Depuis 30 ans, la Stëmm vun der Strooss fait vivre la solidarité

Depuis 30 ans, la Stëmm vun der Strooss fait vivre la solidarité

Depuis 1997, la Stëmm vun der Strooss accompagne les personnes les plus fragilisées du Luxembourg. Trente ans après sa création, l’asbl dresse le constat d’une pauvreté plus visible, plus diverse, mais aussi d’une solidarité renforcée. Entre repas à prix modeste, réinsertion et appels à la mobilisation, ses membres continuent de conserver le lien.

Il y a des anniversaires que l’on fête avec nostalgie. D’autres qui obligent à regarder la réalité en face. Les 30 ans de la Stëmm vun der Strooss appartiennent à la seconde catégorie. « La situation sur le terrain a énormément changé », confie Alexandra Oxacelay, directrice de l’association. « La pauvreté est devenue beaucoup plus visible. »

Conventionnée avec le ministère de la Santé depuis 1997, l’asbl œuvre en faveur de l’intégration sociale et professionnelle des personnes défavorisées. Chômeurs de longue durée, personnes dépendantes, anciens détenus, jeunes en rupture, demandeurs d’asile, sans-papiers : « Nous tentons de soutenir un maximum de personnes dans le besoin, sans jugement car chacun à son propre parcours », rappelle Alexandra Oxacelay. Mais derrière les statistiques, il y a des visages.

Alexandra Oxacelay, directrice de la Stëmm vun der Strooss
Alexandra Oxacelay, directrice de la Stëmm vun der Strooss - © Fanny Krackenberger

Une pauvreté aux multiples visages

Quand elle rejoint la Stëmm en avril 1998, la précarité se concentre surtout autour de la gare. « On y croisait le sans-abri classique, avec sa bouteille de rouge, qui passait la journée dehors. » Aujourd’hui, la réalité est plus diffuse. « La pauvreté a d’autres visages. Il y a les Roms dans le haut de la ville, des jeunes dans les parcs,... Ils sont en décrochage scolaire, en fugue, ont quitté leur famille ou les foyers. »

Le phénomène ne se limite plus à la capitale. « On voit des gens dans d’autres communes. Ce n’est plus uniquement en ville. » Les crises internationales, les guerres, les tensions géopolitiques laissent aussi leur empreinte. « La population change en fonction de la situation politique mondiale. »

Les chiffres de 2025 traduisent cette évolution : 14.334 personnes différentes ont fait appel aux services de la Stëmm, pour 262.000 repas servis. « Les Portugais sont la première population bénéficiaire, suivis des Luxembourgeois, des Roumains et des Ukrainiens. » 79,8 % sont des hommes, avec une moyenne d’âge de 43 ans. Mais 1.007 jeunes entre 18 et 25 ans et 397 mineurs figurent également dans les statistiques.

Bien plus qu’un repas

À Hollerich, Esch-sur-Alzette et Ettelbruck, la Stëmm propose un repas équilibré pour 0,50 € et une boisson à 0,25 €. Mais l’assiette n’est qu’un point de départ. « Nous proposons des douches, des vestiaires, une buanderie, des consultations médicales gratuites et un service social. Et surtout, nous offrons de la considération et du lien social », insiste Alexandra Oxacelay.

À Schoenfels, un centre post-thérapeutique accueille des adultes dépendants qui souhaitent reconstruire leur vie sans drogues. À Hollerich, la Kanner Stëmm travaille dans une logique de pédiatrie sociale pour soutenir des enfants et leurs familles en difficulté. Au Saxophone, espace de repos sécurisé, « les personnes vivant à la rue peuvent dormir et se ressourcer pendant la journée ».

L’association est aussi devenue un acteur clé de l’économie circulaire. Leader du recyclage de denrées alimentaires, elle récupère des tonnes de fruits, légumes, produits laitiers ou viandes destinés à la poubelle pour les transformer en repas. « Nous donnons une seconde vie à ces aliments et nous évitons un gaspillage absurde », résume la directrice.

À Sanem, le Stëmm Caddy fonctionne comme un atelier thérapeutique : 55 personnes en réinsertion y préparent chaque jour 300 sandwichs, des colis alimentaires et des plats de saison distribués dans les restaurants de la Stëmm et à une dizaine d’associations partenaires. Avec Schweesdrëps, des équipes lavent les uniformes de 40 clubs sportifs, soit 329 équipes. « Ce sont des activités concrètes qui redonnent un cadre, un rythme et de la dignité. »

Une solidarité qui s’élargit

Trente ans après sa création, la Stëmm veut faire de cet anniversaire un levier de mobilisation. « Toutes les grosses activités des prochains mois seront reliées aux 30 ans », annonce Alexandra Oxacelay.

Le 10 juin, 50 bénévoles d’une association portugaise prépareront une soupe de Pierre (Sopa de Pedra) à Hollerich, en présence de l’ambassadeur du Portugal et de représentants de la Confrérie des riziculteurs d’Estarreja. « Les Portugais figurent parmi les premières nationalités accueillies dans nos restaurants sociaux. C’est une occasion de mettre la main à la pâte pour leurs concitoyens et pour tout le monde en général. »

Un grand barbecue d’été, organisé avec la Ville de Luxembourg, réunira bénéficiaires et donateurs. La fête de Noël au Hall Victor Hugo marquera un autre temps fort. « Nous pouvons compter sur le soutien de la Ville, qui met le hall gratuitement à disposition. »

Au-delà des événements, la directrice lance un appel clair. « Nous sommes ouverts à toutes les propositions d’aides en faveur de nos bénéficiaires, car nous savons que l’État ne peut pas tout faire. » Restaurateurs, entreprises, citoyens, Alexandra Oxacelay vise large. « Tous les gens qui ont envie de mettre la main à la pâte. Ce n’est pas du voyeurisme. La responsabilité sociale des entreprises a pris une belle ampleur ces dix dernières années. Cela peut être des collectes de fonds, de vêtements, ou encore de sacs de couchage. Si quelqu’un veut nous aider à mettre à jour notre site internet, il est également le bienvenu. »

Si la Stëmm est financée par le ministère de la Santé, elle ressent aussi un intérêt politique accru. « Nous avons de plus en plus de femmes et d’hommes politiques sur le terrain, qui veulent se rendre compte de la réalité et s’intéressent à notre travail. »

Pour Alexandra Oxacelay, un changement est palpable. « La pauvreté est aujourd’hui thématisée dans la presse, dans les écoles, dans les conférences. On ne peut plus la cacher ni l’occulter. » Depuis février, le site d’Esch est d’ailleurs ouvert sept jours sur sept, avec des repas le matin, le midi et le soir. Un signe que les besoins persistent – et que la Stëmm continue d’y répondre, jour après jour.

Trente ans après sa création, l’association n’a rien perdu de sa raison d’être : écouter, nourrir, accompagner. « Offrir un repas, c’est important. Mais offrir une relation, c’est essentiel. »

Sébastien Yernaux
Photos : Stëmm vun der Stroos

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Publié le vendredi 27 février 2026
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