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dimanche 20 août 2017

Le « grooming » au Luxembourg
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Le « grooming » au Luxembourg
Droits humains & solidarité

Publié le vendredi 28 avril 2017 à 04:00

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Le « grooming » est un procédé par lequel une personne adulte cherche à obtenir, sur Internet, l’amitié d’un adolescent ou d’un enfant de moins de 16 ans pour le « préparer » à l’idée de relations sexuelles avec lui/elle. Ceci vise tant les propositions sexuelles explicites qu’implicites, voire les propositions camouflées et celles-ci se font dans des endroits virtuels tels que des « chat rooms », des réseaux sociaux ou des jeux sur tablettes et/ou « smartphones ».

Les enfants qui ont un accès permanent et non surveillé à Internet sont fortement exposés aux dangers des pédophiles et des personnes pouvant vouloir profiter sexuellement des enfants. Le phénomène est réel – d’après des statistiques de plusieurs pays européens, 8 filles sur 10 âgées de 10 à 15 ans ont déjà reçu au moins une fois des propositions sexuelles sur Internet par quelqu’un de leur entourage ou un inconnu. Le « grooming » n’est pas un jeu de distraction, mais cette pratique constitue un danger réel pour les mineurs et est traitée comme telle avec une attention particulière par les autorités nationales. Ainsi, la loi luxembourgeoise a été modifiée en 2011 pour répondre à cette réalité et à présent, en vertu de l’article 385-2 du Code pénal, le fait pour un majeur de faire des propositions sexuelles à un mineur de moins de 16 ans ou à une personne se présentant comme telle en utilisant un moyen de communication électronique, est devenu une infraction pénale. La peine prévue est d’un mois à trois ans en prison et une amende de 251 à 50.000 €. Si les propositions ont été suivies d’une rencontre, les peines appliquées sont plus sévères, allant de 1 à 5 ans de prison et jusqu’à 75.000€ d’amende. La diffusion d’une photo à caractère pornographique mettant en scène un mineur sur un réseau internet est également punie par la loi.

Il n’est pas rare qu’on propose une rémunération en argent ou un autre avantage ou cadeau à l’enfant ce qui donne à l’infraction un caractère commercial. Ainsi, ECPAT Luxembourg ne cesse de lancer des appels à la vigilance pour sensibiliser les jeunes, leurs parents, les associations et les entreprises sur ces risques liés aux nouvelles technologies. La plateforme luxembourgeoise de signalement www.childprotection.lu qu’ECPAT Luxembourg a lancée en 2013 et qu’elle finance depuis, donne aux mineurs et à toute personne un moyen de signaler les affaires de « grooming » directement à la police nationale.

Afin de connaître l’ampleur de ce phénomène, mais également de toutes autre formes de violences sexuelles sur enfant, nous avons créé en 2011 une plateforme luxembourgeoise réunissant des acteurs de la protection de l’enfance. Nous y avions dès lors discuté du manque de chiffres et de statistiques. Nous les avions également demandé aux autorités compétentes, mais nos demandes étaient restées sans suite. Nous constatons que l’obtention de ces statistiques ne semble possible qu’à travers des questions parlementaires que la députée Madame Arendt a posées au gouvernement récemment. Celle relative aux pratiques du « grooming » au Luxembourg (n° 2683) est éclairante.

Il en ressort qu’au total 25 cas de pratiques du « grooming » ont été signalés aux autorités entre 2012 et 2016. L’évolution des cas notifiés reflète une nette augmentation de signalement depuis 2015 avec 9 affaires en 2015 et 12 affaires en 2016. À savoir qu’une plainte ne peut pas être déposée pour tentative de « grooming », tout simplement parce que la tentative du délit prévu à l’article 385-2 du Code pénal n’est pas punissable. Il y a également certainement beaucoup de cas non signalés à la police.

Les chiffres relevés ont subitement suscité l’attention des décideurs, des médias et du grand public qui se sont interrogés de manière inédite sur l’apparition du phénomène. Jusque-là, il semble que la perception générale de ces personnes était que les mineurs vivant au Luxembourg semblaient en être à l’abri, mais le Luxembourg n’est pas une « forteresse digitale ». Il faut ici remarquer que nous avons entrepris (avec d’autres acteurs de la société civile luxembourgeoise dont Bee Secure) depuis longtemps de sensibiliser sur ces risques, mais qu’ils n’ont été pris au sérieux qu’à la publication récente des chiffres. On peut alors en conclure que les chiffres et statistiques sont capitaux pour une prise de conscience d’un danger réel et que leur absence est contreproductive pour les associations luxembourgeoises qui s’engagent contre l’abus et l’exploitation sexuel des enfants, mais avant tout pour les mineurs même parce que les risques de « grooming » ne sont pas thématisés par les instances et autorités officielles. Quant à la question sur la nécessité d’intensifier la sensibilisation, la réponse énumère différentes activités réalisées par exemple par la police ou l’initiative BEE SECURE, mais les campagnes mentionnées comportent différentes notions comme le « mobbying » ou plus générales comme la « cyber-violence ». Il faut poursuivre les efforts de sensibilisation et spécifiquement sur le « grooming ».

En tout cas, la publication des chiffres relative au signalement des cas de « grooming » valide le travail de sensibilisation et de communication d’ECPAT Luxembourg et souligne la nécessité de faire appel aux acteurs sociaux pour l’aider à continuer le combat. Détournez les regards de la réalité ne fait que perdre du temps pour créer un monde sans exploitation sexuelle des enfants !

ECPAT Luxembourg salut la prise de conscience de la députée Nancy Arendt et la remercie pour son initiative.

Communiqué par ECPAT Luxembourg

Publié le vendredi 28 avril 2017


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