Captage carbone : nécessaire mais sous conditions pour CELL & Carbone4 Luxembourg

Captage carbone : nécessaire mais sous conditions pour CELL & Carbone4 Luxembourg

Le gouvernement a publié fin 2025 un plan national pour décarboner l’économie luxembourgeoise, incluant un cadre d’action sur le captage, l’utilisation et le stockage du CO₂ (CCUS), ainsi que sur l’absorption du CO₂ atmosphérique (CDR). CELL et Carbone 4 ont émis trois recommandations pour une mise en œuvre réaliste et ambitieuse de ce plan.

CCUS et CDR : deux méthodes pour réduire le CO2

Le processus Carbon Capture, Utilisation and Storage (CCUS) - ou en français, le captage, l’utilisation et le stockage du CO2 - regroupe des technologies visant à réduire les émissions de dioxyde de carbone issues des industries et de la production d’énergie par :

  • captage : le CO2 est récupéré à sa sortie pour ne pas être relâché dans l’atmosphère ;
  • utilisation : dans la fabrication de carburants, de matériaux ou de produits chimiques ;
  • stockage : le CO2 est injecté en profondeur et « confiné » dans d’anciens réservoirs de gaz, par exemple.

La méthode Carbon Dioxide Removal (CDR) - ou élimination du dioxyde de carbone - agit non pas à la source, mais en aval, avec différentes solutions :

  • naturelles, comme la reforestation ;
  • technologiques, avec des machines de captage ou des procédés de stockage.

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) estime que ces méthodes sont nécessaires pour parvenir à une neutralité carbone - en dernier recours -, car les solutions naturelles (notamment les forêts) arrivent à saturation et ne peuvent absorber toutes les émissions produites.

Dans un communiqué conjoint, l’asbl CELL (Citizens for Ecological Learning Luxembourg) et Carbone 4 (expert technique sur les enjeux écologiques) citent ces chiffres de Science Luxembourg : « Au Luxembourg, seuls 15 % des arbres sont actuellement en bonne santé, contre environ 80 % il y a quarante ans ».

Trois recommandations du CELL et de Carbone 4 pour le captage du carbone au Luxembourg

Ensemble, l’ONG et le cabinet de conseil ont émis trois recommandations à intégrer au cadre d’action du gouvernement pour cette gestion du CO₂ émis par l’économie nationale.

1. La réduction des consommations d’énergie et de ressources reste le levier prioritaire

« Les CCUS et CDR doivent rester un ultime recours, réservé aux secteurs sans alternatives », écrivent-ils. « Les politiques de réduction relèvent des choix technologiques, des modes de vie et des systèmes de production-consommation ; elles permettent d’agir en amont et de limiter la dépendance future au CCUS/CDR. »

« Nous appelons à renforcer un système qui promeut, facilite, rend plus compétitif un mode de vie peu émetteur et peu consommateur en ressources et énergie. Les CCUS/CDR ne doivent donc ni affaiblir les objectifs de décarbonation ni se substituer aux leviers existants. »

Ils rappellent également que le carbone ne concerne qu’une partie des limites planétaires – dépassées depuis février au Luxembourg - et qu’il faut veiller à prendre en compte la biodiversité, la pollution et les ressources.

2. Une comptabilisation transparente, robuste et explicitant clairement la valorisation des émissions éliminées

Le plan national cite comme prérequis indispensable la création d’un système de comptabilisation des émissions liées à ces mécanismes CCUS/CDR. « La traçabilité comptable tout au long de la chaîne de valeur doit prouver que du carbone a été émis, transporté et in fine stocké durablement. »

CELL et Carbone 4 plaident pour un système « transparent, robuste et partagé » qui permettra de mesurer l’impact de ces dispositifs sur le climat. Les risques liés à un mauvais système de comptabilisation sont nombreux : « greenwashing, perte de crédibilité des mécanismes, fragmentation en sous-marchés inefficaces, risques de double comptage ou confusion entre carbone capté et carbone effectivement stocké ».

3. La nécessité d’un écosystème complet et rigoureusement articulé

Le maître mot est la collaboration :

  • transfrontalière : « compte tenu de la taille du pays et de ses caractéristiques industrielles, une coopération transfrontalière et internationale sera indispensable, notamment pour les infrastructures de transport du CO₂ (pipelines, hubs logistiques, solutions de transport alternatives) » ;
  • coordonnée : entre les industriels, les pouvoirs publics, les institutions financières, les institutions de recherche et les acteurs indépendants de contrôle. « Par ailleurs, impliquer les citoyens dans la gouvernance, le financement ou le développement de certaines technologies peut renforcer la légitimité, l’ancrage territorial et le dynamisme des projets de CCUS/CDR. »

Les deux organismes s’inquiètent également des retombées de ces solutions coûteuses pour les ménages et les entreprises et invitent le gouvernement à « mettre en place des mesures d’accompagnement pour garantir une transition juste ».

Marie-Astrid Heyde, sur base du communiqué du CELL et de Carbone 4

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Publié le mercredi 18 mars 2026
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