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Aux racines de la peur du loup en France...
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Aux racines de la peur du loup en France...

Green Planet

Publié le
lundi 9 janvier 2017 à 04:00

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Pourquoi cet animal si craintif fait-il l’objet de tant de rumeurs ? Les disciplines scientifiques comme la biologie, l’histoire et l’ethnologie permettent de comprendre comment cette représentation collective s’est forgée au fil du temps.

loup.org/Flickr, CC BY

Le loup européen pèse entre 30 et 50 kg pour une hauteur de 60 à 90 cm environ. Son pelage est un mélange de blanc, de brun et de noir et sa gueule possède une sorte de masque blanc. L’animal se nourrit essentiellement de gibiers, de poissons et parfois d’oiseaux et de baies.

Le retour de la peur

Exterminé en France au début du XXe siècle, le loup réapparaît à la fin du même siècle dans le Parc national du Mercantour (Alpes-Maritimes). En partant des Apennins d’Italie, il remonte naturellement jusque dans les Vosges où les agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage relèvent sa présence en 2010.

Des clichés sont alors pris grâce à des appareils photo à détection de mouvements dans les stations de ski de Ventron et de la Bresse. Craignant la panique générale, les gardes ne divulguent les photos qu’un an plus tard à la rédaction du journal régional Le Républicain lorrain.

Inquiets pour la sécurité de leurs troupeaux parqués sans protection, les éleveurs crient leur mécontentement. Ils organisent des soirées « antiloups » et projettent des montages-vidéos pour réveiller la peur ancestrale.

Pourtant, dans les grottes préhistoriques, des peintures montrent l’homme chassant à côté de canis lupus. En l’apprivoisant, l’humain l’a transformé en fidèle compagnon, le chien. Des ossements de l’animal retrouvés dans certains tombeaux attestent de cette proximité.

Relevé de peinture polychrome de loup dans la grotte de Font-de-Gaume réalisé par Henri Breuil. Wikimédia Commons

L’origine du mythe

L’homme en se sédentarisant s’approprie le gibier et le parque pour en faire son bétail privé. Mais le loup ne différencie pas ces proies des autres et attaque les troupeaux. Cette situation attise la haine de l’homme : le loup est vu comme un terrible rival.

Désigné à partir de cette période comme la « méchante bête » dont on se méfie et que l’on redoute, le loup apparaît désormais dans toutes les histoires comme un animal dangereux qui vole la nourriture de la famille.

Le loup évoque d’autre part le monde de la forêt, ce lieu sombre et sauvage où la population pénètre pour chercher du bois et l’eau du ruisseau nécessaire à sa subsistance quotidienne. Ces corvées réalisées dans la crainte de la rencontre avec l’animal produisent des récits débordant de fantasmes qui permettent de cristalliser les peurs primitives.

Et c’est cette même crainte qui permet à certains individus d’exercer une sorte de pression divinatoire et d’instaurer des codes sociaux au sein des communautés. Incarnation de cette menace, la réputation du loup permet de faire obéir les enfants et d’imposer la peur du châtiment divin aux adultes non-croyants.

Le loup dans l’imaginaire

Les colporteurs diffusent des récits de rencontres surprenantes avec l’animal. Ces rumeurs exagérées sont reprises et transmises au cours des veillées : en alimentant l’imaginaire populaire, ces histoires élaborent la mémoire collective de la peur du loup.

La Bête du Gévaudan dans une gravure allemande du XVIIIᵉ. Wikimédia Commons

Les chroniques dépeignent un animal malsain, allant même jusqu’à le décrire comme une bête anthropophage qui profite des périodes de crise. Au XVe siècle, Le Journal d’un Bourgeois de Paris relate ainsi la traversée de la capitale par des loups chassés suite aux bombardements de la guerre de Cent Ans.

De la culture orale émergent des récits comme le conte du Petit Chaperon rouge retranscrit par les moralistes Charles Perrault et les Frères Grimm. Les représentations picturales du conte, comme celle de Gustave Doré, renforcent cette figure de loup sanguinaire.

Au XVIIIe siècle, des tableaux illustrant la légende de la Bête du Gévaudan représentent le loup doté de crocs saillants et d’yeux rougeoyants. D’autres animaux fantastiques – on pense à la Bête des Vosges –, en font un animal mythique.

Sortir de l’archaïsme

Même si Pline écrit que les dents de loup calment les peurs enfantines et que ses organes guérissent divers maux, la population érige des édifices pour éloigner l’espèce lupine. L’église Saint-Loup protège ainsi les fidèles contre l’animal diabolique et la croix située près de la chapelle Saint-Clément de Gorze préserve la population de sa menace.

Autant de représentations psychiques qui maintiennent la peur du loup, ce prédateur sauvage prêt à dévorer petits et grands, bien vivante.

Dans le documentaire « La Vallée des Loups », Jean-Michel Bertrand part à la rencontre des loups sauvages dans leur milieu naturel (Pathé, 2016).

Des chercheurs à travers le monde, comme Geneviève Carbone, Gérard Ménatory, Luigi Boitani, Werner Freund ou Markus Bathen, pour ne citer qu’eux, militent pour sa réhabilitation et pour que sa réputation corresponde enfin à sa biologie. À Lusace en Allemagne, la population en a fait le symbole de l’environnement, car elle a conscience que l’animal constitue un maillon essentiel de la chaîne alimentaire.

Apprécié de ceux qui prennent le temps de le connaître, le loup reste un animal mystérieux, curieux, farouche et qui craint l’homme. Seuls les plus sages ont la chance de l’apercevoir au détour d’un chemin. Les mentalités parviendront-elles à sortir de l’archaïsme ?

The Conversation

Illustration principale : Le loup par Gustave Doré dans son illustration du « Petit Chaperon rouge ». Wikimedia

Auteur : Angélique Cangini, Doctorante de sociologie, Université de Lorraine

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Publié le
lundi 9 janvier 2017


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