
La science au service de ce que nous respirons dans nos intérieurs
Le Laboratoire Luxembourgeois de Contrôle Sanitaire (LLuCS) apporte un éclairage scientifique sur la pollution de l’air intérieur. Les analyses mettent en évidence des concentrations préoccupantes de composés susceptibles d’affecter la santé des occupants.
Nous passons l’essentiel de notre temps à l’intérieur, mais savons-nous réellement ce que nous y respirons ? Pour Julien Blaise, business developer au LLuCS, la question mérite d’être posée sans détour. « Il ne faut pas considérer la pollution de l’air en prenant les polluants individuellement. La problématique de l’air intérieur est multiple et dépend énormément du bâtiment, de la saison et de l’usage », explique-t-il. Contrairement à certaines idées reçues, la pollution ne vient pas toujours de l’extérieur. Elle est souvent introduite par nos propres choix.
Des polluants du quotidien, omniprésents
Matériaux de construction, peintures, colles, meubles neufs : l’air intérieur est chargé de composés chimiques que l’on ne voit pas, mais que l’on respire. « On parle notamment des retardateurs de flamme et des composés organiques volatiles - dont le formaldéhyde, présent dans énormément de produits du quotidien. » Classé cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé depuis 2004, le formaldéhyde est loin d’être une exception.
Pris individuellement, ces apports peuvent sembler anodins. Mais leur accumulation pose problème. « Dans une pièce que l’on rénove, on ajoute de la peinture, des colles, du bois etc… C’est l’addition de tout ce que l’on met dans un environnement intérieur qui va être problématique. » Une réalité particulièrement marquante dans les chambres de bébés, souvent aménagées avec du mobilier neuf. « On veut bien faire, mais on apporte énormément de polluants en même temps. C’est pour ça qu’on recommande d’aérer intensivement et d’éviter d’y faire dormir l’enfant les premiers jours. »
Humidité et moisissures, un signal d’alerte
Dans la Grande Région, LLuCS est également confronté à une problématique récurrente : l’humidité. « Les moisissures sont très présentes, notamment parce que beaucoup de personnes ne savent pas comment utiliser ou entretenir leur ventilation. » Dans un climat humide, la moindre défaillance peut rapidement entraîner une prolifération microbiologique.
Certaines situations sont directement liées aux conditions de construction. « Avec la pression immobilière, on construit très vite. On rencontre de plus en plus de cas où les dalles de béton n’ont pas suffisamment séché. » Résultat : l’humidité remonte dans les murs, parfois sur 30 à 40 centimètres, jusque dans des sous-sols habitables. « Si on ne traite pas le problème à la source, il reviendra encore et encore. »
Diagnostiquer pour mieux agir
LLuCS intervient principalement lorsque des signaux apparaissent : allergies, troubles respiratoires, moisissures visibles. « Les gens sont souvent surpris par nos rapports. Ils ne savaient pas que certains gestes ou certaines habitudes pouvaient avoir un tel impact. » L’enjeu ne se limite pas à produire des données scientifiques. « Un rapport sans solution ne sert à rien. Chaque diagnostic est accompagné d’un plan d’action concret. »
Changer ses habitudes, mieux utiliser son logement, ajuster la ventilation : les leviers sont parfois simples, mais encore faut-il les connaître. « Nous restons dans notre rôle de laboratoire. On pose le diagnostic, on explique, et ensuite d’autres acteurs interviennent. »
Concevoir autrement pour éviter le curatif
Pour Julien Blaise, la qualité de l’air intérieur doit être intégrée bien plus tôt, dès la conception des bâtiments. « Il faut que chaque expert soit autour de la table : qualité de l’air, acoustique, matériaux, peintures… Tout joue sur le bien-être. » Une approche globale, encore trop rare, mais économiquement rationnelle. « Revenir corriger après coup coûte toujours plus cher que d’avoir réfléchi correctement dès le départ. »
Une réflexion valable, autant pour les particuliers que pour les professionnels. « Un open space prévu pour 20 personnes ne peut pas en accueillir 80 sans dégrader la qualité de l’air, même avec une ventilation poussée au maximum. » Là encore, l’usage doit rester cohérent avec la conception initiale.
Maisons passives : alliées sous conditions
Souvent pointées du doigt, les maisons passives ne sont pas, selon lui, le problème. « Elles vont dans le bon sens, tant sur le plan énergétique que sanitaire. » À une condition toutefois : respecter les recommandations. « Une VMC double flux doit être entretenue. Sinon, on peut rapidement créer des problèmes d’humidité ou de moisissures. »
Dans des bâtiments de plus en plus étanches, la ventilation devient essentielle. « On crée parfois de véritables bunkers thermiques. Sans ventilation performante, la maison ne respire plus. » L’enjeu est donc autant technique que pédagogique. « Une maison passive bien utilisée est une alliée. Les problèmes viennent rarement du bâtiment lui-même, mais de son usage. »
À travers les analyses réalisées en laboratoire, Julien Blaise rappelle une évidence trop souvent oubliée : « La qualité de l’air intérieur n’est ni un luxe ni un détail technique. Elle est le reflet de nos choix, de nos usages et de la manière dont nous concevons nos espaces de vie. »
Sébastien Yernaux
Photos : Fanny Krackenberger
Extrait du dossier du mois « L’air de rien »















