Témoignage du Kivu !

Témoignage du Kivu !

De retour du Kivu, le directeur de SOS Faim, Thierry Defense, nous livre ses impressions.

Thierry, quels étaient les objectifs de ta mission ?

Comme je n’étais plus allé au Kivu depuis 15 ans, je fus très heureux de revisiter cette très belle province du Sud-Kivu mais au contexte si compliqué. À l’époque, nous n’avions qu’un seul partenaire au Kivu, le Paidek, l’institution de microfinance (IMF) que SOS Faim a créée en 1993. Aujourd’hui, outre le Paidek, nous soutenons quatre autres partenaires sur place : une autre IMF (TGD), l’association professionnelle de la microfinance (GAMF), une ONG intervenant en milieu rural (AMIS du KIVU) et une organisation paysanne (FOPAC). Autant dire que cette mission était plutôt une découverte pour moi et que mon programme fut riche et varié ! J’accompagnais ma collègue Fanélie Meyer, responsable des partenariats au Kivu. Outre les visites de terrain, deux temps forts ont émaillé la mission : une rencontre entre le PAIDEK, le GAMF et la FOPAC, avec pour objectif de développer la finance agricole – quasiment inexistante – au Kivu et un atelier de deux jours organisé par la FOPAC sur les relations entre les organisations paysannes (OP) et les organisations d’appui (OA). C’était vraiment très intéressant.

Quelles sont les conclusions de ces rencontres ?

Que ce soit au niveau de la finance agricole ou des relations entre les OP et les OA, les défis sont immenses. Durant toutes ces années de guerre et d’insécurité, les quelques rares IMF qui ont survécu se sont concentrées dans les villes, suivant un exode rural assez massif. Aujourd’hui, alors que la situation est plus calme (si très fragile), il est peut-être plus opportun de faciliter le retour des IMF au village. Mais cela passe par un dialogue continu entre les acteurs proposant des produits de microfinance (les IMF) et les demandeurs de ces produits, les organisations paysannes. Cela exige aussi des formations croisées entre ces deux « familles » : les IMF ont beaucoup à apprendre du monde rural et agricole et les producteurs doivent mieux comprendre les produits, leurs modalités et les contraintes des IMF. Enfin, les produits – en particulier le crédit – doivent être davantage adaptés à l’agriculture, que ce soit en termes de durée, de coût, d’échéancier de remboursement, etc. Nous avons invité nos partenaires à travailler en ce sens dans les prochains mois pour tenter ensuite quelques expériences pilotes en finance agricole durant les deux prochaines années. SOS Faim les accompagnera évidemment en ce sens. Quant à l’atelier sur les relations entre les OP et les OA, je fus frappé par la grande capacité d’auto-critique des acteurs. Être ainsi capable de reconnaître ses propres faiblesses est une grande qualité. Reste qu’aujourd’hui, la confusion règne entre les prérogatives des uns et des autres. Les OP semblent vouloir imiter les OA et vice-versa. Et ce, « sur le dos » des producteurs, malheureusement davantage considérés comme des bénéficiaires que comme des acteurs du développement. Là aussi, les deux familles doivent travailler ensemble pour clarifier les rôles et collaborer de manière complémentaire. SOS Faim est aussi disposée à les aider en ce sens.

Es-tu optimiste ?

Bien sûr ! Sans quoi, on aurait quitté le Kivu depuis longtemps. Mais c’est vrai que le contexte est difficile. Si la situation est pour l’instant plus calme, la sécurité est très fragile et des groupes armés continuent à opérer ici et là. La population est surtout en ce moment inquiète et tendue par rapport au contexte politique : le Président Kabila, dont le second mandat arrive à échéance le 19 décembre prochain, semble décidé à le prolonger. Une vilaine habitude en Afrique… Aux dernières nouvelles, les élections présidentielles ne seraient organisées qu’en 2018. Je ne pense pas que la population patientera jusque-là car elle est à bout ! Qu’il y ait un délai raisonnable pour organiser des élections dans de bonnes conditions dans ce si grand pays est certes normal. Mais la patience du peuple congolais a ses limites… Autre facteur qui complique notre travail : la mentalité des gens rencontrés, plutôt attentistes, trop habitués à dépendre de l’argent des bailleurs de fonds. L’aide humanitaire, qui a massivement « arrosé » le Kivu, a eu des effets pervers terribles sur les populations locales. Nos partenaires, très courageux, et quelques autres acteurs de développement durable sont certes là pour inverser ces habitudes. Mais très sincèrement, je crains que cela prenne beaucoup de temps pour qu’un jour les Congolais prennent vraiment leur destin en mains. Et SOS Faim restera évidemment à leurs côtés pour les y aider !

Communiqué par SOS Faim

Communiqué
Publié le mercredi 9 novembre 2016
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