Le quotidien des enjeux du développement durable au Luxembourg !
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De la ferme à la fourchette… et retour !

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Publié le
mercredi 21 juillet 2021 à 04:00

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Le Conseil supérieur pour un développement durable (CSDD), organe consultatif du gouvernement et groupe de réflexion, travaille, entre autres, sur la question de l’alimentation et ses liens avec le bien-être de la population, l’empreinte écologique de notre société, ainsi que les principes d’une économie durable et résiliente... qui inclut l’agriculture. Tribune libre du président du CSDD, Romain Poulles.

La demande mondiale de denrées alimentaires continuera d’augmenter à l’avenir. D’ici 2050, il faudra nourrir 2 milliards de personnes de plus sur terre. Mais est-ce faisable sans repousser complètement les limites de la planète ? L’impact environnemental de notre système alimentaire est déjà énorme. Il présente de nombreux problèmes tels que la malnutrition et la faim, le surpoids, l’obésité ou une alimentation pauvre ou déséquilibrée. Les conséquences sur la santé sont nombreuses, voire dramatiques.

Au Luxembourg, le système alimentaire contribue de manière significative à l’empreinte écologique. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée en 2020 par le Conseil du développement durable en collaboration avec IBLA. Le système actuel encourage les monocultures : 75% de notre alimentation totale est composée de seulement 12 espèces végétales et provient de 5 espèces animales, dont les vaches, les porcs et les poulets.

30% de la nourriture produite est jetée. L’eau est soumise à un stress, tant en termes de disponibilité que de pollution. Nos sols sont dégradés et la biodiversité est de plus en plus réduite. Nous avons une mortalité massive d’insectes. La principale cause de la mort des papillons ou des abeilles est l’agriculture industrielle avec ses poisons (néonicotinoïdes...), ses herbicides (glyphosate...), sa surfertilisation et le paysage agricole défriché et monotone “à faible entretien. Et le changement climatique amplifie encore tous ces problèmes.

L’agriculture est devenue de plus en plus linéaire au cours des dernières décennies et produit de plus en plus de déchets. L’utilisation de nombreuses machines, robots, pesticides, herbicides, engrais, fongicides, font que l’agriculture et l’alimentation sont pratiquement devenues un secteur industriel avec des effets négatifs similaires à ceux d’autres industries lourdes - et ce malgré le fait que l’agriculture soit traditionnellement un système régénérateur.

Une appellation incomplète

La stratégie européenne « de la ferme à la fourchette » (from farm to fork) existe. Pour décrire un système durable et résilient, le nom choisi est à mon avis incomplet. C’est pourquoi l’idée de rebaptiser cette stratégie « de la ferme à la fourchette et de retour » ( from farm to fork AND BACK) a été avancée. « De la ferme à la fourchette » suggère encore fortement un mode de pensée linéaire. Les cycles sont la base d’un système naturel, et l’économie devrait également être basée sur les cycles industriels à l’avenir, y compris l’agriculture.

Entre-temps, les consommateurs européens sont devenus plus exigeants quant à la qualité des aliments qu’ils consomment - et c’est bien normal. Ils veulent une alimentation plus saine et de qualité. Ils attendent une plus grande transparence et une meilleure traçabilité. À cet égard, un meilleur étiquetage des effets des aliments sur la santé et l’environnement jouera un rôle important dans la promotion de choix plus éclairés pour les consommateurs. Le CSDD a récemment pris part à ce débat en présentant des propositions concrètes pour un étiquetage alimentaire transparent. Une transformation radicale de notre système alimentaire est nécessaire pour rendre notre société plus durable et plus résiliente. De plus, les implications sociales, économiques et environnementales puissantes et complexes ne doivent pas être négligées.

Nous avons proposé 7 principes fondamentaux pour une économie durable, résiliente et circulaire. Ils peuvent et doivent être facilement appliqués à l’économie de la terre et à notre système alimentaire. https://csdd.public.lu/fr/avis/2021/7-principes-economie-circulaire.html

1. Il y a création de valeur. L’agriculture doit être correctement récompensée pour la contribution positive qu’elle peut apporter à l’atténuation du changement climatique, à la conservation de la biodiversité, etc.
2. Un système de récolte DOIT être holistique. Par exemple, une nouvelle stratégie intersectorielle devrait éliminer les cloisonnements en adoptant une approche interdisciplinaire et collaborative.
3. Les déchets doivent être abolis en tant que concept ! Il faut plutôt s’appuyer sur deux cycles : le cycle biologique et le cycle technologique. Il faut veiller à ce que les aliments fassent partie intégrante d’un cycle biologique et à ce que les nutriments soient restitués au sol.
4. La santé et le bien-être font partie intégrante du cycle et de l’agriculture. On doit favoriser la création d’impacts positifs sur les personnes et la nature. La seule réduction des incidences négatives n’est pas considérée comme suffisante pour le développement durable.  
5. Les systèmes circulaires et agricoles sont régénérateurs par nature. Ils maintiennent et améliorent les services écosystémiques et favorisent la biodiversité.   
6. Les systèmes circulaires et agricoles favorisent la diversité des solutions dans tous les aspects techniques, économiques, socioculturels et environnementaux. La promotion de la biodiversité est un élément important du système.
7. Les solutions locales et solidaires sont également encouragées, les communautés coopératives et les chaînes de valeur locales sont favorisées.

Le lien entre l’agriculture et l’empreinte écologique ne doit pas être abordé dans un sens négatif, mais plutôt en se concentrant sur le rôle extrêmement important de l’agriculture pour améliorer de manière significative la biocapacité d’un territoire donné. Elle permet aux écosystèmes de produire des matières biologiquement bénéfiques et d’absorber les déchets produits par l’homme dans les conditions actuelles. Le potentiel d’amélioration de la biocapacité est généralement sous-estimé et certainement pas favorisé ou récompensé.

Un système alimentaire résilient et durable devrait non seulement réduire l’empreinte écologique de notre alimentation, mais aussi apporter une contribution positive à l’atténuation du changement climatique. Le sol, par exemple, est un puits de carbone très efficace, et peut aussi contribuer positivement à la biodiversité. Une stratégie « de la ferme à la fourchette et retour » ne concerne donc pas seulement l’agriculture, mais aussi le climat, l’environnement, la santé, la numérisation, la compétitivité, la préservation des ressources et les emplois locaux et régionaux.

Romain Poulles, président du CSDD
Article tiré du dossier du mois « De la Terre à la terre »

Publié le
mercredi 21 juillet 2021


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