilmes a officiellement lancé la troisième phase de la Blue Natural Capital Financing Facility (BNCFF), en partenariat avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), axée sur des projets locaux en faveur des communautés vulnérables et de la pêche à petite échelle.

La candidature du Luxembourg au Conseil du Global Green Growth Institute (GGGI) à Séoul s’inscrit dans un partenariat déjà dense. Ban Ki-moon, président du Conseil du GGGI, a salué dans un message vidéo « l’influence et le leadership exceptionnels du Grand-Duché », rappelant qu’en 36 mois, le Fonds fiduciaire mondial pour les instruments de financement durable (GTF), mené en partenariat avec la Bourse de Luxembourg, avait mobilisé près de trois milliards de dollars de financement durable. L’ancien secrétaire général des Nations Unies a appelé le Luxembourg à poursuivre « l’harmonisation entre solidarité internationale et innovation financière pour combler le fossé entre les capitaux mondiaux et les solutions climatiques concrètes sur le terrain ».

Thomas Schoos, coordinateur Affaires générales et internationales au ministère de l’Environnement et cheville ouvrière de l’organisation, a clôturé l’événement en annonçant les dates de la deuxième édition : du 24 au 27 mai 2027. Il a évoqué les pistes d’élargissement pour l’édition suivante — une plus grande place pour les banques centrales, les agences de notation, la société civile et les formats hybrides.

Sébastien Yernaux
Photos : SIP / Emmanuel Claude - Picto

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Publié le mardi 9 juin 2026
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