Le changement climatique est là et il faut s'y adapter

Le changement climatique est là et il faut s’y adapter

Mardi 22 septembre 2026, IMS organisait une conférence autour d’une question : Comment construire une société résiliente face aux événements climatiques extrêmes ? L’occasion de s’interroger sur l’adaptation des entreprises, des collectivités et des citoyens, à notre nouvelle réalité environnementale.

Près de 90 personnes étaient réunies ce mardi 22 septembre dans les locaux de Foyer à Leudelange, pour assister à la conférence « Construire une société résiliente face aux événements climatiques extrêmes » organisée par IMS - en partenariat avec Foyer, Baloise, Lalux, la commune de Leudelange et le ministère de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité (MECB). Trois experts ont, chacun leur tour, abordé les enjeux liés à l’adaptation au changement climatique.

Christina Stuart, Carbone 4 Luxembourg
Christina Stuart, Carbone 4 Luxembourg - ©IMS

Des changements déjà effectifs

Première intervenante à prendre la parole, Christina Stuart a présenté au public les conséquences des événements climatiques extrêmes pour la société. « Je ne parle plus des causes, je parle directement des conséquences, car nous sommes en plein dedans », introduit la co-gérante de Carbone 4 Luxembourg. En effet, dans le pays, la température a augmenté de 1,6°C et il y a trois fois plus de jours de forte chaleur (plus de 30°C) depuis 1960.

« Il y a surtout de plus en plus d’aléas climatiques : les vents et les précipitations sont plus forts, tandis que les littoraux se dégradent. Les ‘pics’, comme les vagues de chaleur ou de froid, ainsi que les inondations et les incendies, sont aussi plus nombreux. » Elle cite comme exemples les inondations de juillet 2021 au Luxembourg et l’incendie qui a frappé les Hautes Fagnes en Belgique, en août 2026. Ce type d’événement engendre des coûts directs pour les assureurs et pour l’État qui apporte son soutien aux victimes.


« Selon une étude européenne, 42% des entreprises déclarent avoir subi des surcoûts climatiques, alors qu’elles sont seulement 15% à avoir un plan d’adaptation. Je pense cependant que toutes les entreprises supportent de tels coûts, rien qu’avec le prix des assurances qui augmente. »

Christina Stuart, Carbone 4 Luxembourg

« Il y a aussi beaucoup de conséquences indirectes », insiste Christina Stuart. « En 2026, on relève par exemple une augmentation des coûts de logistique fluviale. Le niveau des cours d’eau étant trop bas, il a fallu réduire de 30% le poids des bateaux pour qu’ils puissent circuler, ce qui veut dire que leurs trajets sont moins rentables. » Même constat pour la production d’énergie : il faut de l’eau froide pour refroidir les centrales, mais la température des cours d’eau et de la mer augmente. Il faut donc ralentir la production. L’experte explique que le secteur qui a été le plus touché par les canicules de 2026 est celui de l’agriculture. « Cela pose des questions complexes sur l’indépendance et la souveraineté européenne en termes d’alimentation, tout comme sur nos habitudes de consommation. »

Pour conclure, elle insiste sur le fait qu’à côté de ces risques, se trouvent de nombreuses opportunités : « Investir dans l’adaptation peut rapporter, il s’agit de développer de nouvelles offres, de saisir les possibilités offertes par cette transformation. »

Une stratégie et un plan d’action national

Au niveau national, la stratégie d’adaptation au changement climatique envisage les effets des trois aléas majeurs qui touchent le Luxembourg : les inondations, les canicules et les sécheresses. « Tout le monde sera impacté, de façon directe ou indirecte », affirme Bruno Alves, du ministère de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité.

Par exemple, l’assèchement des sols provoque le retrait et le gonflement des argiles présentes dans les terres luxembourgeoises, ce qui peut provoquer des dommages structurels majeurs sur les immeubles. Un phénomène qui a notamment touché une habitation à Esch-sur-Alzette, que les occupants ont été obligés de quitter.


« S’adapter au changement climatique, c’est préparer dès aujourd’hui notre territoire aux défis climatiques de demain. »

Bruno Alves, MECB

« Pour répondre à ces problématiques, le ministère a organisé une grande consultation publique (entre mars et août 2024, puis entre février et octobre 2025) de laquelle est sorti un plan d’action composé de mesures concrètes ». Parmi celles-ci : établir un système national de détection rapide des incendies, renaturer les cours d’eau, étudier le risque lié au changement climatique pour les centres de données, cartographier les zones vulnérables aux îlots de chaleur ou encore introduire de nouveaux standards pour la construction.

Se préparer dès maintenant

Pour conclure la conférence, Eva Macaigne du Human Adaptation Institute a abordé l’adaptation des individus et des groupes d’un point de vue cognitif. Elle part d’un constat : « On ne change pas son comportement grâce à une information, mais parce qu’on ressent une émotion. Nous avons évidemment besoin d’informations pour savoir pourquoi et comment changer, mais ce sont les émotions qui font que l’on prend la décision d’enclencher ce changement. »


« Il faut se demander dès maintenant comment faire pour transformer nos modèles et nos façons de faire. »

Eva Macaigne, Human Adaptation Institute

C’est pour cela que le Human Adaptation Institute a créé l’expérience Climate Sense, un camion conçu pour simuler des conditions climatiques extrêmes. Il propose ainsi une expérience immersive durant laquelle les participants passent 30 minutes dans un environnement à 50°C et réalisent certaines tâches qui simulent des activités du quotidien (comme monter des marches d’escalier ou résoudre des énigmes). Le rapport Les humains face à la chaleur, réalisé par l’institut et la Banque européenne d’investissement (BEI) livre plusieurs enseignements. « Les seuils d’inconfort et de perte de capacité sont très bas », explique la directrice de l’impact, « dès 24°C sur toute une journée, on constate déjà des pertes. » Elle ajoute que la chaleur renforce aussi les inégalités, notamment entre femmes et hommes, tout en causant des dégradations physiques, morales, cognitives et même sociales.

« Quand un humain vit un traumatisme, le cerveau cherche à revenir à son état initial. Nous sommes donc moins enclins à changer lorsqu’on subit un choc, comme celui de vivre sous 50°C. C’est pour ça qu’il faut anticiper maintenant, pour être prêt demain, quand les bouleversements auront eu lieu. » Sachant que des changements technologiques, sociétaux et géopolitiques se déroulent en même temps que celui qui touche le climat. Il faut donc entrer le plus rapidement possible dans une logique d’adaptation et ne pas simplement chercher à résister aux chocs.

Léna Fernandes
Photos : IMS. Légende de la photo de tête, de gauche à droite : Carla Jellema (IMS), Christina Stuart (Carbone 4), Célia Vadala (IMS), Bruno Alves (MECB), Eva Macaigne (Human Adaptation Institute) et Lou Linster (bourgmestre Leudelange).

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Publié le jeudi 24 septembre 2026
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