Relever un des plus grands défis de l'avenir

Relever un des plus grands défis de l’avenir

La société civile luxembourgeoise se mobilise en faveur du renforcement de la protection du climat.

Il va sans dire que nous croisons les doigts pour Paris ! Depuis des années, Votum Klima (1) s’engage pour que la communauté internationale se mette d’accord sur une convention équitable, contraignante et ambitieuse en matière de lutte contre le changement climatique. Mais avant toute chose, Votum Klima s’engage pour que le Luxembourg inscrive le sujet de la protection du climat tout en haut de sa liste des priorités politiques, et cela tant au niveau national qu’au niveau européen.

Le bilan de tous les efforts engagés par la société civile s’annonce prometteur : le gouvernement précédent a vu naître le pacte climat avec les communes ainsi que la rédaction d’un catalogue d’exigences d’efficience élevée dans le secteur du bâtiment. L’actuel gouvernement pour sa part s’est engagé en faveur d’objectifs ambitieux pour ce qui est du climat au niveau européen ; dans ce cadre, il a annoncé sa volonté de contribuer considérablement au financement international, il a promu le développement du transport public ainsi que de la mobilité douce et il semble déterminé à ne plus considérer les énergies renouvelables uniquement comme un coût mais plutôt comme un investissement dans un approvisionnement énergétique optimisé, capable de relever les défis du futur.

Alors tout est pour le mieux ? Hélas, non ! Et c’est la raison pour laquelle la mobilisation continue de la société civile revêt une telle importance ! Avant Paris... mais aussi après Paris !

Négociations internationales en matière de climat : les promesses avancées par les États en amont de la Conférence de Paris ne suffisent pas ! 

Les scientifiques sont unanimes : afin de prévenir - dans la mesure du possible - les pires conséquences du changement climatique, nous devons limiter le réchauffement global à 2°C au grand maximum. C’est dire que les promesses qui ont été faites jusqu’ici par la communauté internationale avant la COP21 ne suffisent aucunement pour atteindre l’objectif (2).

Les États membres de l’Union européenne ont adopté une position commune en vue de la conférence de Paris. Dans cette position, les 28 États réaffirment leur volonté de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de « 40% au moins » par rapport à 1990 d’ici 2030. Bien qu’il s’annonce plus ambitieux que celui d’autres États, l’objectif de l’Union européenne reste de loin insuffisant et ne répond point à la responsabilité historique que l’Union endosse en matière de changement climatique.

D’autant plus que l’UE ne donne aucune précision sur les mesures qu’elle entend mettre en œuvre afin d’atteindre le but annoncé. Elle reste muette quant à l’abandon progressif du charbon, muette également quant à la réorientation de l’approvisionnement énergétique vers les seules énergies renouvelables à 100% et quant à l’efficacité énergétique maximale. Et elle ne fournit aucun indice quant à la conception d’une transition énergétique qui permettra également aux personnes économiquement défavorisées de suivre l’évolution.

Un large mouvement citoyen pour la protection du climat se propage à travers le monde entier !

Face à cette attitude toujours bien trop hésitante des acteurs politiques, des citoyens et citoyennes du monde entier s’engagent tout en montrant par leurs actions, des pistes concrètes et des exemples à imiter, dans le but déclaré de faire aussi pression sur la politique. Ce phénomène de mobilisation, nous le vivons également au Luxembourg !

Prenons le cas du mouvement de Transition , qui – au moyen d’exemples concrets – met incontestablement en évidence que l’adoption de modèles socio-économiques alternatifs est réalisable, voire même indispensable. La naissance de coopératives énergétiques dans différentes régions de notre pays démontrent clairement ce changement de paradigme : se détourner de l’importation coûteuse des énergies fossiles – se tourner vers la production autonome d’énergies renouvelables. Tout en suivant la maxime « changez le système – non le climat » !

Création de valeur ajoutée régionale et sécurisation de l’emploi riment ici avec protection du climat et réforme incontournable du modèle socio-économique. Dans ce cadre, les structures communales et régionales jouent un rôle primordial en tant que force motrice et vecteur de l’indispensable transformation sociale esquissée !

Paris est une étape importante... d’autres doivent suivre !

Le Luxembourg devrait tout mettre en œuvre afin de bien faire ses devoirs au pays et assurer sa contribution pour que l’Union européenne redevienne un réel précurseur en matière de protection du climat, d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables. 

Au vu de ce qui précède, nous adressons les revendications suivantes au gouvernement luxembourgeois :

 Le Luxembourg doit se doter d’une stratégie contraignante en matière de climat pour avoir une base en vue de l’abandon définitif des énergies fossiles et de l’adoption d’une politique d’approvisionnement en énergie qui soit régénératif à 100% d’ici 2050. Les deux objectifs ne sont atteints que si les exigences en termes d’efficacité énergétique et de mesures d’économie d’énergie sont renforcées.

 Au Luxembourg, le secteur des transports (3) est responsable de 61% des émissions de CO2, la part du lion provenant du tourisme à la pompe. Votum Klima lance un appel pressant au gouvernement pour qu’il repense la taxation de l’énergie et d’autres ressources, dans le cadre d’une réforme fiscale durable. Le développement des transports publics doit bénéficier d’un support continu, et - pour des raisons évidentes de préservation de la nature et de protection du climat - nous avons besoin d’un changement de paradigme en direction d’une agriculture durable digne de ce nom.

 Adopter une politique de climat et d’énergie cohérente signifie inévitablement pour le Luxembourg qu’il devra arrêter d’investir dans les énergies fossiles et nucléaires en ce qui concerne le Fonds de pension, et qu’il devra réorienter ces investissements, qui représentent quand même plus d’un demi milliard d’euros, vers des projets durables.

 Lors de réformes respectueuses du climat, les besoins des ménages économiquement faibles doivent être pris en compte, sans pour autant freiner la transition énergétique. Cette approche devra non seulement se vérifier dans les domaines du logement, des infrastructures et des transports, mais également dans le cadre d’une importante réforme fiscale, inscrite dans l’équité sociale.

 Au niveau communautaire, le Luxembourg doit s’engager en faveur d’une transposition cohérente des objectifs en matière de climat et d’énergie de l’UE pour 2030. Des accords nationaux contraignants et ambitieux ne doivent non seulement être conclus dans le cadre des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais également en matière de développement des énergies renouvelables et de promotion de l’efficacité énergétique.

 Une réforme radicale du système européen d’échange de quotas d’émissions s’impose de toute urgence. Les droits d’émissions non utilisés doivent être annulés, les quotas alloués à titre gratuit aux industries doivent appartenir au passé. C’est le seul moyen qui puisse garantir que les futurs investissements dans les technologies nouvelles à faibles émissions soient suffisants.

 Le projet politique d’une véritable Union de l’énergie ne doit pas devenir un nouveau pot de collecte de fonds pour promouvoir les énergies fossiles, mais devra prioritairement servir de moteur qui libérera l’Europe du joug des importations de pétrole et de gaz.

 

Tout cela sert les intérêts à la base de l’UE - et du Luxembourg : réduire de manière considérable notre dépendance par rapport aux importations coûteuses, promouvoir l’emploi et la puissance économique au niveau régional et demeurer à la pointe de la recherche et de l’innovation.

Si nous voulons freiner le changement climatique global, nous devons endosser une responsabilité globale !

Lors de son discours prononcé devant l’assemblée des Nations unies le 27 septembre 2015 dans le cadre de l’adoption de l’agenda 2030, le Premier ministre Xavier Bettel a proclamé que le développement durable constitue une priorité pour le gouvernement luxembourgeois. Concrètement, outre les aides au développement, le Luxembourg mettrait 120 millions d’euros à disposition, d’ici 2020, pour le financement de la lutte contre les changements climatiques dans les pays en voie de développement.

 Par rapport au nombre d’habitants, les 120 millions du Luxembourg dépassent de loin les promesses financières avancées par d’autres pays industrialisés. Nous encourageons le Luxembourg à solliciter des engagements similaires d’autres nations, à la COP à Paris. A l’heure actuelle, les mesures et les fonds qui seront alimentés grâce à cet argent ne sont pas connus. Nous invitons le gouvernement luxembourgeois à les rendre publiques dans les meilleurs délais. 5 millions d’euros seraient alloués chaque année au Green Climate Fund. Nous attendons du gouvernement luxembourgeois qu’il exerce son influence sur la répartition de ce fonds au niveau des Nations unies, dans le sens du développement durable.

 Au-delà, la transposition de l’agenda 2030 requiert bien plus que des mesures simplement financières. Nous revendiquons tout d’abord de la part du gouvernement luxembourgeois la garantie d’une participation effective et mesurable de la société civile dans la définition commune d’une stratégie de transposition globale, cohérente et concrète de l’agenda 2030 et de ses objectifs de développements durables, ainsi que des mécanismes de transposition correspondants.

A l’avenir aussi, les citoyens et citoyennes doivent continuer à revendiquer et à façonner activement la protection du climat, l’adaptation au changement climatique, la réorientation de l’approvisionnement énergétique, la quête d’un modèle socio-économique durable ou encore la solidarité internationale.

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Votum Klima invite dès lors tous les citoyens et citoyennes à participer le 30 novembre prochain – date de lancement de la COP21 – à la grande Marche pour le Climat (Climate March) à Luxembourg-Ville afin de statuer un exemple. A partir de 18.00 heures sur la place Guillaume II (Knuedler) et à partir de 19.00 heures dans les Rotondes, nous ferons comprendre tous ensemble que la protection du climat et la solidarité doivent figurer - plus que jamais - en tête de l’agenda politique ! Nous sommes prêts à affronter un des plus grands défis de l’avenir ! Rejoignez vous-aussi ce mouvement ! 

(1) La plateforme Votum Klima, qui fut créée en 2009, est soutenue par les 26 ONG luxembourgeoises suivantes : Aide à l’Enfance de l’Inde, Aktioun Öffentlechen Transport, Association de Soutien aux Travailleurs lmmigrés (ASTI), Action Solidarité Tiers Monde (ASTM), ATTAC Luxembourg, Bio-Lëtzebuerg, Bridderlech Deelen, Caritas Luxembourg, Centre for Ecological Learning Luxembourg (CELL), Cercle de Coopération, Conférence Générale de la Jeunesse du Luxembourg (CGJL), Eglise Catholique à Luxembourg, etika, Eurosolar Lëtzebuerg, Fairtrade Lëtzebuerg, Frères des Hommes, Greenpeace Luxembourg, Handicap lnternational, Commission Justitia et Pax, Lëtzebuerger Vëlos-lnitiativ, Mouvement Ecologique, natur&ëmwelt, SOS Faim Luxembourg, UNICEF, Vegan Society Luxembourg

(2) www.climateactiontracker.org

(3) European Environment Agency, Approximated EU GHG inventory : Proxy GHG emission estimates for 2014, September 2014 

 

Source : Mouvement écologique

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Publié le mercredi 25 novembre 2015
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