Formation à la réduction des risques : pour une finance inclusive par Koen Wasmus

Formation à la réduction des risques : pour une finance inclusive par Koen Wasmus

Dans le cadre du groupe de travail sur la réduction des risques d’InFiNe , lancé en 2025 pour renforcer la capacité du Luxembourg à mobiliser des capitaux privés pour la finance inclusive, les membres ont participé à une session de formation dédiée à la réduction des risques en juin 2025.

Cette session visait à construire une compréhension commune des risques et des mécanismes d’atténuation des risques sur les marchés émergents, jetant ainsi les bases de futures solutions de réduction des risques basées au Luxembourg.

La formation était animée par Koen Wasmus , fondateur de Wasmus Consulting , dont l’activité consiste à accompagner les investisseurs à impact, les gestionnaires de fonds et les institutions financières opérant sur des marchés émergents et à haut risque. Fort d’une vaste expérience de terrain, Koen a guidé les participants à travers l’univers des risques auxquels sont confrontés les investisseurs à impact, a exploré des approches pratiques face aux risques de crédit, climatiques, pays et de change, et a analysé en détail les réalités, les limites et les coûts des instruments de réduction des risques.

Dans cet entretien, réalisé en complément de la session, Koen Wasmus partage les principaux enseignements et des idées pratiques pour les membres d’InFiNe et les organisations basées au Luxembourg qui cherchent à mieux comprendre le risque, à concevoir des stratégies efficaces de réduction des risques et à opérer de manière responsable dans la finance inclusive.

Koen, pour commencer, pourriez-vous nous expliquer pourquoi la réduction des risques est un sujet si crucial pour les investisseurs à impact aujourd’hui, notamment dans le domaine de la finance inclusive ?

La réduction des risques suscite un vif intérêt ces derniers temps, car les investisseurs à impact sont confrontés à des niveaux de risque accrus, notamment en raison de la concomitance de multiples risques. Ils cherchent des moyens de gérer leurs risques à des niveaux appropriés. Le terme « réduction des risques » est quelque peu trompeur, car il ne s’agit pas d’une solution miracle pour faire disparaître le risque. Dans la plupart des cas, le risque est plutôt transféré à un tiers, par exemple un garant ou une entité gouvernementale.

Vous avez présenté un panorama complet des risques pour les investisseurs à impact. Pour les membres d’InFiNe et les organisations luxembourgeoises souhaitant investir ce secteur, quels sont les risques les plus critiques qu’ils devraient s’efforcer de comprendre et de gérer en priorité ?

Les risques climatiques s’accentuent nettement, et les pays du Sud sont durement touchés par la fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes, la modification des régimes de précipitations et les bouleversements des écosystèmes. Les risques géopolitiques augmentent également en raison des perturbations des chaînes d’approvisionnement dues à la COVID-19, aux guerres en Ukraine, au Soudan et à Gaza, ainsi qu’aux conséquences désastreuses de la fermeture de l’USAID par l’administration Trump. Enfin, la volatilité de nombreuses devises des marchés émergents engendre un risque de change.

Vos recherches montrent que les investisseurs à impact investissent activement dans des pays présentant différents niveaux de risque. Comment les organisations basées au Luxembourg devraient-elles aborder l’évaluation du risque pays au-delà des simples notations ? Quels autres facteurs devraient-elles prendre en compte ?

62 % des investissements privés à impact sont réalisés dans des pays non notés « investment grade », ce qui indique que les investisseurs à impact sont prêts à aller au-delà de la simple notation. Parmi les facteurs à prendre en compte figurent la vigueur économique, budgétaire et institutionnelle du pays (des institutions solides réduisent les risques politiques et les chocs de politique économique), ainsi que la probabilité de chocs soudains et la capacité du pays à les absorber. Il est intéressant de noter que la plupart de ces informations figurent dans les rapports de notation des pays.

Enfin, les investisseurs à impact doivent accorder une attention particulière au risque de transfert, c’est-à-dire l’incapacité de l’entité bénéficiaire à transférer les fonds hors du pays (pour rembourser l’investisseur à impact).

Vous avez présenté différentes approches pour mesurer le risque de crédit, allant des provisions pour pertes sur prêts aux statistiques de défaut. Quels conseils pratiques donneriez-vous aux investisseurs à impact pour développer des capacités d’évaluation du crédit robustes, notamment lors de leur entrée sur de nouveaux marchés ou secteurs ?

La capacité à évaluer correctement le risque de crédit est essentielle à la réussite de tout investissement. Les investisseurs considèrent toujours la diligence raisonnable comme le principal outil de gestion des risques. Dans le cadre de cette diligence raisonnable, il est conseillé aux investisseurs à impact de tirer pleinement parti des connaissances locales, soit en maintenant un réseau de bureaux dans les pays concernés, soit en collaborant avec des experts locaux. Par ailleurs, l’évaluation du crédit doit se concentrer sur la capacité de remboursement en projetant de manière prudente les flux de trésorerie de l’entreprise financée et, enfin, prendre en compte la capacité de gouvernance et de gestion de cette dernière.

Vous avez démontré que les impacts des risques climatiques sont mesurables et varient considérablement selon les pays et les régions. Comment les investisseurs devraient-ils intégrer l’analyse des risques climatiques à leurs processus d’investissement ? Quels outils ou ressources recommanderiez-vous ?

Un bon point de départ consiste à comprendre la vulnérabilité de l’entreprise bénéficiaire face aux risques climatiques (secteur d’activité, localisation, chaîne d’approvisionnement, etc.). Ensuite, il est conseillé d’utiliser des ressources telles que l’indice de risque climatique (CRI) de Germanwatch, un outil qui évalue l’impact des événements climatiques extrêmes passés sur la quasi-totalité des pays. Cela permet de comprendre dans quelle mesure un pays a été affecté par le passé. Par ailleurs, il existe des ressources par pays qui se projettent dans l’avenir, comme les publications de la Banque mondiale sur les risques climatiques par pays.

Une fois le risque cerné, des mesures d’adaptation ou d’atténuation peuvent être identifiées et les investisseurs à impact pourraient envisager de les intégrer à leur plan d’investissement. Pour les investissements agricoles, il convient de penser à l’irrigation, aux filets d’ombrage contre le stress thermique et aux semences résistantes à la sécheresse. Pour d’autres types d’investissements, la relocalisation (par exemple, sur des terrains plus élevés) ou la diversification des chaînes d’approvisionnement peuvent être envisagées.

Votre analyse a mis en lumière les difficultés majeures liées à la gestion du risque de change dans l’investissement à impact. Quels sont les principaux éléments à prendre en compte par les investisseurs lorsqu’ils définissent leur stratégie de gestion du risque de change ? Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous observez chez eux ?

Les pertes de change peuvent avoir un impact significatif sur la performance d’un fonds d’investissement à impact. Certains investisseurs à impact sont découragés par la complexité et le coût de la couverture de change et peuvent choisir de prêter en devises fortes ou de ne pas se couvrir du tout. En effet, environ deux tiers des investissements privés à impact sont réalisés en devises fortes. Cela ne pose pas de problème si l’entité financée peut générer des revenus en devises étrangères, par exemple si elle exporte des biens ou des services. Cependant, si l’entité financée ne perçoit que des revenus en monnaie locale, le risque de change est transféré à cette dernière, ce qui soulève des questions d’éthique.

Environ un tiers des financements en monnaie locale ne sont pas couverts contre le risque de change. Des courtiers comme MFX peuvent aider les investisseurs à impact à trouver les solutions adaptées. Par ailleurs, TCX, en coopération avec l’UE, proposera des services de couverture de change à taux subventionnés, probablement à partir du quatrième trimestre.

Vous avez dressé une liste exhaustive d’instruments de réduction des risques ; pourriez-vous nous présenter les principales catégories ? Comment les investisseurs doivent-ils choisir les instruments les plus adaptés à chaque situation ? Observez-vous des erreurs fréquentes dans la sélection des instruments ?

Les instruments de réduction des risques les plus courants comprennent le recours au capital de première perte et à la dette, aux garanties et aux instruments de couverture de change. Le capital de première perte, souvent intégré à un montage financier mixte, est généralement prévu dès la conception du fonds. De ce fait, il ne peut généralement être utilisé qu’à sa création. Le recours à la dette de première perte ou à la dette subordonnée dans le cadre d’un prêt syndiqué est beaucoup moins fréquent et peut s’avérer utile pour réduire les risques liés à des transactions spécifiques. Les garanties constituent la forme la plus courante d’instruments de réduction des risques et se déclinent sous de nombreuses formes. Il existe d’ailleurs des instruments de garantie spécifiquement destinés aux fonds. L’assurance est un autre outil bien connu d’atténuation des risques, mais malheureusement, l’assurance contre les risques politiques n’est pas facilement accessible aux investisseurs à impact. Enfin, les couvertures de change peuvent contribuer largement à la gestion du risque de change.

Une tendance qui me laisse perplexe est le cumul des mécanismes de réduction des risques, par exemple lorsqu’un gestionnaire de fonds opte pour une garantie de fonds en plus d’une importante provision pour pertes initiales. Il convient de se demander si cet instrument supplémentaire est réellement utile. En fin de compte, les mécanismes de réduction des risques sont des ressources rares et coûteuses, et la facture est souvent supportée par les investisseurs.

Vous avez cité des exemples comme le fonds IDH Farmfit et les obligations vertes structurées. Quels sont les principes de conception clés qui ont permis à ces mécanismes de réduction des risques de réussir, et comment peuvent-ils être adaptés à d’autres contextes ?

Ces exemples novateurs reposent sur la volonté et la capacité d’une partie d’accepter une position à risque subordonné, sur un climat de confiance entre les différentes parties, et sur une bonne dose de persévérance et de patience, car la mise en place de ces instruments est longue. Ces efforts peuvent toutefois s’avérer payants : la coopération initiale entre IDH et un investisseur à impact autour d’une opération de dette subordonnée a débouché sur un partenariat qui permet d’étendre le recours à la dette subordonnée comme moyen de réduire les risques dans les opérations à haut risque.

Sur la base de vos recherches et de vos entretiens avec les parties prenantes, quels conseils donneriez-vous à l’écosystème de la finance inclusive luxembourgeoise concernant le renforcement de ses capacités de gestion des risques et la conception de stratégies de réduction des risques plus efficaces ?

Il est important de comprendre la tolérance au risque des investisseurs du fonds et la meilleure façon d’opérer dans le cadre des paramètres établis. Il est également essentiel de bien comprendre le niveau de risque auquel vous êtes exposé. Comme mentionné précédemment, une diligence raisonnable rigoureuse permet d’atténuer considérablement les risques. Il n’existe pas de solution miracle ! Si vous êtes confronté à un risque élevé en raison des types de pays dans lesquels vous opérez, de votre vulnérabilité aux risques climatiques, de la devise utilisée, etc., vous pouvez opter pour des instruments de réduction des risques. Mais n’oubliez pas que ces instruments ont un coût. Outre les frais, il existe toujours un risque d’aléa moral et de sélection adverse.

Communiqué par InFiNe Luxembourg
Photo : © Inclusive Finance Network Luxembourg asbl

Contribution partenaire in4green
Publié le lundi 5 janvier 2026
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