
Hesperange fait la lumière sur l’importance de l’obscurité
Mercredi 25 mars 2026 à Hesperange, la conférence « Save light at night » a réuni des experts luxembourgeois et internationaux de l’éclairage nocturne. Sur scène, ils ont parlé des impacts de la lumière sur la santé de l’Homme et de la nature, de la pollution lumineuse en Europe et au Luxembourg, ainsi que d’astrophotographie.
« Illuminer ce qu’il faut, comme il faut, quand il faut ». C’est le sous-titre de la brochure distribuée suite à la conférence « Save light at night » qui s’est tenue le 25 mars 2026 au centre multifonctionnel CELO. C’est aussi le message à retenir des trois heures durant lesquelles se sont enchainées les interventions de spécialistes et scientifiques, sous la houlette du modérateur Nico Thielen.
L’objectif : sensibiliser les responsables communaux, professionnels de l’aménagement, acteurs publics, privés et les citoyens intéressés à l’importance d’un éclairage nocturne durable et de qualité.
« Nous avons la responsabilité d’agir en tant que commune. Revoir l’éclairage public, c’est certes réduire les coûts d’énergie sur le long terme, mais aussi et surtout protéger l’environnement, tout en améliorant la qualité de vie des habitants. »
Diane Adehm, bourgmestre d’Hesperange
Après une introduction de la bourgmestre d’Hesperange, Diane Adehm, la chronobiologiste, communicatrice scientifique et enseignante en médecine Dr. Annette Krop-Benesch est montée sur scène pour parler des conséquences de l’éclairage extérieur artificiel sur la santé et la nature. Elle explique que pour la biodiversité, la nuit a tout autant d’importance que le jour. En « effaçant la nuit avec l’éclairage artificiel » ce sont des écosystèmes entiers – dont nous faisons partie – qui se retrouvent déréglés, perturbés.
Un enjeu pour la faune, la flore et l’Homme
Dans la mer, « le plancton attend la nuit pour remonter vers la surface pour se nourrir. S’il y a trop de lumière, il n’effectue pas cette migration verticale », déclare l’experte. En ville, « les insectes sont attirés par la lumière, ce qui en fait des proies beaucoup plus faciles à chasser pour les chauves-souris les plus rapides », elles n’ont qu’à passer sous un lampadaire pour se remplir le ventre. Les arbres, eux, font leur photosynthèse même la nuit, alors qu’ils devraient pouvoir profiter de l’obscurité pour se régénérer, ce qui favorise l’apparition de maladies.
« On a aussi constaté que les oiseaux se réveillent plus tôt, avant le lever du soleil, à cause de la pollution lumineuse. Comme pour les Hommes, ce manque de sommeil détériore leur état de santé. » Car la lumière a un effet direct sur la production de mélatonine, l’hormone en charge d’assurer le rythme jour-nuit des humains et des animaux.
Dr. Annette Krop-Benesch détaille : « la mélatonine est produite naturellement par le corps, en moins grande quantité lorsqu’on est exposé à de la lumière, et de manière plus importante lorsqu’il commence à faire plus sombre, ce qui signale au corps qu’il est l’heure de dormir. S’il y a trop de lumière la nuit, on subit un genre de jetlag. » Exemple de conséquence pour la faune : les kangourous ne se déplacent plus aux bonnes périodes et les grenouille chantent la nuit pour trouver une partenaire, ce qui affecte leur reproduction et donc la pérennité de ces espèces.
Pour l’Homme, « des études ont montré le lien entre la lumière et certaines maladies. Plus nous sommes exposés à une forte luminosité, plus les risques de dépression, d’infertilité, d’obésité, de diabète ou encore d’attaque cardiaque, augmentent. »
Des solutions existent
Lors de son intervention, Daniel Gliedner, conseiller en éclairage au Parc naturel de l’Our, a regretté « que les politiciens, les architectes, les bureaux d’étude et autres spécialistes ne s’intéressent pas plus au sujet de l’éclairage. »
Pour lui, il faut redéfinir notre rapport à la lumière, qui bénéficie « d’une connotation positive, elle donne une illusion de sécurité, elle peut être très esthétique et servir pour de la publicité, mais notre qualité de vie est plus importante ! Ce qu’il faut, c’est que la lumière soit bien utilisée, quand elle apporte un réel avantage, tout en ayant le moins d’impact négatif possible. » Dans tous les cas, il affirme que « l’augmentation des coûts de l’énergie nous forcera forcément à repenser les choses. »
Un tel changement passera nécessairement par de nouvelles normes, et il « est nécessaire de mesurer l’éclairage pour fixer des limites », insiste le Dr. rer. nat. Andreas Hänel, spécialiste de la physique des rayonnements, membre du groupe thématique « Dark Sky » de l’Association des amateurs d’astronomie, ainsi que de la commission Pollution lumineuse de la Société astronomique. Il a lui-même quantifié la pollution lumineuse à de nombreux endroits, notamment dans la Grande Région.
Le scientifique met en avant les solutions techniques qui existent déjà pour réduire l’impact de l’éclairage artificiel nocturne. « Des déflecteurs permettent d’orienter la lumière des lampadaires pour qu’elle ne se diffuse que vers le bas, il est possible d’adapter la luminosité en fonction du moment de la journée ou encore d’installer des détecteurs de mouvement pour que l’éclairage ne s’allume que quand cela est nécessaire. » Autre fait intéressant, la couleur a aussi son importance. « Les lumières blanches froides (supérieures à 3.000 K) ont plus d’impacts négatifs sur la biodiversité que celles aux températures de couleur chaudes, qui sont donc à privilégier. »
La beauté cachée du ciel nocturne
Pour finir, l’astrophotographe, médiateur scientifique et responsable de l’astronomie au Luxembourg Science Center, Julien Laigle, qui a pris la parole. Avec une salle plongée quasiment dans le noir complet et la projection d’un ciel étoilé au plafond, il a embarqué le public pour un voyage dans les étoiles.
En faisant défiler les photos de galaxie ou encore d’aurores boréales qu’il a réalisées, il déclare que « l’astrophotographie permet de montrer ce que l’œil humain ne peut pas voir ». Il en explique quelques principes : une prise de vue (durée d’exposition) de plusieurs secondes pour capter toute la lumière et les couleurs des astres ; des appareils parfois montés sur des moteurs qui bougent à l’inverse du mouvement de la Terre, afin d’obtenir une image fixe des étoiles ; ou encore l’importance de la retouche pour révéler les informations présentes sur une photo, mais peu visibles – il précise bien que « rien d’artificiel n’est ajouté ».
Une exposition des photographies de Julien Laigle, installée dans le hall du CELO, accompagnait la conférence. Une autre façon de révéler toute la beauté et la richesse que peut nous offrir le ciel nocturne, que nous cache parfois la pollution lumineuse.
Léna Fernandes
Photo de couverture : © Picto















